L’émirat investit massivement sur la place financière luxembourgeoise

BIL et KBL passent entre les mains du Qatar

veröffentlicht am 11.10.2011

BIL et KBL passent entre les mains du Qatar

On l’avait soupçonné lors de l’annonce jeudi dernier par le Ministre des Finances luxembourgeois qu’un investisseur international était prêt à reprendre Dexia BIL: hier matin, Luc Frieden a confirmé que la banque allait être rachetée par la famille Al-Thani dont sont issus les émirs du Qatar.

L’annonce, qui selon Frieden «ne devrait pas surprendre», alors que les autorités de Qatar avaient mis en perspective leur intention de s’engager sur la place financière à l’occasion de la prise de participation de l’émirat dans Cargolux, survient au lendemain d’une réunion du conseil d’administration de Dexia qui a validé dans la nuit de dimanche à lundi la reprise de sa filiale belge par le gouvernement belge pour un montant de 4 milliards d’euros. La banque franco-belge, première victime de la crise de la dette dans la zone euro, se retrouve donc démantelée et nationalisée pour sa branche belge. Dexia souffre de son exposition aux obligations de la Grèce, au bord de la faillite, et de l’Italie et de l’Espagne, dont les marchés redoutent également un défaut de paiement de leur dette. Le cours de Dexia a plongé ces derniers jours, les investisseurs craignant que le manque de liquidité ne mène le groupe à la faillite. Les gouvernements français et belge sont intervenus pour garantir le financement et les dépôts de la banque, qui finance les collectivités locales françaises et reçoit les dépôts des particuliers belges.

Dans un communiqué, Dexia annonce que son conseil d’administration «a considéré qu’en dans les circonstances actuelles, il était conforme à l’intérêt social de Dexia SA et des ses filiales d’accepter l’offre présentée par l’État belge pour l’acquisition de 100% des parts du groupe Dexia SA dans sa filiale Dexia Banque Belgique». Il «a donné mandat au management du groupe pour que les conséquences de la cession soient gérées dans l’intérêt de ses clients, des collaborateurs du groupe et des actionnaires». Le Premier ministre belge Yves Leterme a pour sa part jugé la nationalisation nécessaire pour sauver la banque, et a assuré que l’aide de l’Etat fait que les clients de Dexia «peuvent être sûrs et certains que leur argent est en sécurité».

François Fillon, le Premier Ministre français, qui s’était rendu à Bruxelles dimanche pour finaliser ce plan, s’est félicité hier matin du «plan de restructuration ordonnée, dont le principe a été arrêté ce jour par le conseil d’administration de Dexia SA et qui prévoit une accélération des cessions d’actifs par le groupe». Le Conseil d’Administration de Dexia avait donné dimanche mandat à l’administrateur-délégué de Dexia. Pierre Mariani, d’entrer en négociation exclusive avec la Caisse des Dépôts et Consignations et la Banque Postale en vue de la conclusion d’un accord relatif au financement des collectivités locales françaises.

Une garantie luxembourgeoise de 2,7 milliards d’euros

Luc Frieden était à Bruxelles pour informer, de concert avec Mariani, sur l’avancement des discussions exclusives avec le groupement d’investisseurs internationaux intéressés par la BIL. Et pour donner le feu vert du gouvernement luxembourgeois au support de la Belgique, de la France et du Luxembourg à la restructuration du groupe Dexia. Les Etats participants ont en effet décidé de garantir de façon conjointe et non solidaire les financements interbancaires et obligataires d’une durée pouvant atteindre 10 ans levés par Dexia SA et sa filiale Dexia Crédit Local. Cette garantie de refinancement d’une hauteur maximale de 90 milliards d’euros sur dix ans étant répartie entre les Etats de la façon suivante: 60,5% pour la Belgique, 36,5% pour la France et 3% pour le Luxembourg.Le Grand-Duché dont le Parlement devra encore valider la garantie, serait donc engagé à hauteur de 2,7 milliards d’euros. «C’était le prix à payer pour qu’une grande banque autonome et stable au Luxembourg», a expliqué Luc Frieden, précisant que la garantie se trouve en-dessous de la garantie luxembourgeoise de 4,5 milliards d’euros octroyée en 2008 au groupe Dexia, alors en pleine tourmente après le déclenchement de la crise financière américaine et que la garantie allait faire l’objet d’une rémunération. La garantie de 2008 aurait ainsi rapporté 30 millions d’euros aux finances publiques luxembourgeoises – alors que jamais un centime n’aurait dû être versé. «C’est une solution dans l’intérêt du pays», a poursuivi Frieden, soulignant le caractère systémique de la BIL au Luxembourg et rajoutant «que les dépôts des clients sont garantis à 100%, je dirais même à 200%». Et le Ministre de se féliciter du fait qu’on investisseur «financièrement très solide» se soit trouvé pour la BIL. «Ne rien faire n’était pas une option, vu le caractère systémique de la banque», a expliqué Frieden plus loin, «alors que l’achat et la nationalisation de la banque aurait soulevé des problèmes au niveau du droit de la concurrence». Rappelons que l’Etat luxembourgeois détient déjà à 100% la «Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat» et a acquis 33% dans BGL BNP Paribas lors de l’épisode Fortis. L’association des actionnaires privés Investas s’est d’ailleurs adressée ce weekend par une lettre ouverte à Luc Frieden de veiller à ce que «le gouvernement et les actionnaires de référence offent de vraies perspectives aux actionnaires minoritaires en les faisant participer non seulement à la «bad bank» (scénario d’horreur), mais aussi aux actifs de la valeur (banques de réseau) avec ancrage luxembourgeois».

L’Etat actionnaire minoritaire pour 150 millions d’euros

L’Etat luxembourgeois entrera comme actionnaire minoritaire dans le capital de la BIL. Le pourcentage envisagé ferait encore l’objet de négociations a affirmé Frieden hier, précisant toutefois que l’engagement ne s’élèverait pas «à plus de 150 millions d’euros». Là aussi, le Parlement luxembourgeois doit encore donner son feu vert. Selon le Ministre, qui ne s’est pas avancé sur le montant total de la transaction – la presse belge avait avancé un prix de 900 millions d’euros pour la BIL – les négociations avec les Qataris pourraient être achevées d’ici fin octobre. BIL n’est en tout cas pas leur seule acquisition dans le secteur bancaire luxembourgeois: KBC Groep a ainsi annoncé hier un accord avec Precision Capital sur la cession de sa filiale de banque privée spécialisée KBL European Private Bankers pour un montant global de 1,05 milliard d’euros. Precision capital est une entité luxembourgeoise qui représente les intérêts d’un investisseur de l’Etat du Qatar – Luc Frieden a confirmé hier que la famille des souverains de l’émirat du Qatar se cache derrière cette structure. KBL epb est un des premiers groupes européens de banquiers privés, implanté dans de nombreuses villes de neuf pays européens inclut toutes les filiales de banque privée, de même que les activités de dépôt de titres et d’assurance vie de KBL epb. Au 30 juin 2011, KBL epb disposait de 47 milliards d’euros d’avoirs en gestion et de 38,2 milliards d’euros d’actifs en dépôt, ainsi que, à travers sa participation de 51,13% de EFA, de 87,5 milliards d’euros sous administration.

KBL: en attendantle feu vert des autorités

Un communiqué de KBC assure que «la marque KBL epb, son équipe de management et ses opérations seront maintenus intégralement et resteront basés à Luxembourg». La transaction, qui devrait être finalisée au premier trimestre 2012, doit encore recevoir l’aval des autorités de contrôle. Rappelons que la CSSF avait émis un avis négatif en mars dernier quant à la reprise de KBL par le groupe indien Hinduja pour 1,35 milliard d’euros. Des négociations préliminaires auraient été menées avec l’autorité de surveillance, a affirmé Frieden et l’on aurait assuré le feu vert cette fois-ci. Le Ministre a décrit les deux opérations comme un pas important dans la consolidation de l’avenir de la place financière luxembourgeoise, dans la stabilisation du système financier et dans la garantie des dépôts des clients. Interrogé sur la sécurité des emplois chez la BIL, le Minstre a expliqué que cette banque était à développer et qu’à son avis cela irait plutôt vers un renforcement des effectifs. Quant à une possible fusion de KBL et de BIL, elle ne serait pas à l’ordre du jour alors que les activités des banques seraient plutôt «complémentaires». Pas de quoi rassurer le syndicat OGBL/SBA, qui s’inquiète dans un communiqué de presse d’une possible synergie des activités des deux banques qui pourrait entraîner un impact sur les effectifs. Le réseau KBL epb compte environ 2.500 salariés et le groupe Dexia BIL environ 3.600 collaborateurs. L’OGBL s’inquiète aussi de l’avenir des autres entités du groupe. Comme RBC Dexia Investor Services. Luc Frieden indiquait hier que Royal Bank of Canada entendait exercer son droit de préemption sur les parts de Dexia dans cette entreprise. L’avenir de Dexia Asset Management resterait encore à déterminer, souligne l’OGBL. › c.