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Politik

Suite et fin des premières négociations sur la réforme du système de santé
Labos privés: «L‘État veut nous éliminer»
29.07.2010
Suite et fin hier des premières entrevues entre le Ministre de la Santé et de la Sécurité Sociale Mars Di Bartolomeo (LSAP) et les acteurs du secteur de la santé à propos de la grande réforme du système qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2011. Le Ministre a rencontré hier des représentants du Syndicat des Pharmaciens ainsi que de la Fédération Luxembourgeoise des Laboratoires d’Analyses Médicales. «Alors que les autres prestataires bénéficient au moins d’un moratoire en matière de lettres-clés une importante baisse tarifaire est prévue pour les laboratoires privés. Nous nous opposons à une telle approche unilatérale et irresponsable», nous a expliqué le président de la FLLAM, Jean-Luc Dourson hier soir. Il a souligné que le secteur a dû subir ces dernières années de baisses tarifaires conséquentes. Après 19,35% en 2009, les labos privés devraient affronter à présent une nouvelle baisse tarifaire de 14,25%. Pour la Fédération, qui attend toujours une argumentation concrète du Ministre quant à cette proposition, cela «traduit une volonté délibérée d’éliminer les laboratoires privés du Luxembourg».

Après 19,35% en 2009, les labos privés devraient affronter à présent une nouvelle baisse tarifaire de 14,25%, ce qui traduit pour la FLLAM une «volonté délibérée» de les éliminer Photo: LJ

Les labos hospitaliers toujours favorisés
Dourson soulève par ailleurs que contrairement aux autres prestataires de soins, les laboratoires privés extrahospitaliers pour lesquels le remboursement a été limité en 2005 à 12 analyses par ordonnance, ne bénéficieraient d’aucune indexation de leurs tarifs. La FLLAM se montre par ailleurs «choquée» de constater que l’avant-projet de loi prévoit le remboursement des actes ambulatoires des laboratoires hospitaliers avec la même nomenclature que celle appliquée au secteur privé tout en maintenant les budgets déjà octroyés aux laboratoires hospitaliers pour couvrir tous leurs frais de fonctionnement et d’investissement. «Cette mesure conduira inévitablement à une augmentation globale des frais de l’assurance maladie qui financera deux fois les laboratoires hospitaliers déjà aujourd’hui surnuméraires», souligne la Fédération.
«L’étatisation des laboratoires, le National Health System, qu’envisage le Gouvernement coûtera bien plus cher que la mise en place cohérente d’une complémentarité de moyens et de missions entre le secteur public et le secteur privé afin d’éviter des redondances inutiles et coûteuses dans les mesures mises en oeuvre actuellement. Il devient urgent de clarifier les missions des 2 secteurs ainsi que celles du Laboratoire National de Santé pour lequel de tous nouveaux locaux viennent d’être construits pour un montant de 90 millions d’euros sans que à ce jour les détails de leur occupation ne soient connus», rajoute l’organisation des professionnels du secteur qui ne représenterait que 1,9% des dépenses totales de l’assurance maladie et occuperait quelque 350 salariés.
Enfin, à une période où le Luxembourg cherche des voies de développements économiques alternatives, il serait «regrettable de constater que le Gouvernement ne soit pas plus à l’écoute des laboratoires privés représentants un réel secteur de croissance transfrontalier source d’économie d’échelle, de diversification d’activité et de création d’emploi». Jean-Luc Dourson voit par ailleurs mal comment tenir les délais pour aviser et discuter l’avant projet de loi et se voit posé «devant le fait accompli».
EHL: Préciser les critères
Les membres de l‘Entente des Hôpitaux ont eux aussi commencé à plancher sur le texte après une réunion avec le Ministre mardi. Selon Marc Hastert, le secrétaire général de l’EHL, une réunion entre directeurs généraux des hôpitaux est prévue pour lundi prochain. L’Entente voit d’ores et déjà des problèmes en ce qui concerne la fixation d’un budget global sur deux ans pour le secteur hospitalier. Il faudrait établir des critères très précis pour éviter des pénalisations, explique Marc Hastert qui redoute également un laps de temps très serré pour négocier à chaque fois le nouveau budget. L’EHL regrette par ailleurs que le cadre légal par rapport au cadre médical dans les hôpitaux fait défaut dans l’avant-projet de loi. Si l’Entente salue l’idée d’introduire un médecin coordinateur dans les hôpitaux et le renforcement des liens entre établissements et médecins, elle se demande toutefois où figurent les incitatifs à cette fin dans le projet de réforme.
Réactions enfin, hier, sur l’annonce de l’Union des Entreprises Luxembourgeoises de se retirer de la Caisse Nationale de Santé. L’organisation faîtière des associations patronales, qui s’oppose à toute velléité d’augmenter les cotisations, ne voit plus l’utilité de demeurer dans les organes de décision de la CNS alors que ses propositions ne seraient pas écoutées.
Les syndicats OGBL et LCGB ont condamné cette attitude hier. L’OGBL s’interrogeant pourquoi le patronat s’oppose au déplafonnement des cotisations qui de toute façon ne concernerait qu’un nombre limité des salariés. Le syndicat rappelle par ailleurs que les entreprises implantées au Luxembourg bénéficient des plus faibles charges sociales de toute la zone euro et des plus faibles taux de TVA. Le Ministre Di Bartolomeo s’est lui aussi servi de l’argument des plus faibles charges sociales - elles auraient diminué de 0,5% en six ans - dans une réaction sur les ondes de RTL. Il n’est pas question pour lui de changer la législation pour permettre au patronat un «phasing out» de la CNS. «Ce serait la fin du modèle solidaire», selon le Ministre. › c.