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Politik

Journée d‘étude sur la politique pénitentiaire au Luxembourg
Enfermer moins, mieux préparer la sortie
10.03.2010
Une semaine avant la présentation projetée de la proposition de réforme du système pénitentiaire luxembourgeois par le Ministre de la Justice François Biltgen (CSV), son Ministère et l‘Association Luxembourgeoise de Criminologie ont organisé hier une «journée d’étude» sur la politique d’exécution des peines au Grand-Duché à l’Abbaye de Neumunster. Lieu d’ailleurs chargé d’histoire carcérale, l’ancienne Abbaye du «Grund» ayant servi de prison des hommes entre 1869 et 1984. Vincent Theis, le directeur du Centre pénitentiaire de Schrassig, a passé en revue le contexte historique des prisons au Grand-Duché et l’évolution des différentes législations les concernant.

Les intervenants au colloque: Dan Biancalana (président de l‘Association Luxembourgeoise de Criminologie), Sonja Snacken (professeure en criminologie), Philippe Combessie (sociologue et chercheur au CNRS français), Stefan Braum (professeur de droit pÃ

La Maison d’Arrêt de Sanem attendue pour 2017
Theis se trouve depuis 2000 aux commandes d’une établissement où sont détenues 650 personnes, le nombre de condamnés et de détenus en préventive se tenant à peu près la balance. Le fait que le complexe - régulièrement sous les feux de la critique nationale et internationale - a été construit pour un maximum de 550 détenus pose évidemment déjà problème. S’y rajoute que la population carcérale luxembourgeoise, qui a gonflée ces dernières années - l’évolution sociétale, mais encore celle de la législation pénale constituent des explications expliqueraient la surpopulation comme l’ont souligné les différents orateurs de haut vol au colloque - est non seulement très hétérogène - rien qu’au niveau culturel et linguistique - mais aussi mal connue. Ainsi, si l’on sait par exemple que quelque 44% des détenus sont des non-résidents et que la moitié d’entre eux atterrissent à Schrassig pour des faits liés de près ou de loin à la toxicomanie, on ne sait pas au juste - le Ministre Biltgen l’a souligné dans son introduction - combien sont récidivistes et moins encore les déterminants qui les ont poussé à récidiver. Difficile dans ces conditions de définir la politique de resocialisation des détenus que Biltgen compte cependant mettre au coeur de son nouveau concept pénitentiaire qui pourra en tout cas reposer sur un nouvel élément matériel crucial pour délester Schrassig: la «Maison d’Arrêt» à Sanem qui doit accueillir les détenus en préventive d’ici 2017. Ce sera aussi la date butoir pour la mise en pratique intégrale du nouveau concept pénitentiaire. Dont Biltgen a laissé les détails pour la conférence de presse mercredi prochain. Il semble toutefois qu’il entend outre assurer une meilleure concertation de tous ceux qui interviennent dans un processus de resocialisation - pendant le temps de purgation de la peine et après la sortie de prison -, proposer aux détenus un «contrat d’insertion» sur une base volontaire. «Une approche dynamique et individualisée», promet Biltgen, qui compte également examiner la médiation avec les victimes et approfondir la réflexion non seulement sur les modes alternatifs d’exécution des peines, mais encore sur «la finalité du droit pénal» pour voir si le catalogue des infractions sanctionnées par une peine privative de liberté qui s’est etoffé ces dernières années - intéressant d’analyser pourquoi - doit vraiment être aussi épais.... Un vaste chantier aux multiples facettes donc, qui touche le détenu en premier lieu évidemment, sa famille, la justice, la police, le personnel pénitentiaire, les agents de réinsertion et en fin de compte la société dans son intégralité. En amont, car - comme l’a souligné la plupart des orateurs - les conditions de vie et d’intégration, l’éducation et les perspectives influent fortement sur le risque de tomber dans la délinquance. Et en aval bien entendu: se pose la question de l’acceptation d’un ex-détenu qui aura du mal à se défaire de sa condamnation, même s’il n’a dû purger qu’une petite peine - ce qui serait le cas pour la plus grande partie des condamnés qui resteraient derrière les barreaux en moyenne entre 5 et 10 mois en Europe. Inutile de préciser qu’un casier judiciaire mentionnant une condamnation à la prison verrrouille bien des portes...
Le «remède ultime»
«Il y a prise de corps, mais il y a surtout la scission d’avec le corps social», a souligné par exemple Philippe Combesse, sociologue et professeur des universités ainsi qu’enseignant chercheur à l’Université de Paris-Ouest-Nanterre la Défense. «Les effets de la prison sont beaucoup plus importants que l’isolement temporaire», a renchéri de son côté Sonja Snacken, professeur de criminologie et de pénologie à la «Vrije Universiteit Brussel» et présidente du Conseil de Coopération Pénologique au Conseil de l’Europe. La prison doit donc être le «remède ultime». Mais les experts doutent que ce principe soit toujours respecté en pratique. Ainsi, bien souvent, le casier judiciaire «devient un facteur extra-légal» influant sur la décision d’un juge, le statut d’immigré ou encore la nationalité ne seraient pas étrangères à certaines mises en détention, a rapporté Sonja Snacken. Selon le docteur Stefan Braum de l’Université du Luxembourg, la détention préventive serait dans certains cas utilisée dans le but de faire pression pour que le suspect passe à des aveux... Des «impressions» à examiner en profondeur. De même que l’arsenal de solutions alternatives - probation, amende, peine de travail, bracelet électronique... - et surtout la possibilité et la facilité de pouvoir y recourir en pratique. Pour Sonja Snacken, il est clair que la préparation des détenus à la réintégration dans la société doit être axée «sur les aspects positifs du monde extérieur», ce qui impose entre autres une formation adaptée et le maintien des relations affectives et sociales avec «l’extérieur». Evidemment, l’accompagnement individualisé - Snacken a plaidé dans ce contexte pour de petites unités pénitentiaires de 200 lits au maximum, une approche que partage Vincent Theis - joue un rôle de taille pour un effort de réintégration réussi - la meilleure arme contre la récidive. › c.