Uechter d'Welt
Nigeria/Violences
Human Rights Watch exige une véritable enquête
10.03.2010
Human Rights Watch (HRW) a également exhorté le président par intérim Goodluck Jonathan à assurer la protection des villages autour de Jos, capitale régionale de l‘Etat du Plateau. La région, entre le Nord musulman et le Sud à majorité chrétienne, a été ensanglantée à plusieurs reprises au cours de la décennie passée par des violences à caractère religieux et ethnique. Pour l‘ambassade américaine à Abuja, l‘enquête doit montrer à tous les Nigérians qu‘ils sont «respectés et protégés».
«Les autorités doivent protéger ces communautés, amener les attaquants à rendre des comptes et traiter les racines de la violence», a estimé Corinne Dufka, de HRW.
Jos est placée sous couvre-feu depuis les troubles qui ont fait plus de 100 morts en janvier 2010 -en majorité des musulmans. Mais les rescapés des massacres perpétrés dimanche dans trois villages chrétiens au sud de Jos ont témoigné de l‘absence de mesures de sécurité. Selon eux, les agresseurs qui s‘exprimaient en haoussa et en fulani, deux dialectes parlés par la population musulmane, ont agi sans être inquiétés.
La haut commissaire des Nations unies aux droits Navi Pillay s‘est déclarée horrifiée par les violences. Au début de l‘année et il y a quelques jours, «dans les deux cas, des femmes, des enfants et des personnes âgées sont au nombre de ceux qui ont été sauvagement exécutés». «Après les massacres de janvier, les villages auraient dû être convenablement protégés», a-t-elle relevé. «Clairement, les efforts engagés précédemment pour traiter les causes sous-jacentes ont été insuffisants», a ajouté Mme Pillay.
La police a déclaré avoir arrêté près d‘une centaine de personnes soupçonnées d‘incitation aux violences. D‘après un représentant de la Croix-Rouge, Robin Waubo, les massacres ont apparemment été perpétrés en représailles à ceux de janvier. D‘autres responsables locaux parlent d‘un conflit entre éleveurs fulanis et population chrétienne concernant la répartition de terres.
Goodluck Jonathan s‘était rendu à Jos en janvier, promettant de faire cesser les troubles. Après la nouvelle flambée de violences de ce week-end, il a limogé lundi soir son conseiller à la sécurité nationale.
Le président par intérim a assuré que les forces de sécurité contrôleraient les accès à l‘Etat du Plateau pour prévenir les infiltrations d‘armes et miliciens. Mais un reporter de l‘agence Associated Press a pu franchir sans encombre lundi des points de passage où des contrôles auraient dû en théorie être effectués. Certains de ces postes étaient déserts, tandis qu‘en d‘autres endroits, policiers et militaires laissaient passer une file de voitures sans intervenir.
Le bilan précis des massacres perpétrés dimanche matin n‘a pas été établi. Des journalistes et membres d‘organisations de défense des droits de l‘Homme ont déclaré avoir compté sur place dimanche après-midi plus de 200 corps, principalement des femmes et des enfants tués à coups de machette, et parfois mutilés.
Les autorités locales ont avancé un bilan de plus de 400 morts, sans toutefois fournir de liste précise des victimes, tandis que la police et l‘armée se sont refusées à tout commentaire. La Croix-Rouge n‘a pas donné d‘estimation des victimes.
› Jon Gambrell (AP)



