LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

En trois ans, la Fondation de Luxembourg a déjà aidé à la création de 28 fondations

La Fondation de Luxembourg aide et conseille les philanthropes dans la création de leur fondation. Sa directrice générale, Tonika Hirdman, répond à nos questions.

La Fondation de Luxembourg a-t-elle provoqué un déclic dans le monde de la philanthropie?

Tonika Hirdman Oui, je pense effectivement. Elle a été créée pour faciliter le développement de l’engagement philanthropique et accompagner les donateurs dans leur démarche. Avant la création de la Fondation du Luxembourg, peu de projets se réalisaient, faute d’une structure pour conseiller les donateurs dans leur démarche. La preuve de notre développement est le nombre de fondations créées. Jusqu’à présent il y en a 28 et si on compare le nombre de fondations créées depuis la loi de 1928, on en récense une centaine. Donc la Fondation du Luxembourg a été un accélérateur de la philanthropie.

La crise provoque-t-elle une baisse des engagements philanthropiques?

Hirdman On a constaté qu’il y a aujourd’hui plus de personnes qui pensent à la philanthropie que quelques années avant la crise. Je pense que c’est lié au fait que la crise a mené les gens à changer leurs priorités dans leur vie. Ils ont réalisé qu’une partie de leur patrimoine était fictive, que ce n’était qu’un chiffre sur un papier; tandis qu’être conscient des besoins des autres et vouloir y contribuer, c’est quelque chose de réel. Il s’agit de créer de la valeur humaine. Je pense aussi que s’engager dans la philanthropie, c’est perçu comme une façon de prendre des responsabilités en temps de crise.

Quels sont les montants moyens investis dans la philanthropie?

HirdmanCela varie beaucoup. Parmi nos donateurs, c’est entre 250.000 euros et quelques millions d’euros. L’engagement total s’élève à plus de 70 millions d’euros depuis ces trois dernières années… Cela inclut aussi les engagements, c’est-à-dire les promesses de dons pour plus tard.

Le régime fiscal récompense un petit peu ceux et celles qui décident de donner. Mais souhaiteriez-vous d’autres modifications?

Hirdman On peut toujours promouvoir encore plus à travers une réforme fiscale mais je pense que le Luxembourg se positionne bien par rapport aux autres pays européens. En France, la déductibilité fiscale est plus avantageuse mais au Luxembourg, la situation reste assez favorable. Il y a d’autres barrières comme pour les successions. Il y a toujours 4% à verser quand on reçoit un legs. Vu la situation budgétaire du Luxembourg, ce n’est peut-être pas le bon moment d’abaisser ces droits mais certains pays les ont abolis… Mais les avantages fiscaux sont rarement la raison de l’engagement des gens dans la philanthropie. C’est un accélérateur qui permet de faire plus; un encouragement. Je n’ai connu aucun cas où la fiscalité était la raison de l’engagement.

Combien de personnes ont déjà financé des projets philanthropiques via votre organisme?

HIRDMAN D’ici la fin de l’année, nous aurons 28 fondations et la plupart ont été créées par des personnes privées. Certaines sont aussi fondées par des sociétés, c’est le cas de 5 d’entre-elles. Plus de la moitié des fondations ont été créées par des résidents luxembourgeois et le reste par des étrangers non-résidents, surtout des européens provenant des pays voisins.

Les secteurs d’engagement concernent surtout l’éducation dans les pays en voie de développement. Il y a une grande conscience que l’éducation est indispensable au développement d’un enfant, d’une famille et d’un pays. Il y a aussi pas mal de projets dans le domaine de la recherche scientifique ou dans le soutien des étudiants en doctorat. Enfin, il y aussi quelques projets dans le domaine de la culture au Luxembourg, tout comme dans le domaine social au Luxembourg et ailleurs.

Une catastrophe relayée dans l’actualité peut-elle influencer la création de projets?

HIRDMAN Non, pas vraiment. Car créer une fondation, c’est un projet à très long terme tandis que des grandes catastrophes comme le tremblement de terre en Haïti ou le Tsunami au Japon sont vus comme quelque chose d’urgent. Et dans ce cas, les gens préfèrent donner directement à une ONG qui a mis en place un projet en urgence.

Quelle est la répartition entre legs, mécénats d’entreprises et dons au sein de la Fondation du Luxembourg?

Hirdman La proportion la plus importante, ce sont des personnes privées qui font une dotation à une fondation. Cela se fait de leur vivant et c’est vraiment très populaire. Ensuite, il y a les sociétés et les fondations de flux. Les entreprises versent un cashflow chaque année et il est utilisé directement pour un projet. À l’inverse, il y a les fondations à dotation qui sont privilégiées par les personnes privées. Chacune donne une part de son patrimoine à la fondation. La somme est gérée par une banque qui génère des revenus. Ceux-ci sont ensuite injectés dans le projet. Ainsi, la dotation est préservée pour un très long terme et cela génère des revenus. Enfin, il y a les legs. On en a reçu peu, mais cela augmente maintenant. Nous avons sollicité des notaires au Luxembourg et les avons sensibilisés. Cela a porté ses fruits mais cette formule reste peu répandue.

Quelle est la répartition des différentes formules?

Hirdman Des 28 fondations que nous compterons fin 2012, 5 ou 6 sont dormantes. Les personnes ont créé la fondation de leur vivant et elle deviendra active à leur décès. Ce sont les legs.

Donc une grande majorité est constituée de fondations créées par des personnes privées actives, et en moindre quantité par des entreprises et des legs.

Au Luxembourg, les philanthropes souhaitent-ils se faire connaître?

Hirdman Non. Jusqu’à présent, nous avons remarqué que la plupart des Luxembourgeois préfèrent être très discrets. Le Luxembourg est un petit pays et ils redoutent peut-être de nombreuses sollicitations d’ONG par exemple. Certains nous disent que même s’ils n’ont pas mis leur propre nom dans celui de leur fondation, ce n’est quand même pas un secret. Mais on voit très peu des gens qui mettent leur propre nom comme nom de leur fondation, ce qui est beaucoup plus le cas aux États-Unis par exemple. J’ai le sentiment que les Luxembourgeois sont plus discrets dans leurs démarches.

Une réforme de la loi sur les fondations va bientôt arriver, avec des conséquences pour la philanthropie…

Hirdman Un projet de loi a été publié il y a trois ans. Actuellement, un texte de loi de 1928 intègre les lois sur les fondations et les associations. En octobre dernier, François Biltgen a donné quelques éléments relatifs à la nouvelle législation. Les responsables vont scinder le texte actuel et créer une loi rien que pour les fondations. Et l’un des changements les plus concrets, c’est la possibilité pour les fondations d’obtenir des immeubles comme investissement. Ceci est très important pour les donateurs, car certains souhaitent donner un bien immobilier à une fondation. Actuellement, il n’est pas possible de conserver l’immeuble, la fondation est obligée de le vendre. Avec la nouvelle loi, la fondation pourra mettre l’immeuble en location et financer des projets avec les loyers perçus, par exemple.