SÃO PAULO
ANDREA VIALLI, VALOR ECONOMICO

Gestion des déchets: une start-up brésilienne met en relation entreprises et réseaux de collecte informels

São Paulo Le Brésil produit des déchets comme une nation riche, mais les élimine encore à la manière d’un pays sous-développé. Dans les grandes villes comme São Paulo et Rio de Janeiro, chaque Brésilien produit 1,2 kg de déchets par jour en moyenne, et 41% des déchets urbains produits sont encore éliminés sans être traités, souvent dans des décharges à l’air libre appelées «lixões». Cette situation est courante dans l’arrière-pays. Même Brasilia, la capitale du célèbre architecte primé Oscar Niemeyer, continue à envoyer ses déchets dans des décharges. La loi nationale sur les déchets solides passée en 2010 a amené des concepts modernes de gestion des déchets au pays, mais sa mise en application n’a pas encore conduit à de véritables changements. L’un de ses objectifs était la disparition des «lixões» avant 2014. Cependant, de nombreuses communes en manque de fonds ont protesté, et la date limite a été repoussée à 2018. Même si le Brésil recycle d’importants volumes de certaines matières (le pays est leader mondial dans le recyclage de canettes en aluminium, dont 98% sont réutilisées dans l’industrie), toutes les villes n’ont encore pas implanté la collecte sélective structurée. Beaucoup d’entre elles dépendent de coopératives de collecteurs de déchets qui travaillent souvent de manière informelle.

Un million de tonnes de déchets a pu être restituéà la chaîne de production

Selon la loi, l’industrie doit assumer la responsabilité de s’assurer que les déchets qu’elle génère sont manipulés correctement; et cela va d’une simple bouteille de shampooing à un ordinateur en fin de vie utile. Une start-up dont le but est de connecter les deux extrémités de la chaîne, l’industrie et les coopératives de collecteurs de déchets, est née il y a un peu plus d’un an: il s’agit de New Hope Ecotech, la création de deux managers de São Paulo, Luciana Oliveira et Thiago Carvalho Pinto. Après avoir fait une maîtrise en gestion des entreprises ensemble à la Kellogg School of Management de Chicago, ils ont cherché un modèle d’entreprise qui ait un impact social. Luciana, qui avait déjà travaillé pour Google, avait des affinités avec la technologie. Leur nouvelle société est née dans le but d’unir ces deux univers.

La stratégie de New Hope Ecotech consiste à utiliser des logiciels de gestion des données afin que les sociétés qui produisent des biens de consommation paient les collecteurs pour le volume de déchets qu’ils retirent de l’environnement et rendent au processus de production. Tout est enregistré dans un système en ligne qui fournit une transparence en temps réel du processus. Le capital de lancement de la société provient de 70.000 dollars américains venant de Kellogg elle-même, car l’école offre des primes pour les étudiants qui se distinguent dans le leadership et l’entrepreneuriat.

«La majorité des collecteurs a de faibles revenus parce que les matières premières qu’ils récupèrent sont des produits dont la valeur sur le marché varie fortement. Notre entreprise assure que ces sociétés paient les travailleurs directement pour les déchets collectés, sans intermédiaires», explique Luciana Oliveira, partenaire fondatrice. Le logiciel cloud gère des indicateurs comme la quantité de matériel qui arrive aux coopératives (classée par type de déchet), la personne l’ayant fourni et la date d’entrée.

La quantité de matériel vendue à l’industrie de recyclage est également stockée dans le logiciel, et des rapports réunissant ces informations sont générés à partir des données. New Hope Ecotech a également développé une plate-forme de gestion gratuite pour les agents du recyclage. Actuellement, cinq sociétés productrices d’aliments et de boissons utilisent les services de la start-up.

Ce sont principalement des petites et moyennes entreprises. Par le biais de ces clients, la société a déjà pu restituer un million de tonnes de déchets à la chaîne de production, et les premiers paiements aux collecteurs auront lieu en octobre; c’est, selon Luciana, la preuve de la viabilité du système.

Andrea Vialli, Valor Economico


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