LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Rencontre avec le directeur de la clc, Nicolas Henckes

Du commerce aux transports puis aux services, la clc a étendu son spectre de représentation au fil des décennies. En juin 2017, Nicolas Henckes est devenu le directeur de cette organisation patronale membre de l’UEL (Union des Entreprises Luxembourgeoises). Des défis du commerce à ceux du prochain gouvernement, passage en revue des sujets qui retiennent l’attention de la clc.

 

Cela fait un an que vous êtes à la tête de la clc. Quel premier bilan tirez-vous?

NICOLAS HENCKES Ça a été une année très active puisque ma mission a été de mettre en œuvre la nouvelle stratégie pour la clc. Désormais, nous sommes vraiment dans la pleine phase de mise en œuvre technique avec de nouveaux services qui sont développés, notamment la mise en place d’un service juridique qui fournit des conseils à nos membres, et c’est quelque chose qui commence à avoir un réel succès. Nous avons énormément développé notre offre de formation et on a sauté sur le train du GDPR, qui nous a donné cette occasion de montrer ce qu’on pouvait offrir comme valeur ajoutée à nos membres. Nous avons offert des formations GDPR mais spécifiques à chaque secteur. C’est là où nous avons voulu apporter de la valeur ajoutée, d’offrir du sur mesure à nos fédérations.

 

Y a-t-il d’autres aspects de la réforme de la clc qui vont bientôt arriver à concrétisation?

HENCKES Nous allons en termes de communication développer nos events et nos conférences, en plus des formations. Nous allons essayer d’offrir là encore plus de valeur ajoutée spécifique à nos membres. A la rentrée, nous allons faire une conférence sur les salariés frontaliers et leurs spécificités fiscales. Et cela, dans une optique spécifique à nos secteurs. Donc pas vraiment de la conférence cocktail mais de la conférence utile où nos membres pourront y aller et revenir avec quelque chose d’utile en main. Une sorte quelque part de formation light.

 

Il y a aussi le Pakt PRO commerce qui semble assez important pour la clc. Quelles sont les avancées concrètes engendrées?

HENCKES Le Pakt PRO Commerce qu’on a signé avec le ministère de l’Economie et la Chambre de Commerce a différents aspects. Le premier aspect le plus concret qui va être lancé à la rentrée est Letzshop.lu, la plateforme d’e-commerce mutualisée où pour 500 euros tous les commerçants pourront avoir leur présence sur cette plateforme et vendre en ligne avec un service logistique intégré. Le deuxième projet qui va devenir visible d’ici à la fin de l’année mais dont on parle déjà, c’est le cadastre du commerce. Nous allons faire un inventaire général de toutes les surfaces commerciales dans le pays. Nous espérons pouvoir développer les données en relation avec ces différents emplacements notamment les taux de fréquence par rue. Nous pourrons vraiment donner des informations très précises sur chaque emplacement commercial ce qui permettra à tout commerçant qui souhaite s’installer dans une boutique à disposition de bien évaluer les opportunités et les risques de cet emplacement et à quel moment il faut être ouvert pour ne pas rater les flux principaux.

 

Quand sera-t-il terminé?

HENCKES J’espère qu’on pourra lancer quelque chose d’ici à la fin de l’année. Les solutions techniques sont déjà choisies, il faut faire l’étude sur le terrain. Je reste prudent sur l’annonce d’un délai mais on espère que ça se fera avant la fin de l’année.

 

Au Luxembourg, il y a une multiplication des centres commerciaux tant en création qu’en extension mais on dénombre de plus en plus de cellules vides dans les villes, que ça soit à Luxembourg-ville à Dudelange ou à Esch/Alzette. Qu’est-ce que peut faire la clc pour remédier à cette situation?

HENCKES La clc peut essayer de former ses commerçants membres, peut essayer de les sensibiliser à un certain nombre de choses, notamment à une présence internet renforcée. Après, la clc n’a pas d’influence sur le prix des loyers à Luxembourg-ville. Les centres commerciaux en banlieue ont évidemment un impact sur les flux commerciaux dans les villes, c’est certain.  Mais – c’est là que je crois qu’en tant que clc on peut avoir une action – il y a aussi une question de ce que les commerces de centre-ville sont capables d’offrir, de développer comme attractivité. Nous avons hélas encore un certain nombre de commerçants – pas forcément membres de clc d’ailleurs – qui refusent de changer leurs méthodes de vente, qui restent à attendre le client, ont des horaires d’ouverture qui sont très restrictifs parce qu’ils n’ont pas envie d’investir plus de temps là-dedans et qui méconnaissent complètement le service au client tel qu’il doit être aujourd’hui. Ça aussi c’est la réalité du terrain, on a une partie de commerces qui ont du mal avec le changement, qui ne veulent ou ne peuvent ou ne savent pas s’adapter aux nouvelles techniques de vente, qui ne comprennent pas l’internet comme une chance et le voient comme un danger alors qu’une présence active sur internet permet le plus souvent de générer plus de fréquence en boutique.

 

Quel bilan tirez-vous du gouvernement actuel?

HENCKES C’est mitigé sur un certain nombre de points. Il y a des points positifs et négatifs. Du point de vue de la clc, un des gros points positifs c’est vraiment la coopération au niveau Pakt PRO Commerce. Ça, c’est quand même quelque chose qui s’est bien passé, où on a eu des discussions vraiment constructives. Je pense qu’on peut appeler ça une belle collaboration. Après, à l’opposé, si on veut trouver un sujet qui fâche, on a les horaires d’ouverture où notre secrétaire d’Etat (Francine Closener, ndlr.) fait la sourde oreille, ne répond pas à notre courrier de demande d’extension des horaires d’ouverture de manière systématique et nous répond par tweet interposé après une réunion avec le syndicats. C’est ainsi que se fait la politique, c’est-à-dire que sur un dossier, on travaille bien ensemble et sur l’autre, ça grince un peu des dents (rires).

Après, on a des dossiers plus génériques au niveau UEL. C’est le congé parental et la flexibilité du temps de travail. Nos membres nous disent que le nouveau congé parental, c’est une catastrophe. Le congé parental a été revalorisé au niveau d’indemnité ce qui l’a rendu cela beaucoup plus intéressant pour les salariés de nos entreprises. Sauf que sur des PME comme les nôtres, c’est source de désorganisation assez importante, ça crée des pertes de chiffre d’affaires, ça peut mettre en difficulté momentanément des entreprises et les fragiliser, surtout si ça concerne des salariés à qualification plus rare. Nous, ce qu’on avait demandé, c’est qu’on puisse faire dans une équipe de dix s’il y en a un qui part, que les neuf autres puissent avoir des heures sup’, avoir une augmentation de leur cadence, puissent compenser quelque part ce départ. Parce que recruter un personnel qualifié en CDD de 6 mois, ça n’existe pas dans la vie réelle. Et cela, c’est toute la difficulté que ce gouvernement n’a absolument pas appréhendé.

 

Quel souhait adressez-vous à la prochaine majorité?

HENCKES Nous demandons toujours la libéralisation totale des heures d’ouverture. Nous sommes d’avis que chaque commerce doit pouvoir décider pour lui-même s’il doit ouvrir ou pas et à quel moment il doit ouvrir, le tout évidemment dans le respect du droit du travail. Notre droit du travail prévoit déjà suffisamment de compensations pour les salariés qui travaillent le dimanche c’est quand même un vrai avantage de pouvoir travailler un dimanche. Et ça c’est quelque chose que nous ne comprenons vraiment pas parce que les syndicats défendent une position complètement archaïque sur ce point alors que leurs propres membres sont friands de travailler le dimanche. Vous êtes payés à 170%, vous avez un temps de repos compensatoire et cerise sur le gâteau ce jour-là quand vous faites l’aller-retour il n’y a pas de bouchons. Donc vous avez tout gagné. Nous espérons aussi qu’il va y avoir une évolution dans l’état d’esprit des politiques à ce sujet-là parce que je pense que ça pourrait être la solution à pas mal de problématiques aussi en termes de mobilité si on peut décaler un certain nombre d’achats sur un autre moment de la semaine voire augmenter le chiffre d’affaires parce que ça j’en suis sûr, plus les magasins sont ouverts plus ils ont du chiffre d’affaires.

Ensuite, par rapport aux annonces qui ont déjà été faites, notre demande est de ne surtout pas augmenter les coûts pour les entreprises en matière de salaire social minium. Ça c’est hors de question pour nos secteurs dont les marges sont déjà très faibles. A partir d’un certain moment, le coût salarial est tel que si vous l’augmentez encore, c’est une subvention directe à l’automatisation et à la robotisation. 

Les pistes de la clc

Main d’œuvre Gel total des niveaux de salaires pendant les cinq prochaines années et opposition à toute hausse du salaire social minimum Fiscalité Mettre en place une incitation fiscale à l’investissement dans les start-up, instaurer une réserve immunisée pour les PME et immuniser fiscalement les transmissions d’entreprises Terrains et emplacements commerciaux Simplification et accélération des procédures administratives liées à la construction et mise en place d’un registre national des terrains et emplacements disponibles Aménagement communal et développement urbain Inciter les communes à adopter leur Plan d’Aménagement Général Nouvelle mouture en tant qu’activité prioritaire Règlementation générale du commerce et des professions Libéralisation totale des heures d’ouverture des commerces et autoriser la police à faire circuler les mendiants et clochards qui occupent les devantures des magasins Marché du logement Ouverture du secteur des logements à coût modéré, y compris le logement locatif à coût modéré aux acteurs privés Marchés publics Soit interdire la prestation de plus de 20% du travail final, soit obliger l’Etat à rémunérer le travail fourni par tous les soumissionnaires Grandes infrastructures Etendre la politique de déploiement de la fibre aux zonings industriels et aux zones de bureaux, intégrer des réseaux ultra haut débit des câblo-opérateurs Marché intérieur européen Se positionner en faveur d’une interdiction des pratiques d’imposition aux commerçants du pays d’origine dans lequel ils peuvent s’approvisionner Promotion du Luxembourg Multiplier les actions internationales de promotion et de prospection, et ceci en étroite collaboration avec les spécialistes du secteur ICT Ndlr: cette liste est non exhaustive. Elle est consultable dans son intégralité via le site web de la clc   www.clc.lu