SCHUTTRANGE
CATHERINE KURZAWA

En travaillant avec les restaurateurs, Sandrine Pingeon cultive ses légumes autrement

Le soleil brille en ce matin d’été sur les 3,5 hectares de terrain exploités par Sandrine Pingeon. Même pour nous montrer ses plantations, elle ne peut s’empêcher de prendre avec elle son panier et ramasse quelques légumes frais. «Être producteur me permet de faire ce que je veux», résume la quadragénaire qui a lancé son activité il y a six ans. Avec Les paniers de Sandrine, l’entrepreneuse a été élue «Personnalité de l’année 2018» par le guide Gault&Millau au Luxembourg.

Pourtant, la restauration ne représente que 10% de son activité, assure la jardinière paysagiste devenue maraîchère. «Je refuse la restauration» explique-t-elle. «Je ne veux pas parce que je n’ai pas la production et je ne veux surtout pas bâcler». Sandrine Pingeon fournit une douzaine de restaurants, gastronomiques ou non. «Ça me soulage de travailler avec un gastro parce que je sais qu’il ne va pas me demander des grandes quantités», confie la maraîchère.

Autre particularité, elle interagit beaucoup avec les restaurateurs: pour la sélection des graines qui seront plantées en vue de la saison prochaine mais aussi dans les produits qu’ils achètent. Des mini-légumes aux fleurs comestibles en passant par les racines, la demande est aussi variée que les 300 variétés cultivées. «On ne jette plus rien», synthétise Sandrine Pingeon qui prépare aussi des colis surprise de 20 kg pour les professionnels désireux d’adapter leur carte au gré des récoltes.

Quoi qu’il en soit, ils peuvent recevoir des produits cueillis le jour-même, avec un gain de goût et de fraîcheur sur la concurrence, selon la cultivatrice.

«La nature dicte ce qu’on va récolter», insiste la maraîchère qui a laissé tomber le bio à la fin 2016 «parce que je ne me retrouve pas derrière le bio actuel». «Le bio est une industrie comme une autre et on peut la pousser jusqu’à l’extrême», ajoute-t-elle.

Tout baigne pour l’aquaponie

Sandrine Pingeon s’est lancée dans l’aquaponie: la culture de plantes irriguées par de l’eau provenant d’un aquarium où évoluent des poissons. «Au début j’étais sceptique sur les goûts», confie la maraîchère qui se méfiait aussi bien des poissons tilapias que des légumes générés par le système. Mais au final, la saveur y est et - qui plus est - relevée par un rythme de croissance soutenu.

«Je veux avoir une méthode de production plus efficace», admet Sandrine Pingeon. Et puis, l’aquaponie est une activité qui lie son amour des plantes et l’aquariophilie de son conjoint. C’est d’ailleurs lui qui l’a poussé à lancer sa propre affaire.

«J’ai toujours eu une main verte», dit la fille d’agriculteurs venue des Vosges. Elle fait partie des quelques producteurs de légumes luxembourgeois, mais l’admet sans détour: «Je crois qu’on a 1% de la production luxembourgeoise en légumes qui est faite par rapport à la demande». Lentement, mais sûrement, voilà comment elle voit son entreprise avancer… Jusqu’en 2020. Car à cet horizon, elle sera contrainte de se séparer du terrain sur lequel elle cultive ses légumes. Il est appelé à changer d’affectation pour répondre à la croissance de la zone industrielle de Munsbach.

La maraîchère est donc à la recherche d’une alternative pour continuer à produire, sur une superficie du même ordre, ses légumes au fil des saisons.

www.lespaniersdesandrine.lu