PARIS/FLORANGE
CATHERINE KURZAWA

Le programme supposé redynamiser le site lorrain est annulé

L’épilogue donné vendredi passé au dossier Florange n’était donc que celui de la fin d’un tome. D’ores et déjà, de nouveaux volets se profilent à l’horizon des métallos lorrains, qui ne savent plus vraiment sur quel pied danser.

Hier jeudi, ArcelorMittal a annoncé qu’il s’était retiré de l’appel d’offres concernant le projet Ulcos. Le groupe a invoqué des «difficultés techniques.» Premier coup de gueule du jour des syndicats: mais que fait Matignon ? Le Premier ministre a tout simplement marché dans les pas de Lakshmi Mittal, et souligné que dans le rapport Faure, «le projet (Ulcos) tel qu’il avait été présenté à la Commission européenne dans sa première version se heurte à des difficultés techniques qui nécessitent une phase complémentaire de recherche.» Bref, Jean-Marc Ayrault préfère voir le verre à moitié plein: 600 emplois sont sauvés et l’État évite de débourser 1 milliard d’euros pour nationaliser Florange.

Mais que va-t-on faire, à Florange ?

Ulcos, c’est un projet de production d’acier à faibles émissions de carbone pour lequel le site lorrain était en passe de remporter l’appel d’offres, à en croire des sources européennes bien placées. Ulcos, c’est aussi le leitmotiv de la reprise des activités à Florange, le programme sensé redonner une deuxième vie au site mosellan. Mais ArcelorMittal en a décidé autrement. Le géant de l’acier a cependant laissé une porte (entre)ouverte, en promettant qu’il postulerait au prochain appel d’offres, prévu au deuxième semestre 2013.

Mais la porte s’est vite refermée. Plus tard dans la journée, des sources communautaires ont carrément parlé d’un abandon des projets de captage et de stockage de CO2, dans lesquels faisait partie Ulcos. La Commission reprend le milliard et demi d’euros prévu à cet effet pour le dédier à des projets d’énergies renouvelables. Une nouvelle douche froide pour les métallos lorrains qui voient le projet retardé d’au moins trois ans, si pas carrément annulé.

Grogne générale

Des élus locaux ont par ailleurs rencontré Jean-Marc Ayrault, mais les angles sont loin d’être arrondis. «On s’est fait entuber» a déclaré à la télévision BFM le député socialiste de Moselle Michel Liegbott.

Du côté des ouvriers, certains ont brièvement occupé les hauts-fourneaux de Florange, pour réclamer une renégociation de l’accord conclu entre l’État français et ArcelorMittal. Certains redoutent même une coupure de l’approvisionnement en gaz, qui permet pour l’instant de maintenir les installations en veille.

Mais il n’y a pas qu’à Florange que le mécontentement se fait sentir. Sur le site d’ArcelorMittal situé à Basse-Indre, en Loire-Atlantique, les syndicats appellent à une grève lundi prochain. En cause: l’accord conclu vendredi dernier pour sauver Florange. Il prévoit le transfert d’une soixantaine de postes dans le décapage et le laminage vers le site mosellan.

Enfin, la colère a également régné autour des négociations salariales pour 2013, au sein d’ArcelorMittal en France. Les syndicats ont carrément claqué la porte après s’être vus refuser des augmentations générales pour l’ensemble des salariés du groupe. Le géant de l’acier a une autre vision des choses, qui passe par des augmentations individuelles et des primes de 300 euros brut.

À Florange, ces évènements en cascade ont le don de faire monter la crainte, la crainte d’un avenir de plus en plus flou, comme recouvert par un épais brouillard lorrain.