LUXEMBURG
LJ

Le député européen luxembourgeois Charles Goerens a proposé récemment de créer un statut de citoyen associé pour les Britanniques qui souhaiteraient continuer à faire partie du projet européen et à jouir de certains droits dans l’UE. Une idée vivement discutée pour l’instant notamment en Grande-Bretagne, mais qui ne fait pas l’unanimité parmi les députés européens luxembourgeois.

CHARLES GOERENS | DÉPUTÉ EUROPÉEN (ALDE)

„Mon initiative vise à faire accréditer l’idée d’une citoyenneté associée. Elle permettrait aux Britanniques qui le voudront, après avoir déclaré vouloir adhérer aux valeurs fondamentales de l’UE, de garder Ieur citoyenneté européenne. Des opposants à la nécessité d’adapter la démocratie à des exigences nouvelles, il y en a toujours eu. Tel fut d’ailleurs le cas Iors de l’introduction du suffrage universel. Tel fut aussi le cas lors de la décision d’accorder le droit de vote aux femmes en 1919. La démocratie doit sinon se réinventer du moins s’adapter de temps à autre. Il ne faut jamais capituler devant le premier obstacle. Après 1919, même les plus récalcitrants ont fini par se rallier à l’idée que la femme a toute sa place dans une société démocratique. L’Union européenne repose sur ses Etats membres, certes. Mais sa survie dépend dans une très large mesure de l’appui que lui réservent ses citoyens. Quoi de plus noble au lendemain du Brexit que de voir 16 millions de Britanniques se réclamer des valeurs qui fondent l’Union européenne? La citoyenneté européenne associée, qui pour l’instant n’est qu’une impulsion politique, serait, si elle devait se réaliser, le meilleur moyen de maintenir en éveil cette ardeur.“

VIVIANE REDING | DÉPUTÉE EUROPÉENNE (PPE)

„Cette approche induit en erreur et est même dangereuse. Car une adhésion volontaire à la citoyenneté européenne par des citoyens d’anciens pays membres de l’Union européenne constitue une érosion de la citoyenneté européenne qui ajoute des droits et devoirs à la citoyenneté nationale. Je suis par ailleurs outragée par la proposition de lier cette citoyenneté associée à une cotisation annuelle. Cela revient à brader la citoyenneté européenne qui inclut notamment la liberté de mouvement et le droit de représentation au Parlement européen. C’est inacceptable. Et cela ouvre la porte à encore davantage de „cherry picking“ au niveau des avantages qu’offre l’Union Européenne.

L’UE et la Grande-Bretagne auront à travailler sur une nouvelle relation après le déclenchement de l’article 50 du traité de Lisbonne et l’achèvement du retrait de ce pays de l’UE. Ces négociations doivent être guidées par les principes de l’indivisibilité de nos libertés fondamentales et de l‘égalité de traitement mutuel. La proposition de Charles Goerens est contraire à ces principes. Et elle nuit à la crédibilité de l’Union européenne.“