LUXEMBOURG
OLIVIER ROUSSEAU

Le Trio Cénacle au cycle Camerata des Solistes Européens, Luxembourg

C’est une soirée originale qu’a proposé à la Philharmonie une formation de musique de chambre tout aussi originale: le Trio Cénacle, pour qui c’était d’ailleurs le premier concert officiel au Luxembourg.

Cet ensemble se compose d’une pianiste, Michèle Kerschenmeyer - bien connue des mélomanes luxembourgeois -, d’une soprano, Evelyn Czesla, et d’un baryton-basse, Nico Wouterse, et leur répertoire est inattendu.

Pourquoi «Cénacle»? En référence au groupe d’artistes qui se réunissaient chez Victor Hugo à la fin des années 1820: des écrivains (Vigny, Dumas, Nerval, Musset, Gautier), des musiciens (Berlioz, Liszt, Chopin), des sculpteurs et des peintres (notamment Delacroix). «Cénacle» parce que le trio désire mettre en valeur les partitions inspirées par des poètes du groupe. Une autre particularité du trio est l’accent particulier mis sur notre «Grande Région»: ses membres en sont originaires et ils ont découvert un compositeur lui aussi «grand régional» et focalisé sur le Cénacle: Georges Schmitt (1821-1900), né à Trèves, qui s’est installé à Paris en se consacrant notamment à Victor Hugo.

C’est ainsi que le public a pu découvrir lundi soir une petite dizaine de lieder de Georges Schmitt, aux atmosphères contrastées et riches en climats. Au programme aussi, des pièces de Lou Koster (une compositrice luxembourgeoise), de Gabriel Pierné (né à Metz) et de Saint-Saëns (pas grand-régional, lui, mais en lien avec Georges Schmitt à Paris).

Mais ce que l’on retient de ce concert, c’est la création mondiale d’une partition du Luxembourgeois Marco Pütz sur «A Vianden» de Victor Hugo, un poème écrit le 8 juin 1871, jour même de l’arrivée de l’exilé dans la petite ville de son pays d’accueil. Marco Pütz a réussi à restituer superbement ce poème qui oppose les splendeurs de la nature à la répression sanglante qui vient de conclure la Commune de Paris. Les interprètes ont été à l’unisson expressifs de ses intentions.

Signalons aussi une initiative bienvenue des organisateurs du concert: sa mise en perspective par les interventions préalables de deux éminents spécialistes, le professeur Wolfgang Grandjean, biographe et éditeur de Georges Schmitt, et Frank Wilhelm, dont on sait quel spécialiste il est de l’œuvre de Victor Hugo et de ses relations avec notre pays.