LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le directeur de la Fedil René Winkin se livre à l’approche des élections d’octobre

Les  élections législatives d’octobre, c’est un sujet sur lequel la Fedil planche depuis des mois. Au début de l’année déjà, l’organisation avait déterminé ses priorités et était partie à la rencontre des différents partis politiques. De ces échanges a résulté le fascicule «L’avenir avec nos industries», dans lequel la fédération imagine ce à quoi pourrait ressembler le Luxembourg en 2023, et les besoin qui en découleraient pour y parvenir. Rencontre avec le directeur de la Fedil, René Winkin.

 

La Fedil est multisectorielle et notre économie ne cesse de se diversifier. Comptez-vous encore vous diversifier au au niveau de vos membres?

RENE WINKIN Oui, je pense que la diversification est un processus continu. On part d’une base qui est l’industrie manufacturière, traditionnellement aussi la construction et puis depuis les années 60-70 on a commencé à ajouter des services que ça soit le gardiennage, l’entretien, le nettoyage, etc. Cette évolution fait que le potentiel dans le membership Fedil évolue. Deuxièmement, avec l’évolution technologique, vous commencez à avoir des activités qui n’existaient pas avant. Aujourd’hui, on a un secteur espace avec SES mais aussi de nouveaux acteurs qui s’ajoutent. Je n’exclus pas que dans dix ou 20 ans il y ait un secteur spécialisé sur l’économie solidaire, ou après la transformation énergétique de nouveaux acteurs vont apparaître avec des dénominations qu’on ne connaît pas encore aujourd’hui. Du moment que c’est technologique et orienté vers l’extérieur, à caractère industriel, ce sont des membres potentiels pour notre fédération.

 

Au sein de votre fédération, quels sont les sujets qui retiennent le plus l’attention de vos membres?

WINKIN Premier sujet, certainement le manque de main d’œuvre qualifiée. Ça commence par montrer nos secteurs aux jeunes pour qu’ils s’y intéressent. L’avantage c’est qu’avec la transformation de l’activité dans l’industrie, on a un secteur plus agréable à montrer qu’il y a 30 ou 40 ans, où la proportion de travaux plus pénibles était plus élevée qu’aujourd’hui.

Mais la main d’œuvre qualifiée, ça peut aussi être travailler sur des aspects de fiscalité. Dans le contexte de la réforme fiscale, on a réussi à éviter des évolutions où des frontaliers auraient été fortement défavorisés par rapport à des résidents. Nous savons que dans l’industrie, pour disposer de la panoplie de talents dont on a besoin, sans les frontaliers, ce n’est pas du tout envisageable.

Un autre sujet, c’est pousser l’agenda de la digitalisation. Dans la digitalisation et l’innovation, nous voyons la chance de garder une industrie des secteurs forts au Luxembourg. On est conscient que l’on est dans une région où la main d’œuvre est chère, les terrains sont chers, l’énergie est moins bon marché qu’en Afrique du Nord, en Turquie ou aux Etats-Unis donc, l’efficacité et le potentiel de la digitalisation sont des concepts qui doivent être poussés.

 

En octobre, ce sont les élections législatives. Quel bilan tirez-vous du gouvernement actuel?

WINKIN Sur l’agenda du développement économique, la majorité qui sort a un bon bilan. Le gouvernement a été actif sur les différents chantiers, des chantiers plus modernes mais a aussi pu tirer les profits de la digitalisation en créant le bon contexte et en permettant l’implantation d’acteurs. Et l’intérêt de Google est un peu un témoignage de cela.

 

Pour le moment, Google a juste acheté un terrain…

WINKIN Oui, mais ils auraient pu ne pas mettre le Luxembourg sur la carte du tout. Nous sommes sur la carte, nous sommes positionnés dans ce domaine comme dans quelques autres pour être un terrain d’accueil et je pense qu’au niveau des différents ministères impliqués, on a multiplié les travaux pour permettre ce cadre propice. Maintenant, autre bilan si je prends la voie règlementaire: oui, quelques dossiers ont pu être débloqués en termes d’infrastructures, mais aussi en termes de modernisation du système énergétique. La stratégie Rifkin a créé une atmosphère positive pour pousser ces agendas. Ce sont toujours des fenêtres d’opportunité. Cadre règlementaire encore, nous voyons qu’il y a un souci d’être performant en termes d’autorisations (d’exploitation, les commodos, etc.) Mais alors, il y a des chantiers comme le logement qui souffrent encore énormément de retards et des retards qui sont encore créés par trop de procédures, un cadre trop lourd. Donc, lr bilan est plutôt mitigé.

En termes de droit du travail, on a certainement vécu des moments plus difficiles quand il s’agissait de moderniser l’organisation du travail où on a créé une flexibilité sur le papier mais où les conditions pour arriver à la flexibilité sont telles qu’elle est quasiment inexistante. Donc là, on a malheureusement loupé l’occasion de moderniser notre cadre alors que le patronat était d’accord avec des évolutions plus favorables à la conciliation vie famille-vie active.

 

Par rapport à cette flexibilité, vous faites allusion à la contrepartie de la réforme du congé parental?

WINKIN Oui. On comprend en partie cet agenda là parce que si on veut augmenter le taux d’emploi d’hommes et de femmes, il faut viser l’activité des deux donc ça exige beaucoup d’éléments. On n’a pas voulu s’opposer à cette évolution. Mais il faut dire qu’elle gène des petites entreprises quand vous avez un cumul de congés parentaux avec des arrêts maladie. Donc, ça augmente la probabilité que des équipes ne soient pas complètes, il y a des entreprises qui savent plus facilement gérer ces situations que d’autres. Je pense d’ailleurs qu’il faut envisager peut-être même de nouveaux modèles d’organisation entre entreprises au sein des secteurs, une plus grande flexibilité entre entreprises pour permettre justement à des petites structures de vivre avec un cadre où un plus grand nombre de gens peuvent s’absenter pendant des périodes plus longues.

 

Quels sont vos souhaits pour le prochain gouvernement?

WINKIN On a des attentes sur la question de croissance qualitative. La première attente, c’est de se mettre d’accord sur ce que ça devrait représenter. On a eu confirmation, oui c’est une croissance qui est poussée par les gains de productivité. Donc, pas nécessairement répliquer celle qu’on a eu les dix dernières années, où on a augmenté le PIB et en même temps augmenté le nombre de personnes. Et deuxièmement, un besoin en logements, qu’une qui augmente proportionnellement avec la croissance.

Notre point de vue, c’est de dire une telle croissance ne doit pas exclure l’industrie. L’industrie, au moins celle qu’on veut développer pour l’avenir, est de moins en moins une industrie intensive en main d’œuvre mais une industrie automatisée. Donc avec l’automatisation l’industrie a tendance à libérer de la main d’œuvre.

Deuxièmement, pour les transformations technologiques, on a besoin d’industries parce que les solutions en partie sont quand même encore dans le hardware aussi, pas seulement dans le software.

 

La croissance qualitative est selon vous guidée par le progrès technologique?

WINKIN On parle aujourd’hui beaucoup de gains de productivité et on a tendance à penser à comment les distribuer. Notre analyse est qu’ils sont encore loin d’être là et assurés, donc je pense qu’on est plutôt dans le processus pour les réaliser. Je pense que dans une deuxième étape, certainement la question doit être posée - et aux entreprises avec leurs salariés de répondre comment répartir les fruits de ces gains de productivité. Une remarque que nous avons faite aux partis, c’est de dire que l’idée d’une réduction généralisée du temps de travail à cette époque-ci ne colle pas. Elle ne colle pas avec ce qu’on entend: nos membres sont à la recherche de main d’œuvre qualifiée. L’agenda luxembourgeois est un agenda qui a besoin de croissance et de gens qui travaillent. Cela ne veut pas dire que toutes les initiatives pour mieux concilier famille et travail seraient contradictoires.

 

Fin mai, le fabricant de laine de roche Knauf a renoncé à s’installer au Luxembourg. D’un côté c’était une opportunité économique mais de l’autre, c’était vue comme une menace environnementale. Comment la Fedil se positionne-t-elle  par rapport à cela ?

WINKIN Les normes sont là pour être respectées mais il faut voir les dossiers et des potentiels autour du dossier-même et ainsi que les dynamiques qui en découlent. Je pense qu’on aurait pu le faire mais ça s’est combiné très tôt avec une opposition des communes, avec une période pré-électorale où peut-être les Verts cherchaient aussi à se profiler. Mais je ne veux certainement pas leur reprocher d’avoir fermé la porte. C’est clair, on a vu à un moment donné un ministère de l’Economie qui ne comprenait plus rien et un ministère de l’Environnement qui semblait faire blocage et un dialogue difficile entre les deux. Et quelque part, nous nous sommes dit que ce n’est pas la façon dont on aimerait voir traiter ces dossiers. Mais nous devons accepter que s’il y a vraiment des raisons écologiques inébranlables, il y a des dossiers qui ne peuvent pas marcher. 

Les pistes de la Fedil

Développement économique

• Favoriser les structures destinées aux start-up

• Assurer que la qualité des infrastructures (connectivité, zones d’activité et mobilité) soit infaillible

• Créer des réserves de zones d’activités dont la surface dépassera 25 ha par unité pour pouvoir réagir rapidement à des opportunités

• Développer et perfectionner les structures de type guichet unique

 

Le travail de demain

• Arriver à des conditions de travail flexible

• Enseigner les technologies de demain

• Adapter la protection sociale ainsi que la prévention de la sécurité et de la santé

• Permettre aux entreprises de circuler avec leurs données

 

Innovation & Technologie

• Créer une masse critique et aspirer à l’excellence dans des domaines de recherche distingués comme prioritaires

• Promouvoir les projets de recherche collaborative et appuyer la collaboration tripartite

• Promouvoir l’innovation dans le secteur privé

• Promouvoir et encourager la digitalisation de l’économie

 

Energie

• Se positionner dans le débat européen en faveur d’un véritable marché européen de l’énergie

• Faire de l’efficacité énergétique une priorité

• Permettre le développement de projets de production d’énergies renouvelables de grande échelle, en collaboration avec l’industrie

• Garder la taxation de l’énergie attrayante

 

Administration 4.0

• Accélérer la digitalisation des services publics et moderniser l’action publique

• Mettre en œuvre une stratégie d’ouverture des données publiques

• Dématérialiser la passation des marchés publics

• Offrir aux investisseurs des produits de compensation pour compenser les effets de leurs projets sur l’environnement