LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le Centre de Compétences «Digitalt Handwierk» entre pleinement en fonctions

Former aux défis de la digitalisation, voilà l’objectif du Centre de Compétences ««Digitalt Handwierk»» mis en place par la Fédération des Artisans cette année. Quelques projets sont déjà en cours de concrétisation depuis janvier tandis que le modèle luxembourgeois des Centres de Compétences commence à s’exporter. Explications avec l’administrateur-délégué des Centres de Compétences de l’Artisanat, Marc Ant.

 

Avec trois Centres de Compétences, est-ce que la formation dans l’artisanat au Luxembourg est un exemple en Europe ou au contraire est-il un «work in progress»?

MARC ANT Ces projets de Centres de Compétences artisanaux au Luxembourg, c’est quand même assez unique, d’autant plus qu’ils sont structurés selon le cadre européen des certifications (CEC). La structuration, le financement et l’approche de l’ingénierie de formation, ça, vous ne le trouverez pas développé à ce niveau ailleurs en Europe; là c’est un modèle qui est en train de se mettre en place. Il a déjà été «vendu» au Cap Vert parce que les centres de compétences GTB (génie technique) et Parachèvement vont y instaurer un centre de compétences financé par le ministère de la Coopération. Nous commençons les travaux lundi prochain (le 3 septembre, ndlr.)

 

Comment se porte le nouveau Centre de Compétences «Digitalt Handwierk»?

ANT Il est déjà opérationnel. Il suit déjà des projets. Pour les entreprises, on a deux à trois initiatives qui tournent déjà donc, ça fonctionne.

 

Quels sont les projets réalisés au sein du nouveau Centre de Compétences «Digitalt Handwierk»?

ANT Le premier, c’est un projet pilote financé par le ministère de l’Economie pour une vingtaine d’entreprises. Et là, on fait une analyse stratégique auprès de ces entreprises pour développer des stratégies de développement digital. Nous faisons des entretiens avec ces entreprises, nous analysons les processus qui sont actuellement utilisés, nous essayons de développer des objectifs à long terme et puis mettre en place des plans de développement et aider les entreprises à réaliser ces plans de développement, notamment aussi dans le domaine du développement digital.

 

En pratique, comment guider les artisans dans la digitalisation?

ANT D’abord, les entreprises n’ont pas toutes des problèmes de digitalisation. Ensuite, l’idée est d’intervenir d’un point de vue stratégique, avant de faire la digitalisation. Nous voulons aider les entreprises à ne pas acheter aveuglément des robots ou des imprimantes 3D, il faut que ces investissements s’intègrent dans la stratégie de l’entreprise qui doit exister au préalable.

Nous sommes en train de faire un projet pilote, c’est le premier que l’on fait,  et ce projet est financé par le ministère de l’Economie dans une perspective de généraliser cette approche après les conclusions de cette étape du projet pilote qui va encore durer jusqu’à la fin de l’année.

 

Revenons aux projets du nouveau Centre de Compétences. Quels sont les autres?

ANT Nous sommes très intégrés dans les programmes «Digital Skills Bridge» qui est un projet lancé récemment par le ministère du Travail. Nous sommes un peu un bureau d’assistance technique pour les entreprises artisanales, pour les aider premièrement à s’intégrer dans ce programme et deuxièmement pour les aider  à développer des projets dans ce «Digital Skills Bridge». Je pense qu’il y a seize ou 18 entreprises qui ont été retenues dont cinq entreprises artisanales.

Troisièmement, nous avons un projet dans le cadre du processus européen qui vise notamment à développer des formations dans le domaine de la digitalisation pour les entreprises artisanales. La formation existe, nous l’avons développée et nous allons la lancer à partir de septembre.

Ce que le Centre de Compétences «Digitalt Handwierk» ne va pas faire, c’est le conseil en technologies. C’est à dire nous n’allons pas dire aux entreprises «il faut acheter ce robot-là», ce n’est pas notre rôle. Notre rôle, c’est de les amener dans une réflexion puis d’autres intervenants plus spécialisés que nous dirons aux entreprises ce qu’il faut acheter comme matériel ou des logiciels, peu importe.

 

Y a-t-il des entreprises que vous ciblez plus que d’autres dans l’artisanat?

ANT Non. La seule spécificité c’est qu’elles soient artisanales. Qu’elles soient petites ou grandes, qu’elles aient une maturité technologique ou pas, nous essayons de les amener dans ce milieu. Mais il n’y a pas de ciblage. Ce sont toutes les entreprises artisanales. Il y a des entreprises qui ne sont pas du secteur de l’artisanat qui peuvent aussi travailler avec nous. Là, on ne va pas dire non, mais ce n’est pas notre ciblage.

 

L’artisanat luxembourgeois est déjà doté de deux Centres de Compétences, dédiés au génie technique pour l’un et le parachèvement pour l’autre. Quels enseignements avez-vous déjà pu en tirer?

ANT La demande est nettement plus élevée qu’on l’avait anticipé au préalable. Nous avons formé en un an et demi environ 6.500 personnes et nos estimations étaient de 1.200. Donc, il y a vraiment un boum. Nous avons été, non pas surpris, mais la moitié des formations sont des formations de santé et sécurité au travail. Il y a un énorme embouteillage à ce niveau-là, nous allons essayer de combler.

Nous allons dans les entreprises directement discuter, analyser, faire des plans de formation dans les entreprises avec les responsables à chaque niveau et c’est alors que les entreprises comprennent la valeur ajoutée de nos activités.

 

Comment sont financés ces centres de compétences?

ANT Les centres de compétences GTC et Parachèvement sont financés par des cotisations obligatoires via un règlement grand-ducal. Les entreprises doivent payer 0,5% de leur masse salariale annuellement aux centres de compétences qui collectent cet argent. Puis cet argent est pris pour investir dans des formations qui sont alors gratuites pour les entreprises cotisantes. S’il y a des entreprises qui ne sont pas cotisantes et qui veulent envoyer leurs salariés chez nous, alors il y a un droit d’entrée pour chaque formation.

Ce n’est pas le cas pour le «Digitalt Handwierk». Là, le centre devra fonctionner comme une entreprise privée classique. Il y a d’un côté pour le démarrage des cofinancements publics pour l’instant mais petit à petit les entreprises devront contribuer partiellement aux frais de fonctionnement, au prorata de la participation. Les formations qui sont offertes par «Digitalt Handwierk» sont payantes pour tous les membres. A moins qu’elles soient financées par «Digital Skills Bridge». C’est un peu compliqué. Les patrons d’entreprises artisanales ont la tête dans le guidon, ils ont beaucoup de travail et n’ont pas le temps. Donc nous aidons ces entreprises à intégrer, nous faisons ce travail pour eux, nous gérons les programmes pour eux dans «Digitalt Handwierk».

Au diapason européen

Les artisans peuvent faire reconnaître leurs compétences sur un modèle unique européen

Sur le modèle des niveaux de langue, l’artisanat a également un cadre européen des certifications (CEC). Concrètement, selon le niveau de l’artisan, de débutant à très expérimenté, la certification est la même partout en Europe. Le but est que l’employeur puisse facilement identifier les compétences d’un employé, quels que soient les diplômes passés dans un autre pays européen. Et que l’employé puisse faire valoir de son côté ses compétences, et puisse les développer au cours de sa vie professionnelle. L’artisanat au Luxembourg dépend essentiellement de la main d’œuvre étrangère. 89% des salariés sont ainsi originaires des pays frontaliers, des Pays-Bas, d’Italie et du Portugal. Il est donc essentiel pour les employeurs de bien cerner le niveau de leurs employés. De CEC 1, débutant souhaitant s’investir dans le métier, à CEC 6-7, des artisans techniciens supérieurs souhaitant développer leurs compétences en ingénierie et conduite de projet (équivalent Bachelor et Master), le Centre de compétences est chargé de valider les niveaux de CEC. Au-delà de la validation de ses acquis, les artisans peuvent suivre des formations pour développer leurs compétences et faire reconnaître un niveau supérieur, après réussite au test de formation. L’artisan qualifié (niveau DAP) au niveau CEC 3 qui souhaite devenir chef d’équipe, soit le statut CEC 4, devra suivre des formations concernant le management, la communication, la méthodologie de projet et de gestion, le tout durant environ 160 heures, à l’issue desquelles il devra réussir le test qui validera son nouveau niveau.  AUDREY SOMNARD