LUXEMBOURG
AUDREY AZOULAY

Depuis 1967, sur initiative de l’UNESCO, l’organisation des Nations Unies pour l’Education, les Sciences et la Culture, célèbre le 8 septembre la Journée mondiale de l’alphabétisation. Aujourd’hui encore, des centaines de millions de personnes à travers le monde ne savent pas lire et écrire. Au Grand-Duché, entre 3 et 7% de la population adulte ne maîtriseraient pas ou pas suffisamment la lecture, l’écriture ou le calcul selon des estimations. A l’occasion de la Journée mondiale de l’alphabétisation, un message d’Audrey Azoulay, ancienne ministre française de la Culture et de la Communication et Directrice générale de l’UNESCO depuis novembre dernier.

«Une fois que l’on a appris à lire, on est libre pour toujours », a écrit, au cœur du XIXe siècle, Frederick Douglass, esclave noir américain affranchi, champion de la cause abolitionniste et auteur de plusieurs ouvrages. Cet appel à l’émancipation par la lecture, et plus généralement par la maîtrise d’un savoir fondamental – lire, écrire et compter -, possède une portée universelle.

L’alphabétisation est le premier pas vers la liberté, vers l’affranchissement des contraintes sociales et économiques. Elle est la condition indispensable d’un développement à la fois individuel et collectif. Elle fait reculer la pauvreté et les inégalités, crée de la richesse, contribue à éradiquer des problèmes de nutrition et de santé publique.

Depuis le siècle de Frederick Douglass, et particulièrement au cours de ces dernières décennies, des progrès considérables ont été accomplis partout dans le monde et des millions d’hommes et de femmes ont été arrachés à l’ignorance et à la dépendance grâce à un vaste mouvement d’alphabétisation et de démocratisation de l’accès à l’enseignement. Pourtant, la perspective d’un monde où chaque individu dispose d’un savoir fondamental reste encore un idéal.

Ainsi, aujourd’hui, à l’échelle mondiale, plus de 260 millions d’enfants et d’adolescents ne sont pas scolarisés; six enfants et adolescents sur dix - soit 617 millions - n’acquièrent pas les compétences minimales en lecture et en calcul; 750 millions de jeunes et d’adultes ne savent toujours pas lire et écrire – et parmi eux, les deux tiers sont des femmes. Ces lacunes lourdement handicapantes entraînent une exclusion de fait de la société et entretiennent la spirale des inégalités sociales et des inégalités de genre.

S’ajoute aujourd’hui un nouveau défi: celui d’un monde en pleine mutation, où le rythme des innovations technologiques ne cesse de s’accélérer. Pour trouver sa place dans la société, occuper un emploi, répondre aux défis sociaux, économiques, mais aussi environnementaux, les compétences traditionnelles - savoir lire, écrire et compter – ne suffisent plus: de nouvelles qualifications, notamment en matière de technologies numériques, deviennent nécessaires.

Préparer les jeunes et les adultes à des emplois dont la majorité n’a pas encore été inventée est une gageure. Pouvoir se former tout au long de la vie, profiter de passerelles entre différentes formations, bénéficier de plus grandes possibilités de mobilité devient ainsi indispensable.

Le thème retenu cette année pour cette nouvelle Journée internationale,

“Alphabétisation et développement des compétences” met l’accent sur cette approche évolutive de l’éducation. L’UNESCO est activement engagée dans cette redéfinition des politiques d’alphabétisation et encourage les pratiques éducatives novatrices. Elle soutient également les différentes formes de coopération entre secteur public et secteur privé, car seule une appréhension globale de la cause de l’éducation peut permettre de répondre de manière adaptée aux besoins d’un monde qui semble se réinventer chaque jour.

En cette Journée internationale, j’invite tous les acteurs du monde de l’éducation, et au-delà, car c’est une cause qui nous concerne toutes et tous, à se mobiliser afin que l’idéal d’une société mondiale entièrement alphabétisée devienne un peu plus une réalité.»