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CATHERINE KURZAWA

Rencontre avec la manager du cluster «Materials & Manufacturing»

Avec une augmentation de plus de 70% de ses membres depuis 2016, le «Materials & Manufacturing» Cluster affiche une santé de fer. Parmi ses 74 membres, les petites entreprises gagnent en importance. Rencontre avec sa Cluster manager, Caroline Muller, qui revient sur les défis qui se profilent à l’horizon.

Comment se porte le secteur des matériaux aujourd’hui au Luxembourg?

CAROLINE MULLER Le secteur des matériaux et de la production se porte plutôt bien. On a vu qu’il y a eu une certaine régression en 2008 au moment de la crise économique. Mais la tendance s’est vite inversée et la croissance a été de 2,6% pour la période 2009-2015. En 2015, le secteur a généré plus de 8,6 milliards d’euros de revenus.

Quels sont les éléments qui contribuent à la croissance du secteur?

MULLER Il y a toute cette transformation digitale vers la Troisième Révolution Industrielle, l’industrie 4.0. Il est vrai que les matériaux d’aujourd’hui ne sont pas les matériaux de demain. Donc, il y a une vraie réflexion sur comment rendre les matériaux intelligents et multifonctionnels. Et puis il y a toute cette réflexion sur la façon de développer des matériaux qui respectent l’environnement. Les industries sont de plus en plus sensibilisées à cela et les «Green Tech» commencent à bien décoller.

Que sait-on aujourd’hui des matériaux du futur? Connaît-on déjà certaines de leurs caractéristiques?

MULLER Il est difficile de tout prédire. Ce qui est probable, c’est qu’ils seront intelligents et connectés. On cherche à mettre des capteurs, des sondes dans les nouveaux matériaux. Ils seront multifonctionnels et chargés avec des nouvelles particules. Il y a également une réflexion sur les nanoparticules: quelles seront-elles et quel sera leur impact sur l’environnement?

Quels sont les atouts du Luxembourg en matière de matériaux innovants?

MULLER Le ministère de l’Économie nous soutient pour tout ce qui est développement de nouveaux matériaux: nous bénéficions de subsides attribués pour des projets qu’on appelle RDI (Recherche, développement et innovation). Il y a également des centres de recherche performants: on a bien sûr le LIST, l’Université du Luxembourg et le tout récent Centre national composite du Luxembourg situé à Bascharage dans les locaux du LIST. Au Luxembourg, on a des idées, on a des compétences et on a des moyens. Je pense par ailleurs que c’est un point fort ici que de travailler en cluster, de pouvoir rassembler les industries autour de thématiques communes, que ce soit des technologies ou des procédés de fabrication. Une des forces du Luxembourg est d’être au centre de l’Europe. Nous sommes en train de créer des partenariats solides dans la Grande Région avec des clusters et des organismes belges, français, allemands. Au Luxembourg, le nombre d’entreprises et de technologies au m² est très important. Le pays est certes petit, mais au niveau des idées, du dynamisme et du développement, il est intéressant.

Le secteur des matériaux touche des domaines variés dans des activités parfois très éloignées. Comment au sein du cluster procédez-vous pour réunir tout ce monde?

MULLER C’est ça le challenge! Il faut trouver des technologies transversales qui peuvent satisfaire la plupart des industries ou des métiers. Par exemple, les matériaux composites. On réfléchit également au concept d’une plateforme sur l’impression 3D: il y a plus de 40 industriels qui sont intéressés par cette technologie-là et ils sont dans des domaines complètement différents. Il y a des thématiques communes qui touchent ces différents métiers. Il y a aussi une approche humaine qui relie les membres du cluster : des liens se créent, également géographiquement. Les rencontres au sein du cluster leur permettent d’échanger, sur des problématiques communes. Cela concerne surtout les petites entreprises.

Par rapport au Luxembourg, voyez-vous des faiblesses dans ce secteur?

MULLER Un petit point faible, mais qui va aller en s’améliorant, pourrait concerner les collaborations inter-industrielles. Il existe déjà pas mal de collaborations entre les industries et les centres de recherche, mais je pense que les représentants de l’industrie auraient à gagner à travailler davantage ensemble. Et c’est notre rôle de favoriser ces synergies et ces partenariats.

Donc, davantage de partenariats entre entreprises?

MULLER Exactement. Le Centre national composite a initialement été établi pour favoriser ces collaborations multipartites. Il ne s’agit pas seulement d’attirer une entreprise qui vient faire un partenariat avec le centre de recherche, mais bien plusieurs sociétés qui créent un consortium et qui travaillent ensemble sur une thématique bien particulière. C’est clairement ce qu’on essaie de favoriser pour les années à venir.

Quelles sont les priorités du cluster dans le contexte actuel?

MULLER Favoriser le business et la collaboration entre les industries sur les matériaux composites, les matériaux biosourcés, la fabrication additive, l’industrie 4.0.. Nous allons également travailler sur l’automatisation et la robotique. Cela touche l’industrie qui est en pleine transformation. Même les petites entreprises sont en train de penser à leurs technologies futures de fabrication et à changer leurs modèles de conception. Il faut aussi qu’on les accompagne dans la formation. C’est important, car les métiers d’aujourd’hui ne sont pas les métiers de demain: il va falloir former les collaborateurs à pouvoir être efficaces et compétents pour des activités qui leur seront demandées dans quelques années. Dans les projets phares, il y a par exemple l’initiative nationale qui fait partie d’un projet européen : le High Performance Computing (HPC). Il s’agit d’un supercalculateur, mis en place pour l’industrie, qui devrait être disponible au Luxembourg dès 2018.

Quelles sont les potentielles retombées de cet outil pour l’industrie des matériaux?

MULLER Plus la production est automatisée et connectée, plus cela engendre une masse de données qu’il faut stocker et analyser. Ce sera le rôle de ce supercalculateur de pouvoir gérer ces gigantesques quantités de données, mais aussi de générer une intelligence artificielle capable de développer, par exemple, de nouveaux modèles d’affaires pour les entreprises, des programmes de maintenance prédictive, etc.. Beaucoup reste encore à découvrir.

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