LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La finance islamique est à l’honneur aujourd’hui à la City où le Luxembourg est représenté

Ce mercredi a lieu à Londres l’IFN Forum, une conférence dédiée à la finance islamique. L’agence de promotion de la place financière «Luxembourg for Finance» est évidemment de la partie à Mansion House, la résidence officielle du lord-maire de la City londonienne. Mais ce n’est pas tout: le directeur de la LHoFT Nasir Zubairi participara à un panel dédié aux Fintech et à la finance islamique.

Celle-ci peine à séduire les investisseurs en Europe, où les actifs gérés dans ce segment ne représentent que 0,001% du total mondial, selon des données de la Banque mondiale.

La finance islamique consiste en une série de produits financiers qui sont conformes aux principes de la Sharia. Ainsi, ils doivent être dénués d’intérêt et d’usure, d’incertitude et de spéculation, de produits illicites selon la loi coranique (Haram) et doivent respecter le partage des profits et des pertes.

«La finance islamique n’est pas morte mais souffre d’un manque de standardisation et de branding», explique au «Journal» Marco Lichtfous, expert en finance islamique chez Deloitte Luxembourg. Selon lui, la finance islamique comporte une série d’atouts à commencer par une dimension éthique importante.

Mais cette activité pâtit du sentiment de méfiance autour de l’islam actuellement de mise en Europe. En outre, ses principes génèrent des coûts additionnels et la finance islamique se retrouve face à certaines barrières règlementaires. Ainsi pour respecter les principes de la finance islamique dans le cadre d’un prêt hypothécaire, la banque doit acheter la maison puis la revendre à l’emprunteur.

«Cela signifie deux transactions et dans la plupart des pays européens, cela signifie qu’il faut payer deux fois les frais afférents», pointe Marco Lichtfous. Ce dernier estime que la finance islamique a toujours été une niche et le restera.

«En Indonésie, 90% de la population est musulmane mais les actifs en finance islamique ne représentent que 5% environ du total dans le pays», souligne l’expert.

En perte de vitesse au Luxembourg

Le Luxembourg s’est positionné parmi les précurseurs de la finance islamique en Europe, en réalisant en 2002 la première cotation d’une obligation islamique (aussi appelée sukuk) au sein de sa Bourse.

«Ce n’est pas quelque chose qu’on peut répliquer facilement. Parce qu’il faut des garanties réelles derrière le sukuk. Et la plupart du temps, ce qu’on prend comme garantie réelle ce sont des immeuble», explique le ministre des Finances Pierre Gramegna. Le Grand-Duché a vu la part de la finance islamique se réduire ces dernières années. Au niveau des fonds d’investissement par exemple, leur nombre est passé de 49 à 42 entre avril 2016 et décembre 2017, selon la CSSF. Sur l’ensemble des fonds d’investissements domiciliés au Luxembourg, les fonds compatibles avec la Sharia représentent une part de 0,3%. En matière d’actifs nets, cette part est encore plus faible, de l’ordre de 0,06%.

«La finance islamique, c’est quelque chose qui ces cinq dernières années en Europe a beaucoup baissé en termes d’intérêt», admet le directeur de «Luxembourg for Finance» Nicolas Mackel. «C’est un segment qui n’attire pas les investisseurs», reconnaît le responsable qui n’entend pas se désengager totalement de cette niche.

«Si on veut être une place financière internationale, il faut avoir plusieurs cordes à son arc et la finance islamique en est une». De la finance chinoise aux fintech en passant par la finance verte, la place financière luxembourgeoise multiplie en effet les niches de développement.

«Nous avons repéré depuis quelques années la finance verte comme un sujet beaucoup plus vaste et prometteur» que la finance islamique, souligne Pierre Gramegna.

«Il y a beaucoup plus de possibilités dans ce domaine mais cela n’exclut pas qu’on va refaire des sukuks à l’avenir», conclut le ministre des Finances.