LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Jean-Paul Olinger adresse son message au monde politique avant la campagne des législatives

Arrivé au début de l’année en tant que secrétaire général de l’UEL, Jean-Paul Olinger est devenu directeur de l’organisation faîtière du patronat luxembourgeois début juin, succédant ainsi à Jean-Jacques Rommes. L’ancien associé KPMG actif dans la fiscalité et ex-président de la Fédération des Jeunes Dirigeants d’Entreprise nous livre son premier bilan et ses perspectives en vue des élections législatives d’octobre.

Quel bilan tirez-vous après vos premières pas à la tête de l’UEL?

OLINGER Sur les six mois, je crois qu’il y a plusieurs choses à dire: nous sommes dans un contexte qui est très spécifique, les grands traits de la politique internationale (Brexit, guerre commerciale) nous donnent un cadre. Par rapport à cela, l’économie luxembourgeoise essaie de s’organiser de façon plus efficace et l’UEL essaie donc de jouer un rôle de facilitateur et d’être une force de proposition. Il y a trois aspects que j’aimerais citer. Le premier, c’est la collaboration entre l’UEL et ses membres. On arrive à parler d’une seule voix, ce qui est bien si on veut discuter avec les partenaires sociaux. Par rapport aux partenaires sociaux, je suis d’avis que le dialogue est très important que ça soit dans le cadre du semestre européen ou des tripartites. Dernier point, je pense que notre rôle est très important pour veiller à la compétitivité de l’économie luxembourgeoise. Ce qu’on essaie de faire, c’est de poser les entreprises au cœur de la société. Et c’est un équilibre très fragile parce que quelque part vous êtes dépendant surtout au Luxembourg d’un contexte international. Par rapport à tout cela, ce qui est important pour moi, c’est qu’on laisse dernière nous les temps des jeux à somme nulle. Ce n’est pas parce qu’un des partenaires sociaux gagne que l’autre perd et vice-versa. Je pense que l’on doit trouver ensemble des solutions win-win où chacun gagne et cela encore plus dans un contexte de globalisation.

Votre prédécesseur Jean-Jacques Rommes a toujours été farouchement opposé à l’idée d’augmenter le salaire social minimum (SSM). L’index était aussi son sujet «bête noire». Comment vous positionnez-vous face à ces dossiers?

OLINGER Ma position est celle de l’UEL. Il faut garder en tête qu’au Luxembourg, plus de 90% des sociétés ont moins de 50 employés. Donc, la quasi-totalité sont des petites entreprises. Elles sont plutôt «price taker» et donc, elles ne peuvent pas fixer les prix. La seule chose qu’elles peuvent faire, c’est agir sur le marché: être plus compétitives, être plus qualitatives que d’autres. En augmentant le salaire social minimum (SSM), on va surtout toucher les petites entreprises.

Le SSM est déjà rattaché à l’évolution générale des salaires au Luxembourg et il a augmenté de quelque 60% depuis l’année 2000. On peut aussi arriver à une augmentation nette en défiscalisant le SSM et en ne le soumettant pas à des cotisations sociales. Et à ce moment-là, plutôt que d’augmenter les frais pour les entreprises, on peut aussi décider à travers une solution politique de soulager les personnes qui sont au SSM en réduisant leur contribution au budget.

Pour l’index, notre position est toujours la même: on est d’avis que les salaires doivent évoluer avec la productivité, donc vers le haut aussi bien que vers le bas. Par contre, nous n’avons pas thématisé ce sujet pendant cette législature parce qu’on n’a pas eu beaucoup d’inflation.

L’UEL a pour mission la promotion de la productivité. Mais dans le même temps, elle a créé l’INDR pour la promotion de la Responsabilité Sociale des Entreprises. Est-ce que vous estimez qu’une entreprise peut être à la fois compétitive et durable?

OLINGER Pourquoi vous pensez que les deux n’iraient pas ensemble? Je pense que les deux vont très bien ensemble! En fait, seule une entreprise qui est compétitive peut être un employeur durable. Donc, il faut garantir la pérennité de l’entreprise. Et une entreprise, pour qu’elle puisse être durable par rapport à ses buts de survie financière, elle doit être compétitive. Je suis d’avis que la RSE ne touche pas seulement ce qui est environnemental ou social mais qu’elle touche aussi à des domaines qui sont aussi vastes que la gouvernance de l’entreprise, la stratégie de l’entreprise.

On parle beaucoup du plan Rifkin et de la 3ème Révolution industrielle au Luxembourg. Quelle est la position de l’UEL par rapport aux idées qui émanent de ce plan?

OLINGER On est d’avis que c’est une initiative qui est très intéressante parce qu’elle permet quelque part une remise en cause de nos approches par rapport à des sujets très différents, en y intégrant l’économie circulaire, l’économie du partage. J’ai pu participer moi-même à l’une de ces réunions il y a quelques semaines et cela a encouragé la collaboration transversale au niveau des administrations, entre différents secteurs économiques, entre les entreprises publiques et privées tout en intégrant la société civile. La collaboration transversale c’est bien, mais tout ce qui est digitalisation et recherche d’efficience au niveau de l’Etat cela devrait faire partie de ce projet Rifkin.

Entretenez-vous des contacts avec vos homologues dans les pays voisins ou de l’UE?

OLINGER On le fait aujourd’hui mais on le fait surtout de façon indirecte, via nos membres. Nos membres sont représentés à Bruxelles: il y a l’ABBL, il y a la Fedil, il y a la Chambre de Commerce qui sont à Bruxelles. C’est un domaine qui est certainement à développer davantage à l’avenir aussi pour l’UEL, et cela surtout en vue d’augmenter cet échange d’expériences et de «best practices» en matière de sujets concernant l’emploi, la sécurité sociale, la fiscalité. Parce que dans un monde globalisé, on doit nécessairement suivre les évolutions internationales.

Par rapport à la majorité sortante, quel bilan pouvez-vous sortir de ces cinq ans de gouvernance?

OLINGER Le gouvernement a donné un renouveau, une certaine dynamique à notre pays. Pour les sujets qui concernent l’UEL, on a peut-être un résultat un peu plus mitigé. Sur les points positifs, on a certainement une politique économique qui s’est bien développée: si on voit le secteur de la logistique, le processus Rifkin, l’initiative Space Mining et maintenant le HPC, la discussion autour du «Nation Branding», le fonds souverain. On a des nouvelles entreprises qui viennent au Luxembourg et dans la Grande Région, une baisse du chômage, une restructuration de l’ADEM et une collaboration beaucoup plus forte avec celle-ci.

Là où on a des bémols, c’est la flexibilité du travail pour les entreprises: on était supportif au niveau de tout ce qui était congé parental et donc conciliation vie professionnelle et vie privée. Ce qui a été convenu était qu’on aurait plus de flexibilité pour les entreprises et cela n’a pas été mis en place. Au niveau des finances publiques, on est d’avis qu’en haute conjoncture, on devrait avoir un solde structurel positif. On a les pensions, le problème du vieillissement de la population, la problématique sur le logement. Ce sont des points essentiels sur lesquels on n’est pas positifs et maintenant c’est au prochain gouvernement d’attaquer ces points.

Quel message souhaitez-vous faire passer à l’entame de la campagne?

OLINGER On est quelque part en période pré-électorale actuellement et donc, c’est toujours un peu le risque qu’on se limite à nos problèmes internes et qu’on discute juste entre nous pendant des mois et des mois. Je crois que nous devons nous rendre compte que nous ne vivons pas sur une île, et on doit quand même garder à l’esprit une vue macro de toutes les problématiques qu’il y a. Donc il faut réfléchir aux questions stratégiques et durables de notre économie qui sont la digitalisation, les talents et la formation continue. Il faut donner plus d’importance à la Grande Région pour notre économie, que ce soit au niveau des frontaliers, des terrains, des entreprises qui se sont établis de l’autre côté de la frontière, des universités qui sont très proches.

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