LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA AVEC SIPA

Les propos du ministre français du Redressement productif passent mal chez les Mittal

le dicton est connu: «Les derniers mètres sont les plus durs.» À l’approche de la date butoir du 30 novembre pour trouver un repreneur, le parcours devient plus que sinueux dans le dossier Florange.

Au centre de l’imbroglio, le ministre du Redressement productif français Arnaud Montebourg. Dans «Les Echos» d’hier lundi, le responsable a tenu des propos durs à l’encontre d’ArcelorMittal.

«Nous ne voulons plus de Mittal en France parce qu’ils n’ont pas respecté la France». Et d’ajouter: «Le problème des hauts-fourneaux de Florange, ce n’est pas les hauts-fourneaux de Florange, c’est Mittal».

Du côté de l’intéressé, qui pour rappel emploie 20.000 personnes dans l’Hexagone, la déclaration du ministre n’est pas restée lettre morte. Ses proches, habituellement si discrets, n’ont pas manqué de réagir, se disant «particulièrement choqués.» La famille Mittal a aussi ajouté qu’elle a consenti à un effort: «On a accepté d’ajouter la cokerie dans la corbeille alors que le groupe préférait la garder».


Que céder ?

La pomme de la discorde réside toujours dans la cession des hauts-fourneaux de Florange, pour lesquels les deux candidats à la reprise ont exprimé le souhait d’exploiter davantage d’outils que ceux de la phase à chaud. Mais ArcelorMittal tient à conserver ses autres outils sur le site mosellan, n’en déplaise au gouvernement et aux syndicats. Lundi, FO métaux s’est rangé dans le rang des politiques, appelant à une nationalisation temporaire de Florange. «Cela nous permettra de nous débarrasser de la famille Mittal», a justifié non sans remontrance le délégué syndical Walter Broccoli. Mais ce dernier laisse quand même une autre porte ouverte: «L’autre solution, c’est que M. Mittal fasse marche arrière». Quant à la fédération métaux CFE-CGC, elle se dit opposée à une nationalisation, qui «industriellement et commercialement, ne tient pas la route. Imaginez un repreneur avec une usine mais sans réseau commercial, sans brevet ni licence pour produire de l’acier?» Dans un courrier adressé à Arnaud Montebourg, l’organisme estime par ailleurs qu’un «scénario de vente de la totalité de l’usine sera très difficilement accepté par ArcelorMittal.»

Mardi tendu

Et si lundi la journée a été riche en déclarations de tous bords, ce mardi devrait l’être également. Au menu du jour: une rencontre entre le président de la République française et Lakshmi Mittal. François Hollande essaiera-t-il de négocier un rallongement du délai voire un élargissement du périmètre de vente? En tout cas, légalement, rien n’empêche Paris de jouer cavalier seul sur ce coup. D’après «Les Echos», l’État français pourrait reprendre le site mosellan sans l’aval de son propriétaire, mais moyennant une indemnisation. Et pour se faire aider dans la tâche d’exploitation du site, le gouvernement pourrait alors s’associer avec un opérateur industriel. Cette piste de la nationalisation est loin de déchaîner les passions, mais récolte en tout cas les faveurs des politiciens, à commencer par Pierre Moscovici, Aurélie Filippetti et Michel Sapin. En dehors de la majorité aussi, le projet compte ses soutiens, comme Jean-Louis Borloo notamment. Mais à ce jeu-là, pas sûr que le poids des politiques joue face au géant de l’acier Mittal.