HORNU (MONS)
CATHERINE KURZAWA

L’exposition «Halte à la croissance!» offre une réflexion pertinente sur la surconsommation

Si les principes de l’économie circulaire commencent à se faire un nom au Luxembourg, portés notamment par le plan Rifkin et certains projets pilotes tels que le building Nesto inauguré ce mois-ci à Wiltz, cette discipline reste rarement associée à l’art. Pourtant, design et décroissance peuvent aller de pair. C’est en tout cas le message porté par l’exposition «Halte à la croissance!» qui se tient jusqu’au 21 octobre au Centre d’innovation et de design du Grand-Hornu, en Wallonie.

On peut y voir une série d’objets conçus par des designers européens qui montrent qu’il est possible de consommer sans pour autant cannibaliser les ressources. On retient par exemple le projet de recherche sur la soustraction de Mathilde Pellé. La Française expose le fruit d’un travail de prélèvement de matière dans son environnement domestique. Ainsi, la cuillère en bois avec laquelle on cuisine peut voir sa partie creuse être amputée de moitié, sans pour autant perdre sa faculté de remuer les ingrédients dans une casserole. En grattant le superflu, l’artiste montre au public qu’il est possible non seulement de préserver les objets de notre quotidien mais aussi leurs fonctions.

Audrey Bigot s’intéresse pour sa part aux projets ayant un impact social et environnemental. Ainsi, la créatrice a élaboré pour sa série «Les Rafraîchissantes» une série d’objets qui permettent de conserver les aliments comme s’ils étaient dans une cave, en reproduisant un environnement frais, obscur et stable. Ces caves miniatures peuvent trouver leur place dans la cuisine d’un appartement urbain. Elles sont conçues par une technique particulière de moulage. Deux cuves en faïence s’emboîtent l’une dans l’autre et sont séparées par du sable humide. En s’évaporant, cette humidité crée du frais. Et plus la température extérieure augmente, plus l’évaporation est forte et donc, le rafraîchissement augmente. Tout cela se fait simplement avec du sable et de l’eau, et ne nécessite donc aucun apport d’énergie.

Lorsqu’on pense à la surconsommation, impossible de ne pas évoquer l’obsolescence programmée des produits électroménagers. L’approche de Julien Phedyaeff et Christopher Santerre vaut le détour: en 2015, ils ont créé une machine à laver baptisée l’Increvable. Dès sa conception, l’objet a été pensé pour être facilement réparé et évoluer au fil du temps. Sa durée de vie annoncée est de 50 ans et son prix est situé sous la barre des 1.000 euros, selon ses concepteurs.

Au total, six pistes de réflexion sont illustrées avec des réflexions sur la simplicité volontaire, le recyclage, la production locale, le «low tech», la lutte contre l’obsolescence programmée et les nouveaux modèles économiques. Si chaque démarche conserve l’un au l’autre point faible, chacune a l’avantage d’éveiller une réflexion chez les visiteurs.

Et si on mesurait 50 cm de moins?

Et de réflexion, il en est aussi question autour de «The Incredible Shrinking Man», une recherche sur l’impact de la baisse de la taille des êtres humains
de 50 cm pour le bien-être de la Terre. On apprend notamment que l’intolérance au lactose devrait être fêtée tant la consommation de lait est l’un des moteurs de l’augmentation globale de la taille humaine. Par ailleurs, les concepteurs démontrent un lien entre la longévité et la taille: les célèbres supercentenaires avaient tous en commun d’être de petite taille. Ainsi, Jeanne Calment décédée à 122 ans mesurait un peu moins d’un mètre 50. Mais être petit n’a pas que des avantages: une étude des Universités de Floride et de Caroline du Nord a démontré que les personnes de petite taille sont moins bien payées que les grandes. En moyenne, l’écart serait de 280 dollars par centimètre.

www.cid-grand-hornu.be