LUXEMBOURG
OLIVIER ROUSSEAU

«Julia goes Mercutio» au cycle Camerata des Solistes Européens, Luxembourg

Décidément, l’originalité est toujours de mise aux rendez-vous du cycle Camerata des Solistes Européens, Luxembourg. A l’affiche, de nouveau un trio, tout aussi inattendu et tout aussi pertinent. Il y a deux mois, c’était le Trio Cénacle, composé d’une pianiste, d’une soprano et d’un baryton, interprétant des œuvres peu connues de compositeurs de la Grande Région inspirées par la poésie française du 19è siècle. La configuration du trio est, cette fois encore, surprenante: certes, il y a bien un piano et un violoncelle, mais le troisième larron est… un vibraphone, cet instrument à percussion à lames de métal que l’on frappe à l’aide de maillets, et qui se caractérise par son vibrato. Cette «rencontre du troisième type» offre aux spectateurs de nouvelles perceptions-sensations musicales. Ils sont immergés dans un autre univers sonore.

Une oeuvre originale

Mais cette configuration de trio est tellement rare qu’il n’existe aucune partition qui lui soit spécialement destinée. Qu’importe! Françoise Tonteling, la pianiste, Annemie Osborne, la violoncelliste, et Michel Mootz, le vibraphoniste, «vieux camarades» du Conservatoire flamand de Bruxelles, avaient tellement envie de jouer ensemble qu’ils ont trouvé une solution aussi collégiale que conviviale au problème: ils choisissent des partitions qui leur plaisent et qu’ils désirent personnaliser. Chacun fait alors des propositions de transcription-adaptation pour son instrument et pour leur combinaison avec celles de ses partenaires. Une oeuvre originale en résulte.

D’autre part, ils veulent se démarquer du sacro-saint déroulement du concert, avec son enchaînement d’œuvres interrompu par un entracte. Les pièces au programme - «Roméo et Juliette» de Prokofiev et le «Spiegel im Spiegel» d’Arvö Part - sont des pièces aux caractéristiques très nettement affirmées, entraînant les spectateurs dans les méandres de leur narration ou les fascinant par leurs atmosphères. Mais le trio a préféré les insérer dans une autre continuité: leurs mouvements sont ponctués par des partitions de Françoise Tonteling et même par l’un ou l’autre moments d’improvisation. Le concert devient ainsi un étrange voyage, étonnant, envoûtant.