LUXEMBOURGCATHERINE KURZAWA

Pour la Chambre du commerce, les coûts salariaux augmentent trop vite au Luxembourg

S’il y a bien un dossier que le monde patronal tient à l’œil, c’est celui de l’évolution des salaires. Il faut dire que ce poste occupe une place non négligeable dans le bilan des entreprises, et qu’il fait souvent parler de lui. Entre les dossiers de l’indexation automatique, du salaire minimum ou encore de l’écart salarial, les points d’accrochage ne manquent pas.

Le Luxembourg n’est pas le plus cher

En avril dernier, Eurostat a fait le point sur les coûts horaires de main d’œuvre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’écart entre certains pays n’est pas grand. Non, il est vertigineux. Imaginez donc: alors qu’en Bulgarie un employé coûte 3,5 euros de l’heure à son patron, il en coûte 39,30 euros en Belgique. Quant au Luxembourg, il figure parmi les pays où le personnel est le plus cher, avec un coût horaire moyen de 33,70 euros.

Voilà qui met de l’eau au moulin de la Chambre du commerce. L’organisme pointe du doigt le coût trop élevé à ses yeux des travailleurs au Luxembourg. Ses conséquences seraient même néfastes en termes de compétitivité. Carlo Thelen a décortiqué le coût salarial unitaire au Grand-Duché, et montré qu’il poursuit sa course folle entamée à la veille de la crise de 2008. Deux éléments pèsent sur ce CSU en hausse:
la forte baisse de la productivité dans les banques et la métallurgie, ainsi que l’indexation des salaires.

Chère indexation

Et voilà la pierre d’achoppement de bien des débats ! Entre 2008 et 2012, cinq indexations automatiques ont touché les salaires luxembourgeois. Une bonne affaire? Non, d’après Carlo Thelen. «Le coût salarial a donc connu une hausse de 12,5% sans que la richesse produite n’ait progressée, engendrant ainsi une dégradation de la productivité et les risques qui y sont associés.»

Il faut dire que parmi nos pays voisins, seule la Belgique pratique l’indexation automatique des salaires. Et encore, le gouvernement vient de les bloquer, crise oblige. Mais ce qui préoccupe la Carlo Thelen, c’est l’Allemagne. Car les coûts salariaux luxembourgeois augmentent très vite par rapport à l’autre côté de la Moselle. Voilà qui pousse la Chambre du commerce à demander un gel de l’indexation des salaires pour les deux années à venir.

Un salaire minimum à des sommets

La Chambre de commerce s’inquiète aussi du niveau auquel est placé le salaire minimum (SSM). «Le SSM brut au Luxembourg est d’ores et déjà le plus élevé d’Europe», relève l’organisation. En juillet dernier, Eurostat l’évaluait en effet à 1.466 euros en
parités de pouvoir d’achat. Pour Carlo Thelen, cela pose un problème sensible: «Dans les domaines de production sans grande valeur ajoutée, nous
sommes vraiment trop chers par
rapport aux autres pays.»

Reste que si la main d’œuvre peut être qualifiée d’onéreuse au Grand-Duché, les entreprises ne bénéficient-elles pas d’avantages leur permettant de compenser ces coûts élevés? «C’est vrai, les charges sociales sont très allégées parce que l’État prend en charge 1/3 des coûts», reconnaît Carlo Thelen. Mais de rajouter : «Au point de vue taxation, nous ne sommes plus des élèves modèles, nous sommes dans la moyenne maintenant.»