LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Bien qu’elle n’ait pas de pouvoir de sanction, l’OCDE joue un rôle déterminant sur la scène internationale

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est certes une assemblée consultative, mais elle assure une fonction clé sur la scène politique internationale. Le chargé de cours à l’Université du Luxembourg et à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) Jean-Louis Six nous décrypte cela.

L’OCDE joue-t-elle un rôle effectif ou symbolique dans la politique mondiale?

JEAN-LOUIS SIX C’est un rôle effectif. L’OCDE a maintenant le lead et une expertise reconnue sur une série de dossiers et de questions comme la fiscalité par exemple. L’OCDE est un pionnier dans la réflexion sur la manière de taxer les GAFA. Ainsi, on voit Pierre Gramegna plaider contre une taxation des services électroniques au niveau européen dans la mesure où cela peut être fait au niveau mondial via l’OCDE.

Mais l’OCDE n’a pas de pouvoir de sanction...

SIX C’est vrai, l’OCDE n’a pas le pouvoir de contraindre. Mais à un moment donné, les mesures de l’OCDE deviennent des mesures contraignantes. Car elles sont intégrées dans des dispositions contraignantes comme au niveau de l’Union européenne par exemple. On le voit au niveau de la problématique offshore, la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme: si un pays est jugé non-conforme par le processus d’examen de l’OCDE, cela se traduit par des sanctions de l’UE contre ce pays.

Quelles sont les forces et les faiblesses de l’OCDE?

SIX Ses forces, ce sont l’expertise, l’autorité de ses rapports et ce qu’elle développe parce que cette organisation est reconnue. Ses faiblesses résident dans le fait que l’OCDE dépend de ce que ses membres veulent bien en faire. Par exemple, les Etats-Unis sont actuellement dans une approche qui n’est pas en faveur du multilatéralisme mais plutôt du bilatéralisme. Cela affaiblit les organisations internationales comme l’OCDE. Il faut souligner aussi qu’étant une organisation issue de la Deuxième Guerre mondiale, l’OCDE doit se moderniser et elle a comme les autres organisations des problèmes de gouvernance qui peuvent se traduire par des interrogations de légitimité. Les grandes puissances économiques estiment qu’elles doivent avoir voix au chapitre. Il y a en ce moment un débat à l’OCDE pour l’élargir à six nouveaux Etats membres.

Quel est l’intérêt pour un pays de rejoindre l’OCDE?

SIX Premièrement, c’est une forme de reconnaissance. Deuxièmement, cela lui permet de participer à des débats qui pèsent sur les relations commerciales internationales. Si un pays n’est pas à l’OCDE, il ne pourra pas prendre part à des débats autour de mécanismes qui pourraient le concerner. Enfin, l’OCDE est un lieu d’échange d’influence. Beaucoup de normes sont définies aujourd’hui par l’OCDE et cela, dans une série de dossiers très variés.