LUXEMBOURG
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Le programme «Erasmus» a fêté ses 30 ans cette année - Il a permis à des millions de citoyens d’élargir leurs horizons tout en renforçant la cohésion de l’UE

Quoi de mieux que de s’immerger dans une autre culture pour apprendre à vraiment la connaître? Or, il y a quelques décennies encore, il n’était pas évident du tout de pouvoir prendre du temps pour le faire. Question de transport et d’argent surtout. Résultat: les étudiants n’avaient souvent que la possibilité de s’inscrire dans une université de leur pays - les Luxembourgeois faisant un peu bande à part, car originaires d’un Grand-Duché sans université, ils étaient bien obligés d’entamer leur parcours académique ailleurs. Consciente de l’utilité de soutenir les échanges d’étudiants, dans un esprit de rapprochement des citoyens de l’Europe et de partage des savoirs, la Communauté européenne a entamé au début des années 1980 des réflexions sur la mobilité estudiantine. Ainsi est né le «EuRopean Action Scheme for the Mobility of University Students» en 1987, appellation quelque peu encombrante, mais les initiateurs souhaitaient que l’acronyme soit «Erasmus», le nom donc du philosophe et théologien Erasme de Rotterdam (1466-1536). L’humaniste fut lui-même très mobile dans l’Europe de la Renaissance, voyageant entre les Cours royales et les hauts lieux religieux de l’époque.

Demande et budget en hausse

Depuis la naissance du programme Erasmus, qui se conjugue aujourd’hui sous de nombreuses facettes, des millions de citoyens européens ont pu bénéficier d’un soutien pour aller parfaire leur éducation dans un autre pays de l’UE. Selon Christine Pegel, directrice de Anefore, l’agence nationale en charge depuis 2007 de la mise en œuvre des programmes européens dans les domaines de l’éducation, de la formation et, depuis 2017, aussi de la jeunesse du programme Erasmus+, 35.539 citoyens originaires du Luxembourg ont pu bénéficier de ces différents programmes, dont environ 25.000 jeunes.

Et la demande ne cesse d’augmenter. De même que le budget qui est passé de 7,6 millions d’euros en 2016 à 7,8 millions en 2018. «L’année prochaine sera marquée par plusieurs changements», explique Christine Pegel, «il y aura désormais la possibilité pour les étudiants de faire des stages dans des pays hors Europe, dans le cadre des projets de mobilité de l’enseignement supérieur à dimension internationale. Ainsi par exemple, des stagiaires luxembourgeois peuvent partir au Canada alors que des étudiants inscrits dans une université partenaire canadienne peuvent profiter d’une mobilité à des fins de stage au Luxembourg». A cette nouveauté se rajoute un type de partenariat pour des projets entre écoles qui permettront des échanges d’écoliers à plus long terme.

Un «European Solidarity Corps»

Erasmus+ soutiendra dorénavant aussi des initiatives transnationales initiées par des jeunes et promouvant l’engagement social et l’esprit d’entreprise. Enfin, l’initiative «European Solidarity Corps», qui rassemblera les volontaires européens, devrait démarrer l’année prochaine. Elle aussi sera soutenue par Erasmus+. Un programme, dont le succès n’est plus à démontrer. Les voix des participants sont là pour en témoigner. A l’occasion du 30ème anniversaire du programme, Anefore a fait un appel public aux témoignages dont nous relayons quelques-uns dans ce dossier. Ils racontent des expériences qui ont marqué ces personnes à vie, car elles ont très concrètement ouvert leur horizon académique, professionnel - et humain.

«Donner un visage à Erasmus»

Pour les 30 du programme, l’Anefore a rassemblé plein de témoignages

A l’occasion des 30 ans du programme, qui ont été fêtés notamment le 6 juillet dernier au cours d’une cérémonie à la “Rockhal”, l’Anefore a fait un appel aux témoignages. “Nous avons pu en rassembler une quarantaine jusqu’ici”, explique Christine Pegel, qui rappelle que tous les témoins participent automatiquement à un concours qui se termine le 31 décembre. Les trois témoignages les plus intéressants auront droit à un prix de 250 euros. «Mais le site 30anserasmus.lu sera maintenu au-delà parce qu’il est important de donner un visage au programme et de l’illustrer avec des histoires concrètes». Voici quelques uns de ces témoignages. A noter que le Premier ministre en a livré un à la fête d’Erasmus: il y a une vingtaine d’années, il participait à un échange avec l’Université de Thessalonique, une aventure enrichissante qui lui aurait permis d’ouvrir les yeux sur une autre culture et une autre façon de vivre.

Flor Arellano, étudiante en Droit à l’Université du Luxembourg - Erasmus+ 2016/2017, Université Pablo Olavide, Séville

Finalement, un Erasmus, c’est beaucoup plus que seulement un voyage dans un autre pays, c’est une leçon pour la vie. On y rencontre des gens qui resteront pour toujours dans notre coeur, on découvre d’autres cultures, d’autres modes de vie et surtout on redécouvre soi-même. On rentre à la maison avec des souvenirs plein la tête et avec une envie de connaître un peu plus de ce qui nous entoure, d’aller vers l’inconnu.

Nadine Linden, Coordinatrice Erasmus+ Jeunesse - Programme Comenius 2014, école bilingue Manuel Sainz de Vicuna, Madrid

Je n’ai pas pu seulement améliorer mes compétences en espagnol, mais aussi acquérir une expérience inestimable dans l’enseignement. (...) Plus tard, les compétences interculturelles, organisationelles et pédagogiques que j’ai acquis durant mon expérience d’assistante linguistique m’ont aidé dans mon premier emploi comme institutrice dans une école avec des enfants de backgrounds culturels différents.

Pit Schiltges, Volontaire au People’s Theater, projet interactif près de Offenbach qui promeut les compétences sociales d’enfants et d’adultes

Six mois pleins de moments intensifs, pleins d’expériences et surtout d’apprentissage. J’ai appris beaucoup. J’ai appris que chaque être humain a sa propre réalité, chacun a ses propres motivations, mais aussi chacun a ses propres limites. J’ai appris l’importance de l’entraide. (...). J’ai appris tellement de tous les élèves (âgé(e)s de 8 à 21 ans) avec qui j’avais la chance de travailler, de mes collègues de travail qui sont devenus des amis et aussi de tous les autres que j’ai pu rencontrer.

Christophe Meisch, élève au Lycée Technique Agricole, stagiaire au centre naturel Nachtegaal, près de La Panne, Belgique

J’étais accompagnateur pendant six semaines, je planifiais et organisais des activités que j’ai plus tard aussi menées avec des classes de vacances. Cela m’a beaucoup plu. J’ai beaucoup appris point de vue langues et travail avec des enfants, mais aussi de vivre en autonomie et de se débrouiller seul.

Andy Wintringer, «Youth Leader», Centre de Jeunes, Kayl

Ma première expérience avec Erasmus+, c’était une formation à Chypre en 2015 (...) Je n’aurais jamais imaginé que ce programme pourrait m’apporter tellement, de nouvelles idées (...) Cela ma aidé à acquérir une meilleure vue sur mon travail de «Youth Leader» et de changer ainsi que d’améliorer ma méthodologie en utilisant l’éducation non-formelle de manière différente.

Tatiana Olemskaia élève au «Deutsch-Luxemburgisches Schengen Lyzeum Perl», échanges avec l’Allemagne, la Pologne, la Bulgarie

J’ai non seulement (eu) la chance d’améliorer mes compétences linguistiques mais aussi d’approfondir mes connaissances de l’Union européenne en éprouvant le mélange de différentes cultures en une situation d’immersion totale.