LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Un des plus anciens cabinets d’avocat du Luxembourg fête ce jeudi ses 95 ans d’existence

Le «managing partner» Maître François Brouxel, qui a rejoint Wildgen en 1992, raconte l’évolution d’une profession et d’une façon de travailler.

Fondé en 1923 par Maître Victor Bodson, le cabinet a bien grandi depuis pour devenir une institution dans le pays. De cinq avocats en 1981 à plus de 50 en 2018, douze partners et une cinquantaine d’employés, Wildgen a opté pour la forme sociétaire en 2017: «Entre 2004 et 2012 nous avons eu une direction collégiale, puis nous avons changé notre mode de gouvernance pour des soucis d’efficacité et avons confié les rênes du cabinet à un “Managing Partner”, Me Pierre Metzler. Le passage en société n’a pas affecté de ce point de vue notre mode de fonctionnement. Par contre, le mode de rémunération des associés a été revu et une part plus grande a été donnée à la profitabilité et par conséquent on a réduit celle de l’ancienneté», explique François Brouxel.

Attaché à son indépendance, le cabinet luxembourgeois a néanmoins rejoint deux réseaux de cabinets indépendants. Présent uniquement sur le territoire du Grand-Duché au cours de son histoire, Wildgen met un pied à l’étranger avec l’ouverture en novembre prochain d’un bureau à Londres. Un effet post-Brexit évident, mais pas que : «Nous devons mieux nous faire connaître là-bas, et c’est avec quelqu’un sur place que nous y arriverons. S’y rendre régulièrement n’était pas suffisant». C’est l’avocat Mark Shaw qui représentera Wildgen pour le marché londonien qui reste «le premier marché de base». Cette nouvelle venue représente des mois de prospection. «Il fallait trouver une personne de confiance qui nous permette de rayonner et qui nous représente. Nous sommes indépendants donc nous sommes avant tout des entrepreneurs».

La finance verte ou encore le space mining

Outre cette aventure londonienne, si le droit des sociétés, la fiscalité, les fonds, la propriété intellectuelle restent le cœur de l’activité du cabinet, Wildgen veut anticiper les nouvelles tendances et aimerait se positionner sur la finance verte ou encore le space mining: «Cela donne une bonne image du pays. Et si nos clients sont dans l’anticipation, nous nous devons d’être proactifs».

François Brouxel a lui rejoint Wildgen dans les années 90, une période bien différente où il faisait partie des deux Français au milieu d’une dizaine de Luxembourgeois. Ces derniers sont désormais minoritaires au sein du cabinet. La façon de travailler, les mentalités ont également évolué. Le managing partner se rappelle du temps où Maître Wildgen était encore aux commandes. Une autre époque: «Il était féru de chasse, la présence de
tout le personnel était obligatoire, et les nouvelles recrues étaient préposées au rabattage du gibier. Ça ne m’a pas plu, et j’ai dit simplement que je ne voulais plus y participer. Suite à cela, la présence des collaborateurs n’a plus été obligatoire».

Aujourd’hui fini les horaires à rallonge pour prouver ses performances, on parle d’équilibre travail et vie privée: «Nous donnons une certaine liberté, mais il faut adhérer à des valeurs. Ma porte est toujours ouverte, nous avons des collaborateurs qui prennent des temps partiels pour des raisons personnelles, je n’y suis pas opposé, au contraire. La flexibilité est possible, elle est même nécessaire quand on veut garder ses collaborateurs. Le turn-over est très faible chez Wildgen».

D’ailleurs loin de l’image stricte du monde des avocats d’affaires - une grande partie du chiffre reste lié à la place financière - on peut observer dans les jardins du cabinet le long de l’Alzette… des ruches! Quelques avocats sont ainsi responsables des abeilles et le miel produit est de très bonne qualité paraît-il. Le tout s’inscrit dans une démarche RSE: «Nous avons souscrit à la charte de l’IMS pour œuvrer à moins de plastique dans les bureaux par exemple, c’est important de savoir qui on est, d’avoir des valeurs et une éthique. C’est un équilibre à trouver, entre tradition et modernité»

www.wildgen.lu