NANCY
JEAN-PIERRE COUR

La ministre luxembourgeoise en charge de la Grande Région était à Nancy hier

La ministre Corinne Cahen était l’invitée des «Rencontres matinales de l’Excelsior», cette grande brasserie historique de Nancy. Journaliste de formation, manager dans le magasin familial de chaussures, députée devenue ministre en 2013, Carine Cahen s’est prêtée au jeu des questions-réponses.

Ceci sans passer par la séquence «discours préalable» comme l’inflige la plupart des ministres. Pas de «messages essentiels». Rien à vendre. Destiné à faire se rencontrer les réseaux d’entrepreneurs et de décideurs, ces rencontres de l’Excelsior voient plus de fonctionnaires ou de cadres de grandes entreprises que de véritables décideurs. Même si très vite les bancs se sont éclaircis, quelques journalistes ont tenté de donner, en tribune, une aura d’importance à tout cela. La ministre a alors évoqué sa double culture franco-luxembourgeoise. Elle a passé son bac à Metz, fait ses études à Strasbourg et a souligné qu’elle se sent tout autant chez elle à Metz qu’à Luxembourg.

Discours vide mais ferme

Dans un langage assez peu châtié, et même franchement populaire, la ministre luxembourgeoise détonne, lorsqu’on entend les ministres français au langage lissé, préparé, apprêté. C’est tout à la fois étonnant et rafraîchissant. Mais si le langage est parfois franc et presque brutal, le fond s’apparente plus aux discours convenus. «Elle ne dit rien!», nous a glissé un confrère déjà confronté à sa page blanche. Si la chose est vraie pour les Luxembourgeois, il n’en est toutefois pas tout à fait de même pour les Français présents, toujours enfermés dans leur logique hexagonale. Ainsi, on a appris, côté français, que ce qui fait le cœur des débats dans les bistrots dans le nord-est de la France, c’est-à-dire le regroupement de trois régions françaises, eh bien le Luxembourg s’en fichait éperdument. Enfin, diplomatiquement, la ministre a dit que «le Grand-Duché n’intervenait pas dans les affaires intérieures de la France». C’est la même chose mais dite de façon polie.

Langue et immigration

Toujours dans le domaine linguistique, la ministre veut instaurer des crèches bilingues et tient à ce que le Luxembourgeois demeure la langue nationale: «On n’apprend toujours pas à écrire le luxembourgeois. Aujourd’hui, cette langue n’a jamais été autant utilisée grâce, notamment, aux réseaux sociaux. C’est vrai que les Luxembourgeois ont du mal à parler le français. Ils ont peur de se tromper. Ils sont plus à l’aise en allemand. Et c’est dommage que les Mosellans parlent de moins en moins le Platt car nous parlerions la même langue». C’est dit à l’emporte-pièce même, s’il nous semble que le français est largement parlé sur l’ensemble du territoire luxembourgeois.

À la question de savoir jusqu’à quand les Luxembourgeois vont accepter le flux d’étrangers, la ministre répond: «Si nous n’acceptons plus d’étrangers, nous pouvons retourner cultiver des patates! Nous avons besoin des étrangers. Sans eux, il ne faut pas croire que tous les Luxembourgeois deviendront subitement directeurs de banque ou chirurgiens!».

Esch/Belval et la Grande Région

Sur les points de raccordement possible entre la France et le Grand-Duché, le dossier d’Esch/Belval arrive alors sur le tapis. Corinne Cahen nous répond: «Nous voulons monter la pression. Nicolas Sarkozy, alors président, s’était engagé… et puis rien! Quand François Hollande est venue, nous l’y avons aussi emmené… et depuis pas grand-chose. Du côté lorrain, je constate que les choses n’avancent pas». À ce moment-là, quelques rares élus locaux ont plongé leur nez dans leur café ou leur assiette de croissants. Là, il faut bien reconnaître qu’elle n’a pas tort. Au sujet de la Grande Région transfrontalière, la ministre a fait un constat détonnant: «Le quotidien est au bilatéral. Il n’est pas dans le ’fait’ Grande Région». Mais se pose alors la question: pourquoi être ministre de la Grande Région?