LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Les adoptions internationales flanchent, la faute aux changements politico-économiques

L’image de la famille européenne qui adopte un enfant venu de l’autre bout du monde a du plomb dans l’aile, à en croire les statistiques révélées par la ministre de la Famille et de l’Intégration. Suite à une question parlementaire, Marie-Josée Jacob fait le point sur une pratique en pleine mutation. L’an dernier, seize enfants ont été adoptés au Luxembourg, dont quatorze suite à une adoption internationale et deux suivant l’adoption nationale. Des chiffres qui contrastent avec 2011, où 24 adoptions internationales ont eu lieu au Luxembourg, soit presque le double. L’écart se creuse encore plus avec l’année 2010, au cours de laquelle 44 adoptions ont été recensées, dont 40 de l’étranger. Il faut dire que le tremblement de terre en Haïti a provoqué l’arrivée de quatorze enfants en provenance de l’île pour cause d’évacuation. Depuis lors, le processus est bloqué entre le Luxembourg et Haïti, «dans l’attente que le pays soit de nouveau en mesure d’effectuer des adoptions internationales en bonne et due forme», précise la ministre.

Plus de demande que d’enfants

Et si le nombre d’adoption régresse, la demande, elle, ne faiblit pas. L’an dernier, 222 demandes écrites ont été adressées par des candidats à l’adoption. Si une suite administrative a été donnée à chaque requête, la démarche n’a pas pour autant aboutie. Les refus sont nombreux, mais aussi, «le nombre de demandes de candidats adoptants excède le nombre d’enfants adoptables en adoption internationale.» Or, c’est ce canal qui génère la plus grande part des adoptions. Les causes principales de ce coup de frein? D’une part, il y a la ratification progressive de nombreux pays à la convention de La Haye, qui date de 1993. Ce texte met en avant le principe de subsidiarité, et donc, le fait qu’un enfant délaissé par ses parents doit en priorité être confié à la famille élargie, ou bien rester dans son pays natal. L’adoption n’est alors plus qu’un dernier recours. D’autre part, les développements socio-économiques et les changements de politique dans de nombreux pays, anciennement pourvoyeurs de nombreux enfants, rebattent les cartes. Les classes moyennes émergent au Brésil et en Russie, et ces personnes peuvent aussi parfois être confrontées à des problèmes de fertilité. En Chine, l’assouplissement de la loi de l’enfant unique a également chamboulé la situation.

Des enfants «à besoins spéciaux»

Aussi, les pays d’origine réduisent le champ des possibilités d’adoption en resserrant d’un cran les critères pour les familles adoptives. Par ailleurs, «les pays d’origine expriment un besoin en adoption internationale concernant de plus en plus des enfants dits à besoins spéciaux», explique la ministre. Entendez par là, des enfants plus âgés, membres d’une fratrie mais aussi porteurs de handicaps ou de maladies. Ainsi l’an dernier, les quatorze enfants arrivés au Luxembourg provenaient de Corée du Sud, de Colombie, d’Haïti et du Népal. Dans le même temps, les demandes ont porté sur ces pays, mais aussi sur la Bulgarie, le Cap Vert, et l’Inde, notamment. De toute évidence, le contraste entre offre et demande complique davantage ce qui, pour beaucoup de candidats à la parenté, s’apparente plus que jamais à un véritable parcours du combattant.