RÉMY JACOB

Généralement associée aux pays en développement et à des projets ruraux, la microfinance est pourtant destinée au financement de projets exclus par les circuits bancaires traditionnels, qu’ils soient situés dans des économie en développement ou bien des économies matures. Depuis l’an dernier, l’a.s.b.l. Microlux est active dans la microfinance au Luxembourg. Son président Rémy Jacob nous explique pourquoi la microfinance est aussi importante dans nos contrées.

«Il y a d’abord un paradoxe: Luxembourg abrite environ 50% des fonds mondiaux destinés à la microfinance. Mais aucun de ces fonds ne s’occupe du Luxembourg proprement dit. L’idée visant à développer une institution de microfinance au Grand-Duché n’est pas intuitive: il s’agit d’un pays riche à forte croissance, où la question de l’exclusion et de la réinsertion par l’entrepreneuriat ne présente certainement pas la même acuité que dans d’autre pays ou régions d’Europe. 

Et pourtant: les premiers mois d’existence de Microlux attestent d’une forte demande. En neuf mois d’activité, l’équipe de Microlux a rencontré une centaine de demandeurs et une vingtaine de microcrédits ont été décaissés. La population cible, celles et ceux qui n’ont pas accès au système bancaire classique existe bel et bien et les clients de Microlux sont tout à fait comparables à ceux d’autres institutions comme Microstart en Belgique, ADIE en France, ou le Deutsches Mikrofinanz-Institut en Allemagne. En ce sens, Microlux est appelé à jouer un rôle de soutien à l’insertion sociale et au micro-entreprenariat comme vecteurs de sortie du chômage.

Pourquoi cette demande? Parce que les options de financement sont rares pour les migrants extra-européens qui tentent de s’installer dans un nouveau pays; elles sont rares aussi pour les migrants originaires de l’Union européenne qui voient leurs demandes de prêts de plus en plus souvent rejetées. Elles sont rares enfin pour tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre connaissent la précarité. Étant donné les importants mouvements de travailleurs qui partent à la recherche d’un revenu stable dans l’Union, la microfinance joue un rôle de plus en plus important pour l’avenir économique du continent. Et donc aussi pour le Luxembourg. 

En 2013, selon le Statec, 3.324 microentreprises ont été créés à Luxembourg.  Plus du tiers d’entre elles avaient besoin d’un financement et parmi celles-ci beaucoup n’ont pas accès au crédit bancaire. 

En effet, le Luxembourg qui a reçu un nombre relativement important de réfugiés est également au centre d’une grande région éprouvant depuis des décennies des difficultés économiques. Le Luxembourg connaît donc comme dans les autres pays européens son contingent de chômeurs, de jeunes non-diplômés, de réfugiés, de travailleurs précaires, de micro- ou très petits entrepreneurs en difficultés financières temporaires. Ou plus généralement de porteurs de projets ne disposant pas des garanties financières suffisantes pour accéder aux banques. Par ailleurs, la crise financière a eu pour conséquence une moindre prise de risques de la part des banques. Le microcrédit est, dans bien des cas, la solution ultime.

L’objet de Microlux est simple: accompagner les porteurs d’un projet de création d’entreprise, qui pour des raisons diverses - trop pauvres, trop jeunes, trop vieux, trop femmes, trop précaires - n’ont pas accès au système bancaire traditionnel, et leur prêter une somme d’argent, un microcrédit, allant jusqu’à 25.000 euros. Microlux les aide à créer une très petite entreprise en bonne et due forme, bien souvent une micro-entreprise, et poursuit l’accompagnement des entrepreneurs après l’obtention du crédit pour les aider à mieux se structurer.»

www.microlux.lu