LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le Brexit aura un impact sur toute l’Europe et en particulier sur les places financières, prévient le journaliste Simon Gray

Un référendum censé régler les problèmes interne au parti conservateur, voilà les prémices d’une crise qui dure maintenant depuis plus de deux ans au Royaume-Uni et dans toute l’Union Européenne. Le journaliste Simon Gray, grand connaisseur de la place financière luxembourgeoise et à la tête des contenus éditoriaux de Vital Briefing, société fondée par le prix Pulitzer David Schrieberg, a fait le point vendredi sur le contexte général du Brexit et les conséquences sur la place luxembourgeoise.

Car il faut dire qu’après deux ans de tergiversation, des rebondissements à n’en plus finir, on en oublierait presque pourquoi les Britanniques en sont arrivés là. «Le premier à blâmer dans cette histoire, c’est David Cameron, le Premier ministre en place au moment du référendum. Le tout dans un contexte de crise migratoire des réfugiés qui a donné une campagne électrique, avec des allégations des deux côtés. Les “leavers” ne s’attendaient pas à gagner, tout juste voulaient-ils protester pour obtenir plus d’avantages auprès de Bruxelles». Et c’est bien ces derniers qui ont rendu le travail de Theresa May impossible. Simon Gray évoque ainsi la naïveté incroyable de l’aile dure du parti conservateur: «Theresa May avait besoin de l’appui des partisans d’un Brexit dur, ceux-là même qui étaient viscéralement contre le fait de rester dans l’union douanière. Ces dissensions n’ont pas permis d’obtenir un consensus au sein du gouvernement. Les Brexiters pensaient que L’Union Européenne serait reconnaissante de n’importe quel accord. Il n’en a rien été, à leur plus grande surprise».

Mais la plus grave erreur des Britanniques, selon Simon Gray, a été d’avoir complètement oublié la problématique de la frontière irlandaise: «Il y a vraiment un manque d’intérêt flagrant des politiciens anglais sur cette question. Le DUP (frange extrémiste des protestants en Irlande du Nord, ndlr) est surreprésenté à Westminster car leurs opposants du Sinn Fein (républicains catholiques, ndlr) refusent toujours de siéger à Londres. Aujourd’hui, l’Irlande du Nord commence à entrevoir ce que pourrait être un futur d’union avec le sud, et ce que cela pourrait apporter».

Le Brexit aura des conséquences néfastes sur le pays

Si la possibilité d’un Brexit «soft» se profile, avec la proposition d’un report d’un an émis par Donald Tusk, Simon Gray ne veut pas prédire l’avenir, mais insiste sur les conséquences catastrophiques d’un “ no deal “ sur le Royaume-Uni mais aussi l’Union européenne. «Pour ce qui est du trafic aérien et de l’immigration, des accords ont été trouvé pour que les choses continuent normalement même en cas de sortie sans accord», précise le journaliste britannique. Le Luxembourg devrait tirer son épingle du jeu, même si le Brexit aura des conséquences néfastes sur le pays: «Le Luxembourg est un gros bénéficiaire de l’hémorragie d’entreprises qui quittent Londres depuis l’annonce du Brexit. Une soixantaine d’entre elles ont déjà annoncé poser leurs valises au Luxembourg, ces dernières ayant besoin d’un accès au marché commun. Nicolas Mackel de Luxembourg for finance a annoncé la création de 3.000 emplois d’ici à la fin de l’année prochaine, ce qui ne va pas changer fondamentalement les choses. Quelques soient les bénéfices, personne ne pense que le Brexit soit une bonne chose pour le Luxembourg». Le journaliste évoque ainsi une estimation de 170 millions d’euros de perte de revenus pour le pays cette année, ce qui parait peu en comparaison des 50 milliards que s’apprêtent à perdre les Britanniques.

Si à Londres c’est la confusion la plus totale qui règne depuis maintenant plusieurs mois, au Luxembourg on se prépare à toutes les éventualités: «Les Luxembourgeois font en sorte que la législation s’adapte pour garder le rythme des affaires en ordre. Claude Marx de la CSSF a ainsi donné des certitudes pour au moins jusque 2021». Nicolas Mackel est lui encore plus optimiste. En plus d’avoir estimé le nombre d’emplois «gagné» sur la place londonienne, ce dernier «pense que l’attitude va changer à Paris et Berlin sur le commerce transfrontalier, et le marché unique le sera de plus en plus, ce qui est une très bonne nouvelle pour le Luxembourg. Je ne suis pas sûr cependant de partager l’enthousiasme de M. Mackel», conclut Simon Gray.