NANCYCHRISTIAN SPIELMANN

La Lorraine découvre la Renaissance: De Saint-Mihiel à Bar-le-Duc

La ville de Nancy avec la Lorraine entière (re)découvrent avec l‘événement «Renaissance Nancy 2013» l’art de la Renaissance, une période qui a aussi été appelée l‘âge d’or de la Lorraine. La troisième partie de notre voyage dans la Lorraine de la Renaissance nous a mené de Saint-Mihiel à Bar-le-Duc. Saint-Mihiel, un nom dérivant de l’archange Saint Michel, est une ville de moins de 5.000 habitants où l’on retrouve encore beaucoup de maisons de la Renaissance, comme l’Hôtel de Bousmard.

Le plus grand artiste lorrain

Le sculpteur Ligier Richier naquit ici vers 1500. Il est sans doute le plus grand artiste lorrain. Le duc Antoine de Lorraine est le premier a découvrir son talent vers 1530. Richier reste longtemps attaché à la cour de Lorraine et de Bar, mais après s‘être converti au protestantisme, il s’exile à Genève vers 1563 où il meurt en 1567.

Au Musée d’Art Sacré de Saint-Mihiel est présentée jusqu’au 3 novembre l’exposition «Trésors de Meuse» qui se consacre au statuaire et l’orfèvrerie du 16ième siècle. Les œuvres les plus importantes sont la «Vierge du Calvaire» de Richier, une statue de Sainte Barbe attribuée à Jean Crocq, la statue équestre de Saint Maurice, des croix et ostensoirs en or. A côté du musée se trouve l’ancien Palais Abbatial qui abrite la Bibliothèque Bénédictine où sont exposés jusqu’au 3 novembre de magnifiques livres de la Renaissance. Près de 3.500 livres sont conservés ici. A part le temps de cette exposition, la bibliothèque n’est pas accessible au grand public. Les ouvrages les plus précieux sont e. a. «Le Graduel» un livre de chant du 15ième siècle, ou «Erreur populaire de la papesse Jeanne» de Florimont de Rémond de 1595.

Normalement le «Groupe de la Pâmoison de la Vierge avec Saint Jean» de Ligier Richier se trouve dans l‘église abbatiale Saint-Michel, mais pour les besoins de «Renaissance Nancy 2013», il est exposé au Musée Lorrain à Nancy. Par contre, le chef d‘œuvre de Richier «La Mise au Tombeau» ou encore le «Sépulcre» est resté dans l‘église Saint-Etienne et a été récemment restauré. Richier réalise cette sculpture dans la pierre d’Euville entre 1554 et 1564 avant son exile en Suisse. C’est son fils Gérard qui a fait installer l‘œuvre dans l‘église à Saint-Mihiel. Le «Sépulcre» représente treize personnages, e. a. Joseph d’Arimathie, Nicodème, Marie, en pâmoison, St. Jean et Marie Madeleine.

Dans l‘ancienne capitale du Duché de Bar

Au début du premier siècle, une agglomération du nom de Caturiges est pour la première fois mentionnée. Il paraît que «Bar» serait le nom gaulois pour « barrière» . Au 10ième siècle, le comté puis le Duché de Bar est formé. A cette époque, on commence par bâtir le château des ducs de Bar, une construction qui s’achève au 16ième siècle. Il abrite aujourd’hui le Musée Barrois. Dès le 15ième siècle, la ville connaît des essors architecturaux, culturels et économiques importants. Le mécénat des ducs de Bar, - entre autres de René Ier d’Anjou, de René II, duc de Lorraine, d’Antoine de Lorraine et de Charles III - fait que la ville s’embellit, surtout la ville haute.

L’ancienne collégiale Saint-Pierre est construite en 1315. Après maintes modifications au cours des siècles, l‘église Saint-Étienne, terminée en 1520, contient des éléments gothiques et de la Renaissance. Elle abrite des vitraux de Charles-François Champigneulle, la Notre-Dame du Guet et deux sculptures majeures de Ligier Richier: « Le Transi de René de Chalon» et le «Christ et les deux larrons». Vers 1534, Richier taille le groupe des crucifiés avec Jésus, Dismas, le bon larron (à gauche) et Gesmas, le mauvais larron, dans du noyer. «Le Transi» représente le corps de René de Chalon, prince d’Orange, trois ans après sa mort en 1544. La femme du prince, Anne de Lorraine, fille du duc Antoine, souhaite que Richier représente le corps de son mari dans cet état. Richier crée un squelette qui a encore certains muscles intacts, laissant présumer qu’il connaissait l’anatomie humaine. Dans sa main, René tend son cœur comme s’il voulait l’offrir peut-être à Dieu. Ce monument funéraire est aussi étrange que fascinant.

Une ville haute soigneusement restaurée

Beaucoup de maisons de la ville haute ont été construites lors de la Renaissance et restaurées récemment. Un premier corps de logis constitue l’habitation de la famille, puis on retrouve une courette et un deuxième bâtiment qui en principe abritait les domestiques. Derrière la maison se trouve souvent encore un jardin.

Les habitations ont toutes deux étages, avec à chaque fois une pièce donnant sur la cour et une sur la rue. Au rez-de-chaussée, les fenêtres sont moulurées, au premier étage elles sont surmontées de frontons et au deuxième des lucarnes doubles sont chargées d’ornement. Tous les volets sont peints dans différentes couleurs. Les caves sont souvent voûtées. Les plus beaux exemples sont à voir sur la place Saint-Pierre, ou l’on retrouve l’Hôtel de Florainville qui abrite le Tribunal de Grande Instance, et dans la rue des Ducs et la rue du Bourg.