LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le tunnel sous la Manche célèbre ses 20 ans et sort la tête hors de l’eau

Projet fou, colossal, démesuré: les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le tunnel sous la Manche. Aujourd’hui, cela fait 20 ans précisément que l’ouvrage a été inauguré par la reine Elisabeth II et le président français François Mitterand. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le tunnel en a vu de toutes les couleurs! La dette de l’exploitant Eurotunnel s’élève aujourd’hui à près de quatre milliards d’euros (3,9 milliards au 31 décembre 2013). Et du côté des actionnaires, le sourire commence timidement à revenir, après des années de crispation. Il a en effet fallu attendre 2007 pour que le groupe Eurotunnel réalise le premier bénéfice de son histoire: un million d’euros. L’an dernier, le résultat net est monté à 101 millions d’euros, pour un maigre dividende de quinze centimes d’euros, en hausse de 25% sur un an.

Longue maturation

Deutsche Bahn entre en gare

Il faut dire que l’offre est sur le point de s’étoffer à plus d’un niveau. D’une part, Eurostar compte lancer une liaison entre Londres, Lyon, Avignon et Aix-en-Provence qui se terminerait à Marseille, dès l’an prochain. D’autre part, Amsterdam éveille les ambitions de plus d’un opérateur. Eurostar a annoncé qu’il lancerait une desserte en 2017, année au cours de laquelle Deutsche Bahn devrait relier l’Allemagne au Royaume-Uni, via Amsterdam. L’opérateur allemand a en effet reçu son certificat d’exploitation pour le transport de passagers dans le tunnel sous la Manche, et attend désormais que Siemens lui livre les ICE 3 qu’il a spécialement commandés pour l’occasion.

Sur le front du transport de véhicules, les perspectives tendent également à la croissance. Pour le groupe Eurotunnel, l’introduction des nouvelles contraintes environnementales MARPOL pour les ferries devrait jouer en sa faveur, au même titre que la poursuite de la croissance du marché du Détroit des camions et des passagers. À l’heure où tout va de plus en plus vite, le tunnel sous la Manche a un solide argument pour le public: la rapidité. La traversée dure en effet 35 minutes, moitié moins qu’en bateau. Mais les deux modes de transports se rejoignent sur un point: la durée d’embarquement et les formalités administratives d’enregistrement. Cela nous rappelle que si le tunnel rapproche désormais le Royaume-Uni du Continent, ce n’est demain qu’il fera partie de l’espace Schengen.