LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

François Valotteau, archéologue au Centre National de Recherche Archéologique, évoque les traces de la préhistoire au Luxembourg et les difficultés pour les déceler

Fragments d’os humains et animaux, débris d’outils en pierre et de poteries, résidus de foyers et de sols d’occupation, restes végétaux: l’archéologue tente de reconstituer le passé à partir de ce qui se conserve dans le sol ... C’est avec ces témoins que les scientifiques reconstruisent la préhistoire. Plus un site est ancien, moins il y a de chances pour qu’il soit bien conservé. François Valotteau, archéologue à la section préhistoire du Centre National de Recherche Archéologique, dépendant du Ministère de la Culture, en sait quelque chose. En poste depuis 2001, il a mené de nombreuses fouilles au cours de sa carrière qui en fait à débuté déjà dans sa jeunesse. Originaire de l’Ouest de la France, il s’est découvert tôt une passion pour les menhirs dont regorge cette région et pour les ancêtres qui les ont érigés.

De nouvelles technologies permettent d’apporter davantage de réponses

Mais l’archéologue souligne aussi «qu’avec les technologies actuelles, on peut retrouver pas mal de nouvelles informations en réexaminant une ancienne fouille». Photo aérienne, géoradar, datation au radiocarbone, analyses ADN... permettent aujourd’hui des avancées substantielles sur les traces des premières populations qui ont habité nos contrées. Comment se sont-elles nourries? De quelles maladies souffraient-elles? Comment et dans quel environnement ont-elles vécu? Quelles étaient leurs structures sociales? Leurs rituels et leurs croyances? Comment se sont déroulés les échanges entre les diverses populations ? Autant de questions auxquelles ces nouvelles technologies permettent souvent d’apporter des réponses.

Et d’avoir les éléments pour fidèlement reconstruire par exemple les outils des hommes du néolithique. Comme cette lourde hache ou cette flèche que François Valotteau sort d’une armoire au sein des archives de la section préhistoire du CNRA - le Centre est d’ailleurs dirigé aujourd’hui par un autre préhistorien, Foni Le Brun, qui fut en 1994 le premier conservateur officiellement nommé pour la préhistoire du territoire luxembourgeois.

Labours et travaux de voirie mettent à jour les vestiges

Auparavant, on doit à des amateurs la découverte et la fouille de quelques sites et pour certains d’avoir constitué des collections importantes. La plupart de ces collections ont été léguées au CNRA.

«Nous n’avons pas retrouvé pour l’instant de site intact datant du paléolithique au Grand-Duché et nous n’avons pas retrouvé de site conservé pour toutes les époques de la préhistoire. Par contre d’autres périodes sont illustrées par de nombreux sites», explique François Valotteau, «de nombreuses découvertes ont été effectuées lors de travaux de voirie ou lors de la construction d’autoroutes ou de bâtiments». Ainsi, de nombreux sites archéologiques, dont certains préhistoriques, ont pu être découverts lors du suivi des travaux sur l’autoroute de la Sarre.

«Nous avons également un bon réseau de bénévoles avertis qui nous ramènent régulièrement leurs découvertes», précise encore François Valotteau. Par exemple les membres de la Société préhistorique luxembourgeoise, dont l’archéologue est membre lui aussi. Sûr qu’il faut un coup d’œil expert pour distinguer dans un champ des pierres travaillées de galets ordinaires! Beaucoup plus complexes: les fouilles de villages comportant plusieurs dizaines de maisons - comme à Aspelt-Huesefeld en 2013 - de sépultures - comme celle du fameux «homme de Loschbour» à Heffingen - ou encore dans des grottes comme la «Karelslé» à Waldbillig. Là, il s’agit de fouiller minitieusement, de mesurer, dessiner, photographier, lever les plans. Car la moindre information peut constituer un indice sur les conditions de vie de nos lointains ancêtres. Un véritable travail de fourmi donc pour assembler le tableau de la préhistoire.

À noter que les plus belles pièces trouvées au Luxembourg peuvent être admirées au niveau -5 du Musée National d’Histoire et d’Art dans la capitale. Y figurent aussi des reconstructions de sites et de sépultures préhistoriques. Un retour dans le temps à ne pas manquer.