LUXEMBOURGCATHERINE KURZAWA

L’aviation d’affaires sort de la crise, comme le montre la croissance de Luxaviation

L’aviation civile, c’est aussi l’aviation d’affaires avec dans ce domaine une société luxembourgeoise leader du secteur: Luxaviation. En 2008, l’entreprise a démarré ses activités avec un seul appareil. Cinq ans plus tard, elle s’apprête à en compter 70, suite à une série de rachats. Rencontre avec son CEO, Patrick Hansen.

Comment se porte le marché de l’aviation d’affaires aujourd’hui?

Patrick Hansen Il est en train de sortir d’une grave crise. Premièrement, on suit de très près le nombre d’heures volées et les différents mouvements dans les aéroports. On y voit une reprise depuis le sommet de la crise en 2010. Deuxièmement, le coût par heure semble aussi légèrement en hausse. Cependant, on n’a pas encore atteint les niveaux de demande et de prix qu’il y avait avant 2008. Ce n’est pas une industrie qui a atteint ses anciens niveaux, et c’est pour cela que la consolidation du marché devient de plus en plus importante car cela dégage des synergies et on peut mieux négocier les prix avec nos fournisseurs, puisqu’on achète de plus grandes quantités.

À ce propos, Luxaviation a réalisé deux acquisitions récentes, en 2011 et en 2013. C’est parce qu’il y a trop d’acteurs sur le marché?

Hansen Oui. Sur le marché européen, il y a 350 à 400 opérateurs qui peuvent voler de façon commerciale. 250 ont un ou deux avions, 50 à 60 entre deux et quatre appareils et seulement sept opérateurs ont plus de 20 avions. C’est un marché assez fragmenté et je sais d’expérience qu’un opérateur qui dispose d’un, de deux ou de trois avions n’est pas rentable. En plus, avec les règlementations européennes strictes, il faut de plus en plus d’avions dans la flotte pour être rentable. Donc, il faut grandir et ensuite, devenir un consolidateur dans le marché. C’est la stratégie qu’on applique depuis trois ans.

Le «low cost» commence aussi à attaquer votre marché, avec l’arrivée d’acteurs comme Wijet. Comment appréhendez-vous cette mutation?

Hansen Je n’y crois pas. Je comprends que quelqu’un soit intéressé à développer pareil business, mais je crois qu’à moyen terme, tous ces acteurs vont arrêter. Ces firmes sont des brokers: elles veulent agréer une certaine demande et remplir l’un ou l’autre avion d’un opérateur. C’est quelque chose qui implique que l’opérateur mette ses avions à des prix extrêmement bas. Cela existe aujourd’hui car au lieu de devenir rentable, les opérateurs préfèrent récupérer du cash à gauche ou à droite. Mais à moyen terme, tous ces opérateurs vont faire faillite. Deux choses importent dans notre activité: la sécurité et la qualité de service. Ces deux points sont extrêmement difficiles à atteindre dans un modèle low cost.

Comment se caractérise votre clientèle?

Hansen Il y a d’abord la clientèle d’affaires, qui représente la moitié de notre activité. Ensuite viennent les privés, à savoir des familles très riches, soit un quart de nos clients. Le quart restant est occupé par le «Business Entertainment» et l’institutionnel. Quand Catherine Ashton, Van Rompuy ou Barroso se déplacent quelque part, c’est généralement avec nous. Beaucoup de gens voient dans notre service le champagne et le caviar. Mais ce qu’il faut surtout voir, c’est la possibilité d’aller dans deux ou trois endroits différents pendant la même journée.
La flexibilité est donc votre principal atout?

Hansen Oui, car c’est impossible de faire cela avec un avion de ligne. Il faut aussi se demander quel est le coût de temps d’un Premier ministre par heure. C’est relativement important. Notre seule restriction nous vient des heures de vol des pilotes. Mais on sait que l’avion peut toujours faire un «fuel stop» après cinq ou six heures. En Europe, la plupart des vols ne durent pas plus de quatre heures. Mais on fait aussi des vols transatlantiques. Depuis fin octobre, nous avons un bureau à Singapour et nous avons positionné notre premier avion là-bas. On peut donc servir nos clients en Asie. La prochaine étape arrive. D’ici la fin de l’année, nous ferons une grande transaction.

Quelles sont les destinations les plus demandées au Luxembourg?

Hansen La plupart de nos vols se font entre les grandes métropoles que sont Londres, Paris, Genève et Moscou. Et puis il y a aussi d’autres destinations demandées comme Nice, Madrid et Berlin. Même si on s’appelle Luxaviation, la plupart du business ne vient pas du Luxembourg. Au Grand-Duché, il n’y a pas de marché pour se développer. Il y a une liste très limitée de clients et ceux-ci n’utilisent pas les plus gros avions. Donc, le Luxembourg est une bonne base pour nos opérations mais ce n’est pas ici que l’on fait notre business.

Quel est le prix moyen d’un déplacement en jet en Europe?

Hansen Cela dépend de l’avion choisi et de l’aéroport, car beaucoup demandent des taxes plus ou moins élevées, qui dépendent aussi de l’heure à laquelle on arrive. Par exemple, certains aéroports demandent 10.000 euros pour atterrir. En moyenne par heure, la location d’avion varie entre 3.500 euros et 6.000 euros, selon les modèles. À cela s’ajoutent beaucoup d’éléments: le nombre de passagers, le catering.


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