LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La Brasserie Nationale accuse une baisse de 4% de ses volumes

Les administrateurs de la Brasserie Nationale n’ont pas manqué de lever leur verre hier après la présentation du bilan 2014, mais à quoi ont-ils trinqué? Difficile à dire, quand on sait que l’environnement est on ne peut plus mouvant. L’an dernier, l’arrivée de la loi anti-tabac dans les débits de boissons et un été maussade ont pénalisé le marché. Le volume de bières brassées au Luxembourg a chuté de 6,5% à 271.000 hl et les ventes dans l’Horeca ont dégringolé de 7,8%. On en oublierait presque la Coupe du monde de foot et ses effets réputés sur la consommation de bière…

La Battin pour doper les affaires

Pour la Brasserie Nationale, le volume a baissé de 4% par rapport à 2013 et les ventes se sont tassées de 0,4% à 158.200 hl. «Dans le contexte actuel, il peut être jugé comme une performance satisfaisante», a commenté le directeur général du groupe, Frédéric de Radiguès. Sa part de marché a continué de progresser par rapport aux autres bières brassées au Luxembourg, à 58%. Dans le détail, Bofferding se stabilise autour de 44% et Battin grimpe à quelque 14%. «Plus de 5% des ventes de la société est faite par des bières spéciales», souligne le responsable. Ce créneau est donc porteur et l’entreprise suit le mouvement: elle vient de lancer un nouveau produit - la Battin Triple - et investit dans le développement d’autres. L’an dernier, son résultat avant impôts (EBITDA) a baissé de 4,8% à 4,62 millions d’euros. En cause, le prix des matières premières mais aussi les charges liées au développement de produits. «Les bières spéciales demandent beaucoup de ressources», appuie Frédéric de Radiguès.

À côté de cela, d’autres investissements ont été consentis en 2014: 450.000 euros ont été dépensés pour un renifleur de fûts et un nouveau système d’inspection des bouteilles. La restauration de l’immeuble de la salle de brassage a coûté 2,3 millions d’euros et les investissements à destination de la clientèle ont atteint 3,67 millions d’euros. La zone de chalandise de la Brasserie Nationale reste la Grande Région et d’ailleurs, les ventes ont triplé en douze ans pour atteindre les 35.000 hl en dehors du Grand-Duché.

Luxembourg: un marché particulier

Mais le marché brassicole reste encore très dichotomique avec d’un côté un tassement des volumes sur les marchés matures comme l’Europe et l’Amérique du Nord mais de l’autre une croissance forte signalée en Amérique du Sud, en Asie (surtout grâce à la Chine) et en Afrique. Le Luxembourg reste un peu en-deçà de la moyenne européenne de consommation, qui s’élève à 80 litres par capita. Mais le marché évolue: les clients s’intéressent à davantage de bières différentes et surtout, ils consomment davantage à la maison qu’au bistro. Une situation qui affecte la rentabilité des brasseries pour qui la vente de bière en fût est plus rentable qu’en bouteille. Un autre phénomène vient se greffer à tout cela: «40% des bières vendues au Luxembourg viennent de l’étranger et surtout de Belgique», souligne l’administrateur-délégué Georges Lentz. La moyenne européenne des bières vendues importées étant située à 10%, «le marché grand-ducal est relativement compliqué». Et avec 45% d’étrangers dans la population résidente, «la communication est difficile pour leur expliquer qu’ils doivent boire nos bières». Par exemple, la concurrence des marques portugaises bon marché complique la donne pour l’entreprise de Bascharage.

Celle-ci investit donc aussi dans la promotion à différents niveaux: fêtes de la bière, campagne publicitaire, mais aussi présentations en magasins. Reste à voir si la sauce prendra d’autant que 2015 apporte également son lot de changements sur le marché. «La TVA a augmenté de 500%, ça n’a certainement pas promu la consommation dans les débits», déplore le responsable. Malgré cela, il préfère voir le verre à moitié plein: l’an dernier, les ventes dans le secteur «Food» ont progressé tout comme sur les nouveaux marchés. Par ailleurs, la Brasserie Nationale a conquis 66 nouveaux débits horeca, portant sa présence à 2.982 établissements dont 650 dans la Grande Région.


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