LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Pour Pictet Wealth Management, la zone euro est piégée dans les divergences

Le tableau macro-économique est de plus en plus contrasté aux quatre coins du monde, a pointé hier le responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macro-économique de Pictet Wealth Management. Christophe Donay recommande dès lors de délaisser les actions de la zone euro pour investir dans des titres hors des 18 et surtout, de privilégier les actions américaines et japonaises dans les portefeuilles. Le responsable en veut pour preuve la bonne tenue de l’économie américaine face à une zone euro à l’agonie. Chez l’oncle Sam, «les mécanismes de croissance vertueuse sont enclenchés», avec un niveau de progression de l’emploi proche des cycles précédents et une reprise des nouveaux crédits, tant auprès des particuliers que des entreprises. Résultat, la banque privée suisse table sur une croissance de 3% l’an prochain aux États-Unis.

Retard européen

Par contre, le tableau est bien plus sombre en zone euro avec une augmentation du risque de défaut dû à un accroissement de la dette dans bon nombre de pays et un recul de la croissance, attendue à 0,8%. «L’Europe reste piégée dans de grandes divergences», pointe l’économiste qui n’exclut pas le risque d’une longue période de déflation en zone euro. Il faut dire que le Vieux continent a accumulé non seulement un retard par rapport à la croissance américaine mais aussi un retard par rapport à lui-même puisque le potentiel de production de la zone euro s’éloigne de sa trajectoire historique. Quant au Japon, Christophe Donay relève quelques points communs avec la zone euro comme en matière de politique monétaire où la Banque Centrale Européenne (BCE) et la Bank of Japan (BoJ) devraient se lancer dans un programme d’assouplissement quantitatif, qui compensera la fin de celui de la Réserve fédérale américaine (Fed). Mais au pays du soleil levant, les autorités associent l’opération à une politique fiscale et budgétaire ad hoc. Voilà qui avantage clairement Tokyo face à la zone euro.

Le pétrole, une arme à double tranchant

Du côté de la Chine, le tableau est par contre plus terne avec une croissance attendue stable à 7%, sur fond de déséquilibre entre les dépenses en infrastructures du gouvernement et les liquidités injectées par la banque centrale. Quant aux pays émergents, les plus dépendants au pétrole pourraient bien faire les frais de la baisse du baril de brut qui accentue les risques systémique et met les marges des producteurs sous pression. D’ailleurs, le ralentissement économique que connaissent le Brésil et la Russie est loin d’être innocent. Quant aux États-Unis et à l’Europe, la baisse du prix de l’or noir apporte certes un regain de croissance mais elle contribue aussi à creuser l’inflation et à accentuer les poussées déflationnistes. Un cadeau empoisonné donc, qui n’est pas le seul d’ailleurs. Christophe Donay pointe aussi les obligations des pays périphériques de la zone euro qui pâtissent de plus en plus du risque systémique européen. À l’avenir, le responsable préconise de les retirer du portefeuille. «En 2015 la volatilité pourrait commencer à monter». Et dans un contexte où la visibilité demeure faible pour les investisseurs, la rentabilité attendue se profile à 4% dans les portefeuilles, loin des 25% réalisés il y a une dizaine d’année encore.


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