LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Si le consommateur devrait avoir le sourire, reste que l’Europe et les États-Unis pourraient davantage se distancer

C’est certain, les principaux ingrédients de l’année économique 2015 sont déjà connus. Un pétrole bon marché, une inflation moribonde, des politiques monétaires divergentes entre les États-Unis et l’Europe, une économie américaine en belle forme et un recul de l’activité en Chine. Ce que l’on sait moins, c’est comment ces ingrédients vont se lier ou non au cours des prochains mois. L’économiste en chef de BGL BNP Paribas a tenté de dégager quelques pistes hier matin, à l’occasion d’un rendez-vous avec la presse. Yves Nosbusch en est persuadé: d’autres éléments entreront dans la recette comme les élections en Grèce et plus tard en Espagne qui génèrent une certaine incertitude politique. Par ailleurs, le ralentissement économique chinois aura «des conséquences majeures pour beaucoup de pays car la Chine est un gros importateur», explique l’économiste. Par contre, les dommages collatéraux devraient être forts limités en ce qui concerne la baisse du prix du pétrole. «L’augmentation de la consommation dans les pays importateurs sera sans doute plus importante que les pertes dans les autres pays.»

Une inflation nulle en 2015

Et si la zone euro profite pour l’instant d’une dépréciation de la monnaie unique et de prix en baisse de 0,2% en décembre, l’inflation sous-jacente reste légèrement positive (+0,8%). «On ne peut pas parler de déflation parce qu’il n’y a pas de baisse de prix généralisée», insiste l’économiste. Il est vrai que le pétrole influe beaucoup, au même titre que l’ensemble des matières premières dont le prix diminue aussi. Pour 2015, BGL BNP Paribas a revu sa copie et table désormais sur un statu quo des prix en zone euro soit 0,5 point de pourcent en moins que précédemment. Mais le plus inquiétant se trouve certainement du côté des anticipations des professionnels en la matière qui commencent même à décrocher pour le long terme, laissant présager un hiatus avec le mandat de la Banque centrale européenne (BCE) qui vise une inflation proche des 2% au terme de son mandat. L’institution conserve néanmoins certains ingrédients qui pourraient faire évoluer la recette.

Quelques cartes à jouer

La réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE prévue le 22 janvier pourrait déboucher sur l’annonce du programme de rachat d’actifs tant attendu par les opérateurs. Les marchés regorgeants d’obligations étatiques - dont les taux sont d’ailleurs au plus bas -, une opération d’envergure est attendue. Néanmoins, elle pourrait creuser l’écart avec les États-Unis. La Réserve fédérale américaine (Fed) s’apprête en effet à stopper son programme d’assouplissement quantitatif et qui plus est, les taux directeurs des deux institutions évoluent à marche inégale, à 0,05% pour la BCE contre cinq fois plus pour la Fed. «L’écart incite à investir à court terme en dollar plutôt qu’en euro», pointe Yves Nosbusch. Autre écart, c’est celui des investissements qui ont décollé aux États-Unis depuis 2011 mais qui ont évolué dans une trajectoire inverse en zone euro. Pour rectifier le tir, les 19 disposent de quelques ingrédients comme la relance du marché des asset-backed securities (ABS), la coopération entre la BEI et les banques du secteur privé mais aussi le plan Juncker. «Il sera sans doute très utile mais prendra du temps pour voir tous ses effets», note l’économiste. Et pour cause, ce programme prévoit 315 milliards d’euros d’investissements répartis sur trois années. Mais tout comme en cuisine, il faut aussi être patient en économie pour voir les mesures porter leurs fruits. Regardez par exemple les réformes structurelles de 2012. «L’Espagne a renoué avec la croissance et surtout la croissance de l’emploi.» Les chiffres parlent d’eux-mêmes: les prévisions tablent sur une croissance ibérique de 1,9% cette année, contre 1,1% pour l’ensemble de la zone euro. Plus que jamais, la recette de la croissance passe donc par des réformes.