PARIS
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«Charlie Hebdo» fête ses 50 ans cette année

«Curieuse année, qui célébrera la naissance d’un journal et verra aussi le procès de ceux qui s’efforcèrent de le faire disparaître à la kalachnikov», écrivait Laurent Sourisseau, dit «Riss», directeur du journal dans son éditorial du 31 décembre dernier, «ce procès, qui débutera début mai et s’achèvera en juillet, nous obligera à remettre le nez dans cette horreur, que chacun d’entre nous appréhende en silence d’entendre rejouer dans la salle d’audience (...) L’année 2020 réunira les deux extrémités d’une même histoire, la naissance d’un journal et sa mort programmée».

Né de la censure

Lui-même blessé d’une balle à l’épaule, le dessinateur qui est directeur de la publication depuis 2009 et collaborateur de «Charlie Hebdo» depuis 1992, raconte le jour de l’attentat du 7 janvier 2015 dans «Une minute quarante-neuf secondes» paru en automne.

D’autres membres de la rédaction ont aussi raconté leur calvaire dans des ouvrages comme Philippe Lançon dans «Le lambeau». Chloé Verlhac, la veuve du dessinateur Tignous, sort quant à elle ce 7 janvier chez Plon un récit de sa vie avant et après l’attaque, «Si tu meurs, je te tue». La sortie du prochain numéro de Charlie a d’ailleurs été avancée à aujourd’hui pour coïncider avec le 7 janvier. Ce numéro commémoratif «est consacré aux nouvelles formes de censures», annonce Riss, le directeur de la rédaction. «On a vu des universités empêcher des conférences, des pièces de théâtre boycottées, une multiplication des tentatives d’empêcher les paroles divergentes sur les réseaux sociaux, des boycotts d’oeuvres... c’est étonnant de voir qu’il y ait autant de désir de censure», souligne-t-il.

«Charlie Hebdo» est un produit de la censure, car il fut fondé en novembre 1970 pour prendre le relais de Hara-Kiri Hebdo qui avait été interdit - officiellement pour pornographie - après avoir titré «Bal tragique à Colombey: 1 mort» après le décès du Général de Gaulle. «Ce journal nous en a fait voir de toutes les couleurs: interdictions, procès, agressions, incendie, fatwas, attentat, menaces de mort», écrit Riss encore dans son édito. En effet, le journal «satirique & laïque» se voit exposé à des menaces en 2006 après avoir publié les caricatures danoises de Mahomet dans un numéro spécial. Plusieurs organisations islamiques lui intentèrent même un procès. «Charlie Hebdo» est relaxé, mais la menace continue de planer: en novembre 2011 les locaux du journal sont incendiés au cocktail Molotov. Le dessinateur Charb, lui, est désigné par Al-Qaïda comme une personne à abattre...

www.charliehebdo.fr