LUXEMBOURG
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Mai 68 et le Luxembourg: toute une série d’événements autour du 50ème anniversaire

Grèves ouvrières, revendications syndicales et manifestations étudiantes - des millions de personnes dans la rue un peu partout en Europe pour critiquer le capitalisme, la société de consommation et de spectacle, l’aliénation et l’exploitation: c’était Mai 68. Un mouvement qui allait changer le monde. «Le Luxembourg est d’abord resté en retrait, observant la montée de ces mouvements en France puis en Allemagne. Pris dans l’engrenage révolutionnaire, le Grand-Duché verra les manifestations et les vagues de protestations éclater vraiment à partir de 1971 à Diekirch», lit-on dans le dernier numéro du «Focus» du Centre Culturel de Rencontre «Neimënster», qui accueille à partir de ce vendredi l’exposition «Echos luxembourgeois de Mai 68». Il s’agit de donner un nouvel éclairage sur cette période et ses répercussions au Grand-Duché. L’exposition a été développée par le «Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History» (C2DH) de l’Université du Luxembourg.

«Qu’il s’agisse de réactions de politiques, d’images ou de sons d’archives, ces échos sont, à l’instar de l’évènement dont ils témoignent, divers et particulièrement foisonnants. Ainsi, on devine en filigrane les questions sociétales qui ont marqué cette époque. Conflits intergénérationnels, manifestations pour la paix, droits des femmes, émancipation culturelle et querelles idéologiques. Le Luxembourg se révèle alors, au fil de l’exposition, être une
porte d’entrée fascinante pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de Mai 68 dans sa globalité», lit-on dans la présentation de l’exposition dont l’approche nous a été expliquée par son commissaire Richard Legay.
Le chercheur en formation doctorale au «Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History» nous a expliqué un peu plus en détail son travail sur l’exposition concernant Mai 68.

«Je me suis rapidement rendu compte qu’un angle purement national ne rendait pas justice à la complexité des événements eat des dynamiques en jeu à cette période, c’est pourquoi le concept «d’échos» est le pilier de l’approche choisie pour l’exposition. En effet, si l’on souhaite comprendre et montrer les événements au Luxembourg, il y a un besoin d’embrasser une perspective transnationale car les idées - comme les étudiants - circulent à travers les frontières», écrit-il, soulignant que la notion d’échos est très utile pour montrer les influences tant dans le temps
que dans l’espace.

Du fait que des jeunes luxembourgeois vont souvent étudier à l’étranger et en particulier en France et en Allemagne, ils ont ramené pas mal d’impressions des événements qui s’y sont déroulés. Par ailleurs, pointe Richard Legay, le Luxembourg connaît lui-même en mai 1968 un important mouvement étudiant portant sur des réformes de l’enseignement. «Il existe un second grand mouvement étudiant en 1971, qui est parfois décrit comme «le Mai 68 luxembourgeois», et qui fait écho - cette fois-ci de façon plus temporelle - aux mouvements français et allemands, au sein desquels s’étaient politisés de nombreux jeunes luxembourgeois», explique le chercheur.

Or, le Grand-Duché serait aussi un acteur important du Mai 68 parisien sous un autre angle: en effet RTL couvre les manifestations et affrontements et est essentielle pour la diffusion de l’information chez les manifestants et grévistes. «Tout cela grâce à son émetteur installé au Luxembourg - et donc plus libre que le service public français», relève Richard Legay, qui parle de «dynamiques protestaires entrelacées entre différents pays» en 1968.

En effet, des échos des mouvements contre la guerre du Vietnam, contre l’écrasement du Printemps de Prague par les troupes du Pacte de Varsovie, des débuts des mouvements féministes et des courants artistiques et politiques plus révolutionnaires sont aussi perceptibles au Grand-Duché.

Quant à la conception de l’exposition, Richard Legay a travaillé avec des archives de presse pour comprendre les événements, mais aussi avec des témoins et acteurs de l’époque qui ont notamment suivi l’appel à contributions notamment relayé par la radio 100,7.LJ

Le C2DH organisera aussi le 9 mai à 18.00 à la Salle Robert Krieps le forum public «Mai 68: Entre mythe et fait social total». L’ambition de cette soirée dans la série des «Forum Z» est décrite ainsi: «Faire le bilan historiographique de cet événement médiatique dans sa globalité et à problématiser la tension entre la création d’un mythe moderne et les effets concrets que ce mouvement a laissé dans la société luxembourgeoise». Sur le plateau: des témoins directs de cette époque et des historiens.

Cinéma, théâtre et «free jazz»

A noter que la veille du vernissage de la grande exposition, le film «Sixty8» d’Andy Bausch sera à l’affiche dans la Salle Edmond Dune (26 avril à 20.00).

Le 4 mai à 20.00 dans la Salle Robert Krieps, le collectif «L’avantage du doute» présente la pièce «Tout ce qui nous reste dans la révolution, c’est Simon». «C’est l’histoire de trois femmes, trois voix comme autant de façons de penser l’héritage de Mai 68 et de se situer par rapport à leur quotidien. Chaque voix exprime le doute, sorte de mise en abyme de cette potentielle déception que pourrait ressentir le spectateur face aux révolutions avortées», résume le fil de la pièce.

Le 30 mai à 19.00, l’Institut Pierre Werner invite au débat «1968 et ses conséquences» à la Salle Edmond Dune. Il sera servi par deux historiennes (Sciences Po Paris) et Ingrid Gilcher-Holtey (Université de Bielefeld), qui discuteront avec le journaliste luxembourgeois Romain Leick («Der Spiegel»).

Le débat portera notamment sur la portée des mouvements internationaux de 1968 et de leurs conséquences et influences de nos jours. Emmanuelle Loyer est historienne et lauréate du Prix Fémina essai 2015. Prof. Dr. Ingrid Gilcher-Holtey, née en 1952 à Witten, est une historienne contemporaine allemande. Elle obtient son doctorat après avoir écrit sa thèse sur Karl Kutsky (parue aux éditions Siedler en 1986) à Heidelberg et sa qualification pour l’enseignement supérieur à Fribourg, où elle aborde le sujet de Mai 68 (éditions Suhrkamp, 1995). Depuis 1994, elle est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Bielefeld. Romain Leick est un journaliste luxembourgeois. Il a longtemps travaillé en tant que correspondant du «Spiegel» en France. Il a écrit de nombreux articles pour la rubrique culturelle, qu’il a également dirigée. Il est aujourd’hui journaliste indépendant à Hambourg.

A noter que le CCRN a choisi également de mettre ses Apéro Jazz - les prochains auront lieu le 1er, 13 et 27 mai, chaque fois à 11.00 - sous le signe de Mai 68. Les musiciens Shatabdi, Rodolphe Lauretta et Sonny Troupé explorent, dans cette mouvance, le «free jazz» des «seventies» et l’esprit de liberté qui s’ensuivit. Enfin, toujours dans la mouvance de Mai 68, mais aussi de l’action «E Buch am Zuch» à l’occasion de la Journée Mondiale du livre, retenons que le «Zentrum fir politesch Bildung» invite ce soir à partir de 18.30 à une lecture d’extraits des livres «Amateur» (Jean Back) et «mat der Döschewo bei de Mao Tse-Tung» (Lucien Blau) suivie par une discussion avec les auteurs. Rendez-vous à la bibliothèque de l’IFEN (campus du Pôle, bâtiment I (vieux château) au 1er étage.


Plus d’infos: www.neimenster.lu