LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le Statec a revu hier ses prévisions à la baisse, sans pour autant compromettre le scénario de poursuite de l’expansion économique du pays

A quelques semaines de l’an neuf, le Statec a dévoilé hier sa deuxième note de conjoncture pour 2018: si la croissance est au beau fixe, le Luxembourg est néanmoins victime de la dégradation de l’environnement économique international. Le Statec prédit une augmentation de 3% de la croissance, loin des 4,5% annoncés en décembre dernier. Alors qu’au mois de juin ces prévisions avaient été baissées à 4%, le Statec parle aujourd’hui de 3% pour 2019. Mais difficile de prédire l’avenir économique global avec des prix du baril qui fluctuent aux aléas de la géopolitique mondiale, cette fois l’institut se veut prudente et insiste sur une marge d’erreur bien plus importante que d’habitude.

Le Statec constate que la croissance semble avoir atteint un pic en 2017 et laisse place à un ralentissement dans la plupart des régions du globe. Le freinage escompté pour la zone euro, avec une croissance passant de 2,5% en 2017 à 1,7% en 2019, serait plus prononcé que celui qui était déjà prévu dans les prévisions du printemps 2018. Le ralentissement tendanciel du PIB est indéniable sur les trois premiers trimestres de 2018, d’autant plus qu’il s’accompagne d’une baisse régulière des indicateurs de confiance des acteurs économiques de la zone euro. On ajoute à cela que les signaux envoyés par les marchés financiers ont été bien moins favorables au cours du 2e semestre 2018.

«Il y a un ralentissement à l’international, mais il s’agit d’un ralentissement technique plutôt que conjoncturel», estime Bastien Larue du Statec. Pour ce dernier, c’est le secteur information et communication avec des coûts élevés pour les multinationales qui a affecté la croissance en 2016 mais également en 2017, elles ont depuis été revues à la baisse. Suite à la dissipation de l’effet baissier dû aux chèques-services, le taux d’inflation devrait même passer temporairement au-dessus de 2% à partir de novembre. L’accélération projetée de l’inflation, de 1,6% en 2018 à 1,9% en 2019, repose sur celle de l’inflation sous-jacente, tandis que le soutien des prix pétroliers s’essoufflerait.

Seulement deux chômeurs pour une offre d’emploi

Dans la zone euro, l’inflation sous-jacente reste encore étonnamment faible et stable. La baisse continue du chômage, qui a fini par entraîner une accélération des salaires en Europe, devrait pourtant mettre le continent sous pression dans les prochains trimestres. Au Grand-Duché, le chômage continue de reculer, aujourd’hui l’on trouve seulement deux chômeurs pour une offre d’emploi, ils étaient encore 8 à 10 au début de l’année 2013. Les embauches se font surtout dans les services aux entreprises et dans la construction et profitent avant tout aux chômeurs jeunes et peu qualifiés. La hausse de la part des demandeurs d’emploi ayant un niveau de formation plus élevé révèle que leurs profils ne répondent pas aux critères indiqués sur les annonces d’emplois à pourvoir.

Les salaires avaient temporairement ralenti en début d’année, ne bénéficiant plus du soutien des effets des accords salariaux et de la tranche indiciaire de 2017. La nouvelle tranche payée en août 2018 et celle prévue pour le 4e trimestre de 2019 contribueront à redynamiser les salaires. «L’indexation des salaires au mois d’août a boosté l’inflation, mais l’effet n’est qu’à court terme», indique Bastien Larue. Le Statec table ainsi sur un taux de progression du coût salarial moyen de 2,6% pour 2019, après 1,9% en 2018.

Les estimations des deux premiers trimestres de 2018 montrent néanmoins une dynamique d’expansion proche de 3% en rythme annuel. Alors que la confiance des acteurs économiques européens est affectée par un repli significatif en 2018, le moral des entreprises et des ménages du Luxembourg semble mieux résister, un signal conjoncturel positif, salue le Statec.

Le ralentissement européen en cours, qui devrait se prolonger en 2019, se traduirait par une moindre demande extérieure adressée au Luxembourg. Du côté des services financiers, l’activité devrait également pâtir du retournement baissier des marchés d’actions. À l’instar des recettes pour 2018, les prévisions pour les dépenses publiques ont également été révisées vers le haut, et ce pour l’année courante et la suivante. Cependant, le Statec prévoit à politique inchangée une légère décélération des dépenses par rapport à 2017, à +5,9% en 2018 et +5,3% en 2019. En l’absence d’un budget de l’État pour 2019, ces adaptations découlent de l’évolution observée et projetée des dépenses et de leurs déterminants macroéconomiques nominaux et réels