LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La designeuse de vêtements Awa Kermel propose ses créations uniques

La boutique d’Awa Kermel se situe dans le quartier de la Gare, entre un café d’habitués, un bar à strip-tease et une épicerie fine. Cela fait cinq ans que cette couturière sénégalaise a posé ses valises au Luxembourg. Recrutée dans le pays pour un travail administratif, elle ne tarde pas à revenir à ses premiers amours: la couture. Elle suit des cours pour obtenir son autorisation d’établissement, une simple formalité pour cette couturière professionnelle qui a fait ses armes dans sa boutique courue de Dakar, qu’elle possède toujours. 
Au début, elle repart tous les trois mois au pays pour revenir avec les vêtements de son magasin de Dakar, qu’elle vend à travers diverses boutiques. Non seulement elle vend tout son stock, mais en laissant des cartes de visite, elle se crée peu à peu un carnet d’adresses de clients: «En quelques mois j’ai vu que la clientèle était là, qu’il y avait une demande». L’étude de marché étant faite, elle décide d’ouvrir sa propre boutique à Luxembourg: «Il n’y avait pas beaucoup d’offre sur cette niche de vêtements africains, et il n’y avait pas de boutique spécialisée, c’est ainsi que j’ai ouvert la première boutique de vêtements africains au Luxembourg», raconte l’entrepreneuse. 
Elle jette son dévolu sur une boutique rue de Reims, qu’elle ouvre en 2016. Si le choix du quartier gare faisait sens à l’époque à cause du passage, elle a aujourd’hui du mal à supporter les charges: «Le loyer est de 2.500 euros pour mon petit local, c’est cher! D’autant que le propriétaire n’a rien voulu savoir pendant le confinement et n’a fait aucun geste», raconte-t-elle. 

Du sur-mesure pour toutes les morphologies

Avec le confinement, finis les événements, finis les mariages, Awa Kermel a perdu au printemps une partie de sa clientèle d’habitués. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ceux qui franchissent la porte de sa boutique ne sont pas forcément issus de la diaspora africaine: «Bizarrement j’habille beaucoup de clients blancs. Mes vêtements sont exposés en vitrine de la Lux City Shop place d’Armes, cela m’envoie pas mal de clientèle, des Luxembourgeois et des européens. Pour des mariages mixes mais pas que, je rayonne d’ailleurs sur la Grande-Région car j’ai des clients jusque Nancy».
La couturière peut tout faire et s’adapte à toutes les morphologies, du sur-mesure que ses clients apprécient. Des robes de soirée, des costumes, avec la touche africaine grâce aux tissus si reconnaissable, le «wax» au design africain (même si fabriqué aux Pays-Bas): «En Afrique nous aimons la couleur, la gaité, il ne faut pas passer inaperçu. Les dessins sont inspirés de la vie quotidienne de l’Afrique, avec ses couleurs et ses animaux. Les clients recherchent le fait main et l’originalité». Si sa spécificité reste le pagne africain, en wax ou même en bazin pour les tenues de fête, Awa Kermel répond à toutes les demandes. Il faut compter par exemple aux alentours de 200 euros pour un costume sur-mesure. 
La boutique propose déjà des vêtements en stock dans un joyeux bazar, histoire de se faire une idée. Pour démarrer, elle a pu compter sur le stock de sa boutique du Sénégal ainsi que sur son épargne personnelle. Mais la crise a donné un coup d’arrêt aux ambitions de l’entrepreneuse: «J’aimerais agrandir ma boutique, j’ai beaucoup d’idées mais encore faut-il pouvoir les réaliser et l’argent manque. J’ai pu bénéficier des aides de l’Etat pendant le confinement, mais les cotisations sociales continuent de tomber, je cherche donc actuellement un local moins cher», quitte à s’éloigner du vibrant quartier Gare. Seule avec son employé couturier, la reprise est un peu trop timide pour voir de l’avant, sans compter que les événements comme les grands mariages n’ont pas repris. Elle habille aussi des musiciens pour des tournages de clips vidéo et assure la logistique avec son réseau de mannequins, une activité qui a elle-aussi été fortement réduite avec la pandémie.
Si la diaspora africaine est présente dans ce quartier, ce n’est pas cela qui lui amène plus de clientèle: «Je ne vois pas vraiment de solidarité africaine, ils ne vont pas spécialement aller dans ma boutique plus qu’ailleurs», regrette-t-elle. Pourtant, son parcours est bien vu au pays où elle a sa petite renommée dans les défilés de mode: «Etre indépendante est bien vu au Sénégal, cela donne un bon exemple pour toutes les femmes. Il faut que les Africaines se prennent en main». 
www.awakermelshop.com