CATHERINE KURZAWA

Une semaine particulière s’achève: une semaine où dès le lundi, on a entendu parler du vendredi. Une semaine où les emails «promotionnels» se sont entassés dans nos boîtes de réception avant de passer à la corbeille. Une semaine où on a essayé de faire monter la sauce, ou plutôt, la fièvre acheteuse, pour nous faire ouvrir le portefeuille. Vous pensiez que c’est fini? Détrompez-vous! Le weekend «Black Friday» bat son plein avec des ouvertures dominicales et même, cerise sur le gâteau, un «Cyber Monday» programmé lundi. Les uns crient à l’ultra-consumérisme, d’autres dénoncent l’américanisation de notre société, tandis que certains essaient de faire entendre leur voix en appelant à consommer «durable». Je me demande bien ce que cela signifie aujourd’hui. Selon le dictionnaire Larousse, le terme durable est défini comme: «De nature à durer longtemps, qui présente une certaine stabilité, une certaine résistance: Une influence durable.»

Aujourd’hui, l’obsolescence programmée est partout. Si nos parents ont été les heureux propriétaires d’un lave-linge ayant fonctionné 20 voire 30 ans, nous pourrons nous contenter d’un appareil garanti deux ans. Bien entendu, la machine fonctionnera au-delà de ces quelques années, mais une fois une panne survenue, le changement de pièce s’avèrera trop complexe, trop onéreux voire carrément impossible et nous «devrons» changer de machine.

Quand bien même des garde-fous ont été instaurés comme les règles européennes en matière de garantie légale, force est de constater que l’inventivité des industriels est bien plus forte que celle des législateurs. Prenez les aspirateurs. Depuis quelques années, un nouveau besoin a été créé: celui d’aspirer sans fil, d’avoir une «liberté» avec son balai-brosse. Soit. Mais dommage que cette «liberté» soit conditionnée à l’autonomie de la batterie. Pire, il est regrettable que cette batterie voie son autonomie fondre au fil des mois pour finalement dépiter son propriétaire, qui n’aura dès lors pas d’autre choix que d’en changer… puisque l’aspirateur ne sera - je vous le donne dans le mille - pas réparable.

Et n’allez pas croire que l’herbe est plus verte, oh pardon, plus durable, ailleurs. Aujourd’hui, la conscientisation aux enjeux écologiques prend une telle ampleur que le vert est devenue la couleur préférée des professionnels du marketing. Dans certaines enseignes, on vous vend un shampoing solide qui génère soi-disant moins de déchets mais emballé dans un film plastique qui finira à la poubelle. Un géant de l’agro-alimentaire a même lancé sur le marché une version «bio» de ses céréales pour enfants enrobées de sucre, de chocolat et conservateurs.

Nous vivons une époque de la démesure mais avons tellement la tête dans le guidon qu’on ne s’en rend pas compte. Trop peu de gens s’interrogent sur l’origine des biens que nous consommons et plus personne ne se pose de question lorsqu’on vous sert des fraises en hiver. Je vous invite donc à mettre ce weekend à profit pour penser à cela, et réfléchir à deux fois avant de sortir la carte de crédit.