Première capitalisation boursière au monde, Apple est valorisé à quelque 657 milliards de dollars. La firme à la pomme enchaîne les sorties médiatiques qui, généralement, soutiennent le titre coté à New York. En février dernier, il a même atteint les 133 dollars soit une valorisation totale proche des 775 milliards de dollars. Est-ce que la firme peut encore tenir la cadence ou bien son titre est-il surévalué? Ilario Attasi, CIO de KBL epb au Luxembourg, nous livre son analyse.

La publication en juillet des derniers résultats trimestriels d’Apple en a déçu plus d’un: malgré un chiffre d’affaires et une rentabilité plus élevés qu’attendus, l’action de la marque à la pomme avait perdu près de 5%. Les semaines suivant la publication, l’action s’est dépréciée encore de 20% pour atteindre un cours d’environ 103 dollars.

Pourquoi une telle baisse? Tout d’abord, de nombreux investisseurs ont été déçus par les faibles objectifs prévisionnels établis. Quatre autres inquiétudes expliquent cette valeur chahutée: la saturation du marché du smartphone, le rythme de croissance de l’entreprise, l’avenir du marché chinois et l’absence de données divulguées sur le volume des ventes de l’Apple Watch.

Cela nous conduit au principal problème qui attend Apple. Près de 55% des revenus proviennent des ventes d’iPhone. Durant l’ère «Steve Jobs», Apple n’a eu de cesse de créer de nouveaux produits innovants comme l’iPod, l’iPad ou encore l’iPhone.

Tim Cook, le successeur de Steve Jobs depuis 2011, n’a pas vraiment cherché à créer de nouveaux produits uniques (hormis l’Apple Car et l’Apple Watch) mais plutôt à élargir sa gamme de produits existants. Avec en tête, un objectif principal: réduire la dépendance d’Apple au secteur de la téléphonie mobile afin de lui éviter le même destin que Nokia.

D’un autre côté, Tim Cook a réussi à engranger des bénéfices records, faisant du titre d’Apple le titre le plus cher au monde. Des produits à marge élevée comme l’iPhone ou l’iMac, de même que le système d’exploitation maison iOS, l’App Store et iTunes font d’Apple la marque la plus forte de tous les temps.

Toutefois, de plus en plus d’investisseurs craignent que le groupe devienne tôt ou tard victime de son succès et perde de son attrait innovant. Cela amène à se demander si la valorisation du titre d’Apple est correcte.

À première vue, les chiffres du bilan de la firme de Cupertino font rêver. La trésorerie d’Apple dépasse les 200 milliards de dollars et sa dette s’élève à 50 milliards de dollars à la fin juillet 2015.

Cela témoigne de l’incroyable pouvoir financier du groupe. Acquérir des firmes concurrentes plus petites et plus innovantes, ainsi qu’optimiser sa gamme de produits ne pose aucun problème.

Avec une telle trésorerie, une autre possibilité serait d’élargir le programme de rachat d’actions ou d’augmenter les dividendes. Le dividende est actuellement de 1,75%, un taux légèrement supérieur au niveau du secteur, et comparable à un rendement moyen de 2,3% pour l’indice S&P 500.

Les multiples d’Apple nous semblent très intéressants: le coefficient cours-bénéfices est de 12x pour cette année, soit en dessous de la valorisation actuelle du secteur technologique (15,5x).

Enfin, la croissance prévisionnelle du groupe est supérieure à 10%, un niveau nettement plus élevé que celle des fabricants de matériel informatique. La marge d’Apple qui s’établit à 40% est l’une des meilleures de tout le secteur.

Quelle sera la suite du programme? Apple publiera ses résultats du quatrième trimestre le 20 octobre prochain. Cela offrira une meilleure visibilité sur les futures tendances en Chine ainsi que sur les dernières commandes d’Apple Watch. Nous pensons que le cours actuel de l’action d’Apple tient d’ores et déjà compte de l’affaiblissement de l’économie chinoise.

La conférence Keynote d’Apple du 9 septembre a reçu un très bon accueil: le lancement du nouvel iPhone 6s/Plus muni d’un appareil photo de 16 mégapixels pourrait connaître un grand succès. Les premiers indicateurs se veulent très positifs.

La présentation de la nouvelle version de l’Apple TV ne jouera pas un rôle très important à l’avenir. La détérioration des ventes d’iPad pourrait être compensée par les ventes d’iPhone et également par le bon vieux iMac

C’est pourquoi nous pensons que la décote du groupe de Tim Cook par rapport à ses concurrents n’est pas justifiée et que les perspectives de croissance actuelles, combinées au solide bilan d’Apple sont de bon augure pour le groupe.

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KBL European Private Bankers: KBL epb a vu le jour en 1949 à Luxembourg sous l’appellation Kredietbank. Depuis 2012, elle est propriété de Precision Capital, un holding également actionnaire majoritaire de la BIL. Aujourd’hui, la banque privée propose des solutions de gestion européenne et compte une dizaine de filiales implantées au Luxembourg, en Belgique, en France, en Espagne, à Monaco, en Suisse, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Au total, KBL epb emploie 2.200 personnes. Au 30 juin dernier, le groupe approchait des 100 milliards d’euros d’actifs sous gestion et en conservation.