LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

C’est le printemps et malgré le confinement, l’appel du jardin se fait pressant

Le ciel bleu éclatant domine depuis le confinement ce qui ne donne évidemment pas envie de rester enfermé chez soi, contrairement aux recommandations des autorités face à l‘épidémie de coronavirus. La météo et le calendrier invitent aussi les amateurs de jardinage à se mettre au travail. Seul obstacle à l’horizon: comment se procurer le matériel nécessaire?

Les acteurs du secteur l’ont bien compris et les offres de livraison à domicile fleurissent aux quatre coins du Luxembourg: Hornbach, Bauhaus, et Bâtiself pour ne citer qu’eux mettent en avant une offre en ligne pour répondre à la demande des clients à la main verte mais aussi aux bricoleurs en tous genres. «Merci de votre compréhension pour d‘éventuels retards de livraison suite au grand nombre de commandes», écrit d’ailleurs l’enseigne orange basée à Bertrange sur son site web qui appelle la clientèle à «commander seulement des quantités habituelles». Son concurrent de Capellen Bauhaus demande, lui, un minimum de 100 euros par commande pour la livrer, au tarif de 30 euros.

Bricoleurs en mal d’activités

Car quoi de mieux pour occuper ses journées passées à la maison que de rafistoler l’un ou l’autre point laissé en suspens ces derniers mois? Les milliers de références de ces grandes enseignes ont de quoi satisfaire le plus grand nombre, à commencer par les professionnels de la construction eux-mêmes confinés pour cause de fermeture des activités de leur employeur.

Côté extérieur, les entreprises d’aménagement de jardins sont à l’arrêt. «C’est embêtant, mais il faut quand même se rendre à l‘évidence: c’est pour protéger notre clientèle et nous-même», confie au «Journal» Steve Spellini, à la tête d’une PME spécialisée en la matière basée à Kayl. Actuellement, sa seule activité se limite au site Letzshop.lu où il commercialise des vêtements de travail. Quant aux livraisons opérées par certains, «cela ne fait quand même pas une bonne publicité pour ces entreprises si on voit des camionnettes de sortie parce que cela montre qu’elles ne respectent pas les consignes du gouvernement», pointe l’entrepreneur.

Le fait est que la demande en matériaux est bien présente, ce qui pousse l’entreprise de production de gazon en rouleau van de Sluis, basée à Sanem, à reprendre ses activités cette semaine. Elle n’assure cependant la livraison qu’au Grand-Duché, au dire d’un de ses responsables contacté par nos soins. «Le printemps est une saison chargée et il est possible de livrer les produits sans contact», résume-t-il.

Le potager fait son retour

Pour autant que le client effectue la pose lui-même effectivement, pas de souci à ce niveau-là. Et puis, le contexte de confinement fait germer des idées chez certains: pourquoi ne pas aménager un potager histoire de cultiver ses propres légumes?

Dans les rayons des supermarchés, des sacs de terreau et des semences sont disponibles à la vente et certains clients se laissent tenter. Si les gelées nocturnes sont encore d’actualité en ce moment, l’heure est à la germination des graines qui pourront ensuite être repiquées dans des plus grands pots avant de pouvoir prendre racines au potager un peu plus tard.

Le pouvoir des fleurs

Que l’on soit en maison ou en appartement, un petit peu de fleurs, cela met toujours de bonne humeur. Certains ont décidé de braver les contraintes du confinement en proposant un service de drive-in et de livraison des plantations. C’est le cas des Fleurs Vry, à Ellange, qui publient sur leur page Facebook les photos des produits disponibles et leur prix en invitant les clients à passer commande par téléphone. Celui-ci sonne occupé une bonne partie de la journée, et sa patronne n’a que très peu de temps à nous accorder. «Oui les clients sont intéressés», confirme-t-elle en assurant disposer d’un stock suffisant. «On avait acheté avant le coronavirus», dit-elle.

L’activité est en revanche plus calme chez le fleuriste Klopp, au Limpertsberg. Si le magasin est fermé suite aux mesures gouvernementales, il propose néanmoins des commandes et livraisons. «L’activité est très réduite», confie Marc Klopp qui reste néanmoins prêt à décrocher le téléphone et répondre aux besoins des clients, avec les moyens du bord. «J’ai peu de stock et on ne sait pas comment est la demande», glisse l’entrepreneur.

«Il faut que le moteur tourne un peu, sinon le redémarrage à la reprise sera difficile», commente pour sa part Tom Wirion, directeur général de la Chambre des Métiers. Il salue la démarche des fleuristes qui tentent de maintenir une activité sur la toile mais s’inquiète de la «concurrence déloyale» avec les supermarchés qui vendent aussi des fleurs et des semences.

Même son de cloche du côté de la Fédération horticole luxembourgeoise où de l’aveu même de sa secrétaire générale, cette crise sanitaire tombe au plus mauvais moment dans le calendrier. «C’est la saison du jardin mais les magasins et les paysagistes ne peuvent pas travailler», pointe Josiane Walentiny. Celle-ci souligne tout de même que les livraisons sont autorisées par le gouvernement et que la fourniture de produits non alimentaires reste permise. «Je crois que c’est le moment où la créativité est en train de fleurir, tous les secteurs se montrent très sensibles à l’innovation pour conserver encore une activité, même de façon réduite», résume-t-elle. Mais comme tous ses affiliés, Josiane Walentiny est impatiente de voir l’activité redémarrer le plus vite possible. Le temps, c’est de l’argent.