LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Coronavirus: les mesures de confinement poussent les entreprises à adapter leur mode de fonctionnement

Le Luxembourg a vécu lundi une journée anormalement calme pour un 16 mars. Pas de bouchons, des parkings relais loin d’être bondés et des rues quasi désertes où bien des bureaux et magasins étaient restés portes closes.

Les mesures annoncées la veille par le Premier ministre Xavier Bettel visent à limiter la propagation du coronavirus mais elles poussent aussi les entreprises à revoir leur organisation. Il y a tout d’abord celles qui sont contraintes et forcées de cesser leurs activités comme les commerces non-alimentaires, les salons de coiffure, les instituts de beauté, et les restaurants.

La restauration emploie 15.000 salariés au Luxembourg, un coup dur pour le secteur qui néanmoins s’attendait à la mesure, comme l’a confié dimanche au «Journal» François Koepp, secrétaire général de la Fédération Horesca. «Je crois que tout le monde est peiné par ce qui arrive et nous devons tous nous serrer les coudes et espérer que pour dans 6 à 8 semaines ça ira beaucoup mieux», a-t-il confié par téléphone.

Les restaurants proposant un service de livraison ou de vente à emporter peuvent néanmoins continuer leurs activités. Yannis Xydias, directeur associé de Manso Group qui compte 12 restaurants au Luxembourg, a d’emblée réservé un nom de domaine intéressant sur le web: www.foodambulance.lu. Dès dimanche soir, une publicité pour ce nouveau site web s’affichait sur les réseaux sociaux au Grand-Duché. Mais dans les faits, le site n’est pas encore opérationnel. «On est en train de développer la solution en backup», explique le restaurateur qui semble d’abord prendre la température du marché en proposant aux internautes de s’inscrire dans l’attente du lancement de ce service. Il reste visiblement pas mal de questions sans réponse. «Il faut que nous aussi on soit livré, que notre personnel soit en bonne santé; on est en train de voir comment les choses évoluent», avance notre interlocuteur.

Sa priorité est d’abord de pouvoir s’acquitter du salaire de ses 250 salariés dont le travail s’est brusquement arrêté. Si l’Etat va intervenir à hauteur de 80% des salaires, «la procédure est extrêmement lourde, on ne sera remboursé que des mois plus tard». Quant aux loyers, leur paiement est tout simplement gelé.

«La restauration est aux soins intensifs en ce moment», résume Yannis Xydias qui craint que des mesures complémentaires comme l’abaissement de la TVA dans la restauration soient vaines. «Il faut des lignes de crédit, il faut vraiment injecter du cash dans l’économie réelle», appelle-t-il.

S’adapter pour survivre

Tandis que des files d’attentes se forment devant certaines pharmacies, dans le secteur du nettoyage, l’activité est également soutenue et certaines entreprises voient leur carnet de commande évoluer. C’est le cas de la firme spécialisée dans la désinfection et l’éradication des espèces nuisibles RHS. Son directeur Eddy Boland explique avoir connu un regain de demandes la semaine dernière de la part de salles de conférences ou d’hôtels. «Les entreprises veulent protéger leur personnel et prendre des précautions», avance l’entrepreneur qui affirme que le Covid-19 peut être actif pendant neuf jours sur certaines surfaces. A titre de comparaison, «si mes renseignements sont bons, lorsque vous avez une grippe intestinale, les bactéries peuvent rester un mois ou deux sur le support», indique-t-il. Maintenant que les hôtels du Luxembourg ont été désertés pour beaucoup, la demande semble se calmer, au dire de notre interlocuteur.

Des plans de vols revus

Ce calme se fait aussi sentir à lux-Airport où le tableau des départ lundi faisait état d’une trentaine d’annulations de vols sur un total de 83 décollages prévus. En outre, après l’avis lundi de déconseiller tous les voyages non essentiels à l’étranger par le ministère des Affaires étrangères et européennes, la compagnie Luxair a drastiquement réduit son programme de vols jusqu’au 30 avril (voir encadré). Quant à Ryanair, elle «s’attend à ce que ces restrictions entraînent l’immobilisation au sol de la majorité de sa flotte d’avions en Europe au cours des 7 à 10 prochains jours» et annonce la gratuité des frais de modification des réservations pour les voyageurs. Pour avril et mai, la compagnie irlandaise à bas coûts prévoit de compresser sa capacité de sièges jusqu’à 80 %, «et un immobilisation complète de la flotte au sol n’est pas à exclure», selon un communiqué. Qui dit moins de personnes au Luxembourg dit également moins de facilités. Par exemple, la chaîne de boulangeries Fischer a annoncé un regroupement de certains de ses points de ventes dans le contexte du coronavirus. Enfin, toujours au rayon adaptations, soulignons l’initiative pour le moins originale des Laboratoires Réunis qui proposent un test de dépistage du Covid-19 en mode «drive-in». Les patients munis d’une prescription médicale peuvent se rendre au siège de Junglinster et stationner sur une place de parking réservée marquée «Covid-19» d’où un frottis nasopharyngé sera réalisé. A noter que ce service est remboursé par la CNS s’il a été prescrit par un médecin, précisent les Laboratoires Réunis sur leur site web.