SERGE KOLLWELTER

Au moment de fixer au siècle passé le nombre de conseillers communaux selon le nombre d’habitants, celui-ci correspondait grosso modo à l’électorat (luxembourgeois). Si aujourd’hui on prenait en compte le seul nombre d’électeurs pour la composition du conseil communal, il en serait tout autrement un peu partout au Grand- Duché. Le 8 octobre prochain il n’y aurait que 7,56 conseillers communaux à élire dans la capitale pour 32.000 électeurs au lieu des 114.000 résidents. «Ce grand écart ne semble cependant nullement inquiéter les politiques», suppose Serge Kollwelter.

«Comme le droit de vote est obligatoire chez nous, le taux de participation effective est très haut, puisqu’on fait l’impasse sur les étrangers qui boudent le scrutin. Mobiliser cet électorat potentiel constitue un enjeu équivalent à celui des pays sans obligation de vote pour y amener leurs nationaux aux urnes!

Comment convaincre le résident étranger à s’inscrire? Les premiers flyers viennent de sortir. Regardons le flyer national, tiré à 200.000 exemplaires. Sur 0,7 m² on y voit dix langues fleurir. Que nous disent-elles? Les formalités d’inscription sont détaillées, neuf domaines de compétences communales sont évoqués par des slogans minimalistes. On n’y distingue pas entre les missions légales et donc obligatoires, comme la fourniture d’eau ou l’aménagement des écoles fondamentales et celles qui relèvent de choix politiques. Le mot “choix” ne figure nulle part, tout comme le mot “logement”. Les destinataires de ce flyer sont considérés comme des administrés qu’il faut prendre par la main pour aller s’inscrire. Elire des représentants pour gérer pendant six ans la commune est un acte éminemment politique qui permet aux citoyens de choisir des programmes, des personnes. Le logement est un vrai souci pour beaucoup de citoyens – luxembourgeois et étrangers - et relève de priorités politiques. La commune peut y devenir active, elle a même droit à de substantielles aides financières de la part de l’Etat. Silence sur des attitudes possibles par rapport à l’hébergement de réfugiés, sur l’enjeu que peut constituer un plan communal d’intégration. Rien sur le droit de se porter candidat, sur l’accès aux emplois communaux. Dans quelle(s) langue(s) l’électeur étourdi par les dix langues du flyer sera-t-il informé des candidats, des programmes?

Nous assistons à un exercice d’administrateur à administré, prenant soin implicitement qu’un minimum de citoyens étrangers s’inscrivent. Le souci des électeurs “obligés” prévaut: il faudra les ménager en leur gardant une position privilégiée dans les emplois communaux, autre terreau électoral. Pour la forme - et “comme l’Europe nous oblige” - on prônera le principe par des campagnes de communication non concertées, en prenant soin d’éviter de la sorte des comportements électoraux non connus.

Pas de surprise donc pour les inscriptions, compte tenu des précautions prises! Le nombre de candidats non–luxembourgeois sur chaque liste en dira long aussi!

Tant que les partis politiques n’auront pas réussi à intégrer des non–luxembourgeois dans leurs structures nationales et communales, ceux-ci leur resteront étrangers.»