LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le Conseil de la concurrence a émis un appel à témoignages suite à des plaintes visant une «entreprise internationale dont le siège européen est établi à Luxembourg»

L’évènement est assez rare pour être souligné. Le conseil de la concurrence aurait reçu selon ses dires des plaintes de commerces luxembourgeois qui auraient eu du mal à partir avec des contrats contraignants et des procédures en leur défaveur. De fait, l’organisme étatique a établi vendredi un appel aux commerces luxembourgeois pour recueillir d’éventuels autres témoignages corroborant les mauvaises pratiques de la plateforme mise en cause.

Si aucun nom n’est cité par le Conseil de la concurrence, le doute n’est pas vraiment permis. Une entreprise internationale qui met à disposition une plateforme de vente pour les commerces locaux, dont le siège européen est à Luxembourg: tous les yeux se tournent vers Amazon. Pour Jean-Claude Weidert, personne de contact chargé de recueillir les éventuels témoignages, plusieurs cas ont alerté le Conseil de la concurrence : «Les commerces sont obligés de signer des contrats avec des procédures appliquées. Quand les problèmes se présentent avec un client, comme un retour de marchandise par exemple, c’est là que ça se complique».

La base consultée

Ce dernier estime à «quelques-unes» les entreprises luxembourgeoises qui se sentiraient ainsi lésées, et voudrait par cet appel à témoignages vérifier qu’il s’agit de cas isolés ou au contraire d’un système mis en place qui nuirait au bon fonctionnement des commerces. Si l’Union des consommateurs existe, du côté des commerces c’est le Conseil de la concurrence qui est chargé de les défendre: «Peut-être que les commerçants ne savent pas qu’ils ont droit à un recours, mais nous sommes là pour ça. L’enquête est en cours, nous voulons juste vérifier si d’autres commerces se sont retrouvés dans le même cas de figure».

Pour le moment, du côté des commerçants il est encore trop tôt pour savoir si le phénomène est plus étendu. Nicolas Henckes, directeur de la Confédération luxembourgeoise du commerce (CLC) n’a pas eu vent de problèmes particulier venant de ses membres, mais il préfère prendre les devants: «Nous allons consulter la base et diffuser le communiqué pour s’assurer que nos membres n’ont pas été confrontés à ce genre de problème».

Du côté du principal intéressé qui n’est pas nommé par le Conseil de la concurrence, il n’y avait pas de communication officielle vendredi. Toujours est-il que selon nos informations, une plainte venant d’un commerçant aurait été enregistrée la semaine dernière par Amazon Luxembourg, la seule à la connaissance du groupe pour le moment. Reste à savoir si d’autres plaintes ont été émises qui n’ont pas encore été remontées au groupe américain, ou si le Conseil de la concurrence ne s’est en réalité basé que sur ce témoignage.

Installé au Luxembourg en 2005

L’affaire sera prise au sérieux par le géant de l’ecommerce qui veut sans doute éviter la mauvaise publicité dans le pays qui accueille son siège européen, même si le marché luxembourgeois est minuscule. Amazon s’est installé au Luxembourg en 2005 avec alors une vingtaine d’employés. Le groupe américain en fera son siège européen l’année suivante. Le Statec a comptabilisé en juin dernier 2.250 employés pour Amazon Luxembourg.

Les conditions fiscales très favorables accordées par le Grand-Duché ont déjà fait l’objet de plainte de la Commission européenne. Ainsi en octobre 2017, Amazon a été condamnée par la Commission Européenne en étant accusée d’avoir bénéficié d’un avantage fiscal de 250 millions d’euros de la part du Luxembourg, la société ayant été condamnée à rembourser cette somme.