LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Voici donc les candidats à l’Elysée donnés en tête des sondages qui disputeront le second tour le 7 mai prochain dans une course historique. Historique surtout parce qu’aucun des candidats des camps politiques qui se relayaient jusqu’ici au pouvoir sous la Ve République ne se retrouve au second tour du scrutin. Benoît Hamon, le candidat du PS, a essuyé une «sanction historique» selon ses propres mots, ne rassemblant que 7% des voix tout au plus. Quant au candidat des Républicains, François Fillon, il n’est que troisième au bout d’une campagne lestée par toutes ces petites affaires qui ont filtré au grand jour quasiment à un rythme quotidien. Quant à Jean-Luc Mélenchon, très à gauche, il aura bien su améliorer substantiellement son résultat de 2012 après une remontée époustouflante, mais aura finalement décroché.

Quant à la patronne du Front National, elle réussit l’exploit de son père qui s’était qualifié pour le second tour il y a tout juste quinze ans - avec toutefois 16,9% des votres. A l’époque, peu d’observateurs avaient vu venir Jean-Marie Le Pen et réléguer le candidat du PS qui cohabitait au gouvernement avec le RPR de Chirac en troisième position. C’était alors la première fois qu’un candidat FN arrivait au second tour et qu’un socialiste n’y était pas. Que Marine Le Pen y soit aujourd’hui ne surprend guère. Depuis longtemps, son FN progresse dans sondages et élections avec un programme anti-européen, anti-immigration et anti-globalisation qui séduit nombre d’électeurs dans un climat économique morose et d’insécurité marqué par les ravages sanglants du terrorisme islamiste ces dernières années. Après la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis, elle se hasardait même à dire que le milliardaire américaine s’était largement inspiré de son programme «Remettre la France en ordre». L’homme du «Make America great again» le lui a bien rendu en l’adoubant juste avant les élections du titre de la candidate «la plus forte» pour l’Elysée. Mais la course est loin d’être gagnée. Et le scénario du deuxième tour de 2002 risque de se répéter. Rappelons qu’au bout des opérations, le président sortant Jacques Chirac triomphait avec 82% des votes, la gauche s’étant ralliée massivement au RPR contre Le Pen. Emmanuel Macron peut-il compter sur un tel ralliement?

Hier soir en tout cas, des poids-lours de la gauche l‘ont annoncé alors que les pontes de la droite - dont Fillon - ont fait de même. Mais des points d‘interrogation persistent, également sur la capacité du jeune ex- ministre de l’Economie à la tête d’un jeune mouvement politique et qui se présente pour la première fois à une élection, de pouvoir former des alliances politiques. Gageons que pour lui, qui dit ne se réclamer ni de la droite, ni de la gauche, les points d’interrogation seront plus faciles à lever que pour une Le Pen au pouvoir.

Rappelons qu’un mois à peine après le deuxième tour des présidentielles, les Français se rendront de nouveau aux urnes pour élire leur nouveau Parlement.

 

Capables de trouver des majorités?

Tant Macron que Le Pen auront besoin de majorités pour remplir leurs promesses électorales. Mais peu importe qui sera le prochain président: les choix exprimés hier par les quelque 47 millions d’électeurs indiquent la volonté d’une rupture profonde dans le monde politique français qu‘ils chambouleront comme jamais lors de la Ve République - à tous les niveaux. L’Europe aussi s’en ressentira bien sûr. Si Le Pen l’emporte, le moteur franco-allemand ne tournera plus. Si l’europhile Macron accède au plus haut poste de l’Etat français, il pourrait devenir une cheville ouvrière cruciale dans le redémarrage dont a besoin l’Union européenne. Mais surtout, la France - où plus de 42% des électeurs choisissent donc des candidats de partis aux positions extrêmes! - aura besoin d‘un président rassembleur qui sache définir un vrai projet d’avenir. Espérons qu’à droite comme à gauche, on l’aura compris.