LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les «business angels» mouillent leur chemise pour les start-up

Si les investisseurs misent bien souvent de l’argent de leurs clients pour espérer un retour sur investissement, d’anciens entrepreneurs investissent leurs deniers personnels dans des projets pour lesquels ils s’investissent beaucoup. Ce sont les «business angels». Larissa Best est présidente de LBAN (Luxembourg Business Angels Network). Ce réseau d’investisseurs permet d’accompagner des start-up via leur propre argent, avec des sommes moins conséquentes que pour les VC.

Comment définissez vous les business angels?

LARISSA BEST C’est un investisseur privé qui va mettre son propre argent sur la table, soit en fonds propre, sous la barre de 10% de la valeur de l’entreprise, soit en dette. Mais cela dépend de l’évaluation de la société. En général l’investissement intervient dans des start-up qui ne sont pas encore rentables. Les sommes investies dépendent de chaque pays, disons qu’au Luxembourg on peut compter de 10.000 à 50.000 euros par business angel qui peuvent se regrouper pour lever des sommes plus importantes, en général entre 150 et 250.000 euros. En général quand il y a regroupement comme ça, il y a toujours un leader qui croit au projet et qui est particulièrement investi.

Qu’est-ce que peut apporter un réseau comme LBAN?

BEST Nous avons commencé il y a dix ans, quand le financement via business angel n’était pas si répandu. Aujourd’hui nous comptons quelque 65 membres, sur une centaine de business angels qui sont au Luxembourg. En ce moment nous avons 18 personnes intéressées de devenir business angels, mais nous ne voulons que des personnes actives. Il faut que cela fasse du sens.

Nous investissons avec une valeur ajoutée, car le plus important pour une start-up c’est le réseau. Même si le produit est formidable, ce qui est bien souvent le plus difficile pour elles, c’est la vente. Avec notre réseau, nous pouvons leur ouvrir des portes.

Comment les relations se nouent entre les start-up et les business angels?

BEST En général les jeunes pousses nous contactent quand elles évoluent dans un incubateur, soit au Luxembourg, soit dans la Grande Région. Elles peuvent aussi directement nous contacter via notre site internet, nous avons un formulaire avec différentes questions, pour avoir une première idée du projet. Chaque business angel a également son propre réseau qui lui permet de rencontrer des jeunes pousses qui ont besoin d’accompagnement.

Comment jugez-vous l’écosystème luxembourgeois?

BEST Il est encore naissant. Il y a de plus en plus de start-up au Luxembourg, c’est bien, mais ce n’est pas encore assez. Tout le monde regarde autour car il n’y en a pas assez pour satisfaire les investisseurs locaux. Je pense qu’il faut se décider dans quel secteur investir en tant qu’écosystème économique: il faut définir les secteurs prioritaires car nous sommes trop petits pour couvrir tous les secteurs.

L’écosystème local n’est pas encore assez mature pour les VC américains. Mais nous allons dans la bonne direction. La philosophie du Technoport est par exemple très intéressante car ils prennent le temps de développer des niches et d’avoir de la plus-value, c’est très important.

www.lban.lu

Argent frais

Diversifier l’économie

De l’argent a été injecté indirectement pour les PME et les start-up, notamment à travers le Luxembourg Future Fund. C’est un fonds de 150 millions d’euros qui vise à stimuler la diversification et le développement durable de l’économie luxembourgeoise en attirant au Luxembourg des gestionnaires de fonds de capital-risque et des entreprises innovantes en démarrage ou en phase ultérieure. Créé par le FEI (Fonds européen d’investissement) et la Société Nationale de Crédit et d’Investissement (SNCI), il combine une contribution de 120 millions d’euros de la SNCI et 30 millions d’euros du FEI.
Le Luxembourg Future Fund a pour but d’investir directement ou indirectement dans des fonds de capital-risque et des PME afin de favoriser le développement durable des secteurs considérés comme stratégiques au Luxembourg (c’est-à-dire les entreprises actives dans les TIC, les cleantech et d’autres secteurs technologiques, à l’exclusion des technologies de la santé et des sciences du vivant).
Le FEI et la Banque et Caisse d’épargne de l’État, Luxembourg (BCEE) ont également signé un nouvel accord de garantie portant sur un portefeuille de prêts de 40 millions d’euros destiné à améliorer l’accès des petites et moyennes entreprises (PME) au financement au Luxembourg. Un accord similaire a été signé avec la BIL, pour 10 millions d’euros.