LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le Luxembourg va piloter la finance inclusive européenne

La finance inclusive a désormais sa «task force» européenne basée au Luxembourg. C’est ainsi qu’a été lancée hier à la Maison de la microfinance la «Social performance task force Europe» (SPTF), un poids-lourd dans le monde de la microfinance et de la finance inclusive, qui devrait aider à ce que tous les acteurs du secteur parlent d’une même voix.

La SPTF, créée en 2005, a pour mission de contribuer à la mise en place d’un secteur des services financiers responsable et transparent sur ses résultats.

Elle a élaboré et promeut des normes et des bonnes pratiques en matière de finance inclusive responsable. Ses outils de gestion de la performance sociale sont utilisés par les organisations et les entreprises pour définir, mesurer et surveiller leurs objectifs sociaux et placer les clients au centre de leur attention.

Le gouvernement luxembourgeois, qui veut placer le pays comme fer de lance de la finance inclusive, a mis la main au portefeuille pour l’installation de la SPTF au sein de la Maison de la microfinance: le ministère des Finances va contribuer à hauteur de 380.000 euros sur trois ans, même chose pour le ministère de la Coopération. Le SPTF a mis quant à lui 360.000 euros sur la table. Un investissement indispensable pour le secteur, estime la présidente d’Ada, Corinne Molitor: «Nous voulons nous doter d’une méthodologie et d’un langage commun pour tous les acteurs du secteur luxembourgeois». C’est l’objectif de SPTF qui est composé de plus de 3.000 membres dans 127 pays.

Le Luxembourg capte 60%des flux de la microfinance

Jusque-là l’organisme était basé à Washington et travaillait déjà en étroite collaboration avec les acteurs luxembourgeois. Y installer son siège européen n’est pas un hasard. Le Grand-Duché capte aujourd’hui presque 60% des flux de la microfinance, c’est un acteur incontournable. Et compte bien le rester: «La microfinance c’est un sujet dont on sous-estime la portée alors qu’elle devient un acteur à part entière de la place financière. L’impact financier est important, mais il s’agit surtout d’impact humanitaire et social», insiste le ministre des Finances Pierre Gramegna.

Il rappelle d’ailleurs que le Luxembourg a poussé une initiative de la Commission Européenne en 2018 pour fixer des objectifs européens en matière de finance verte. «Si l’on veut un succès européen, il faut alors des critères reconnus par de nombreux acteurs», ajoute le ministre. L’ambition est donnée: construire un standard de microfinance au niveau mondial.

Rendez-vous est donné dans trois ans

La ministre de la coopération, Paulette Lenert, se félicite de l’influence proactive du gouvernement luxembourgeois: «Notre place financière est renommée pour la microfinance, et je suis convaincue que la finance inclusive aidera à combattre la pauvreté. L’objectif de créer un impact social et environnemental positif grâce à une coopération plus étroite avec le secteur financier est au cœur de notre nouvelle stratégie de développement. Le rôle du SPTF est essentiel sur le terrain».

Rendez-vous est donné dans trois ans. Le temps pour la task force de se mettre en place et de commencer le travail avec les acteurs. Et d’être évalué sur les objectifs atteint sur la mise en place des standards communs, «compris et appliqués par tout le monde», indique Laura Foose, directrice exécutive de SPTF. «Nous allons gagner de la clarté sur ce que nous voulons accomplir, évaluer ce qui marche de ce qui ne marche pas», ajoute-t-elle. C’est Jürgen Hammer qui dirige SPTF Europe.

Fraichement arrivé au pays, il possède une forte expérience dans le domaine de la finance inclusive: «J’ai commencé en 2006 avec le Crédit Agricole qui voulait se lancer dans la microfinance. Le but était de proposer quelque chose de stable et sans risque, mais avec un impact social. C’était à l’époque difficile de travailler avec les autres acteurs pour parler d’une même voix. Nous avons des défis sociaux et environnementaux, nous devons avoir le même niveau d’exigence que le monde de la finance en termes d’évaluation. Nous avons une nécessité d’être redevable et transparent».