LUXEMBOURG
EMILIA TANTAR

Le terme d’intelligence artificielle est utilisée à toutes les sauces, mais son origine remonte à bien plus longtemps que l’on croit. Si le potentiel est énorme, Emilia Tantar, spécialiste de la question, nous rappelle ses actuelles limitations. 

«Pourquoi, quand on parle d’Intelligence Artificielle, on a tendance à croire qu’en utilisant les deux termes “intelligence” et “artificielle” ça la fait exister?

Notre projection de l’intelligence artificielle a commencé par des robots qui automatisent mécaniquement les tâches. En 1495, Léonardo da Vinci a créé un chevalier mécanique, l’un des précurseurs des robots. Prenons après les automates capables de faire de la musique, comme les musiciens d’Al-Jazari et tant d’autres encore présents dans le musée des instruments de musique à Bruxelles. Au 19ème siècle, au Japon, les Karak Uri représentaient des robots-automates qui servaient le thé.

Plus récemment, les laboratoires Boston Dynamics, issues du MIT, ont mis au point des robots chiens, mais aussi humanoïdes. Souvenons nous que nous sommes toujours dans le spectre du mouvement seul. Au-delà des gestes répétés et de l’automatisation, on voit apparaître les automates joueurs d’échecs, comme le Turc mécanique, qui s’avère être une illusion permettant de masquer la profondeur réelle du meuble, dans lequel un joueur humain est dissimulé.

Approchons-nous de nos jours et du fonctionnement de l’intelligence artificielle. Prenons l’exemple d’un enfant auquel on veut enseigner ce qu’est une chaise: on lui montre un siège et il a compris. Maintenant on montre aux algorithmes d’intelligence artificielle 750 images de chaises, on lui dit que le mot chaise est présent dans l’image et ils l’ont presque compris. Mais il y a toujours la possibilité de reconnaissance trompeuse en se basant juste sur les 750 images. Si on montre 750 images à l’enfant ça va plutôt le perturber, pourquoi tant d’images, quand lui a déjà compris?

Tandis que pour l’homme une information linéaire est suffisante, l’ordinateur a besoin d’informations déjà structurées, corrélées.

En dépit de leurs limitations cognitives, les systèmes de reconnaissance d’image atteignent des beaux exploits, permettant à des compagnies aériennes comme Air Asia de les utiliser, accompagné par d’autres traits biométriques, pour l’embarquement ou les différents contrôles d’identité dans les aéroports.

Les systèmes sont capables de reconnaître une personne, un objet, sans connaître plus qu’une étiquette associée et ils peuvent nous faciliter la vie. C’est à nous d’être responsable dans l’utilisation de ces systèmes, soit dit d’intelligence artificielle, connaître et comprendre les limitations et l’étendue de leurs exploits.»