LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

MissBak propose des produits cosmétiques simples et éthiques

Comment allier commerce équitable, produits vegan et respectueux de la santé tout en dégageant assez de profits pour pouvoir en vivre? C’est cette équation qu’est en train de résoudre Ahoua Eve Bakayoko. Cette jeune maman solo a commencé à se poser beaucoup de questions à la naissance de son fils, autiste, et qui souffre de nombreuses allergies, notamment de la peau. «J’avais à l’époque un emploi très stressant, qui me prenait beaucoup de temps. En parallèle j’ai cherché à apaiser les problèmes de peau de mon fils, ça a été un déclic». Avec une fibre entrepreneuriale, elle mûrit son projet de proposer des produits cosmétiques les plus simples possibles dès 2016, pour éviter d’avoir à déchiffrer les étiquettes et ainsi viser les produits les plus naturels possibles.
Le projet MissBak a plusieurs facettes, de la production au conditionnement, Ahoua Eve Bakayoko souhaite que ses produits respectent les conditions de travail et rémunèrent au juste prix. Ce qui est loin d’être le cas actuellement: «Le beurre de karité est par exemple un produit de base. En général il est produit par les femmes et vendu sur les marchés en Afrique. Mais elles ne sont pas bien payées pour cela, alors qu’elles prennent beaucoup de risques à se rendre en forêt très tôt pour ramasser les amandes», explique l’entrepreneuse. Bien souvent en Afrique pour la cueillette des amandes, c’est la politique du premier arrivé, premier servi. Mais sans formation ni notion de comptabilité, ces femmes sont bien souvent à la merci des grands groupes qui achètent leur production à très bas prix: «Je veux aider ces femmes à se structurer, se mettre à la comptabilité, vendre leur beurre de karité via une coopérative. En achetant et en soutenant leur production, cela me permet de préfinancer la récolte suivante», poursuit Ahoua Eve Bakayoko qui est originaire de Côte d’Ivoire et souhaite aider les femmes de son village.

Le salariat impose ses limites

L’entrepreneuse démissionne de son poste en 2018, intègre le programme d’accélération de Nyuko et fait également appel à la House of entrepreneurship pour structurer son projet. Formation, réseautage, coaching, elle y apprend beaucoup et se donne 6 mois pour parvenir à un résultat: «Ce programme m’a permis de me structurer, de me challenger, mon business plan original a changé du tout au tout», indique-t-elle. Finalement, elle reprend un CDD en temps partiel dans une petite PME pour se refaire un peu financièrement, car elle ne se finance jusque-là que par ses deniers personnels. «Je ne voulais pas retomber dans mes anciens travers avec une activité salariale trop prenante, qui m’aurait empêché de développer mon projet. Là c’était une période définie, 18 mois, mais le salariat impose ses limites. Les horaires sont contraignants et cela a limité mes opportunités». Depuis juin dernier, Ahoua Eve Bakayoko est redevenue entrepreneuse à temps plein, alors que la pandémie frappe toujours. «Je fonctionne à 100% sur mes fonds propres, car c’est trop dur de trouver des investisseurs sur mon secteur cosmétique. J’ai réuni une communauté de 2.000 personnes sur les réseaux sociaux, mais ce n’est pas encore assez pour réussir une campagne de crowdfunding. D’autant que je ne suis éligible à aucune aide d’Etat», regrette-t-elle.
Pourtant les frais eux sont réels: environ 2.000 euros pour développer sa plateforme avec une développeuse, et il faudrait autant pour homologuer chaque produit vendu car il faut passer une batterie de tests, répondre aux régulations européennes, étiquetage, emballage, il faut engager un expert en conformité de produit pour pouvoir s’en sortir, et tout cela a un prix. «La demande grandit sur les produits finis car je ne propose en ce moment que des produits avec une seule base d’ingrédient comme l’huile de coco, le beurre de karité et le beurre de cacao, car c’est financièrement trop difficile de se lancer», raconte l’entrepreneuse. 
Mais elle ne compte pas se laisser abattre et développe son activité avec des ateliers pour fabriquer soi-même ses cosmétiques et distille ses conseils: «Le conditionnement de mes produits n’est pas en plastique, il est réalisé dans les ateliers protégés car mon projet a un objectif sociétal. Je m’adresse à une niche de consommateurs, mes prix sont en phase avec les produits bio et issus du commerce équitable». Depuis début octobre, elle présente ses produits dans un pop-up store à Esch afin d’allier présence digitale et physique, «ce qui me permet de ramener des clients potentiels sur ma plateforme».
Si le chemin est long, Ahoua Eve Bakayoko ne regrette pas un instant sa vie de salariée: «J’ai quitté un emploi bien payé, confortable, mais j’ai aujourd’hui une meilleure qualité de vie sans trajet interminable vers le bureau et je suis maître de mon emploi du temps. Ca n’a pas de prix».
www.missbak.com